Le bac en Italie
Par Aurelien Fayet le 29 juin 2011, 17:24 - Convitto Nazionale (Rome) - Lien permanent
Une fois encore, l'expérience Jules Verne est riche de surprises. Il m'a fallu plusieurs mois pour comprendre le fonctionnement de cet examen. Comme en France, l'Esame di Stato conditionne l'entrée à l'Université.
Les taux de réussite à l’Esame di Stato en Italie sont très élevés : 93,4% en 2010, 94,9% en 2011. Ces taux de réussite très élevés s’expliquent par les pratiques du système éducatif italien. En effet, un élève considéré comme faible ne sera pas présenté à l’examen. Soit il est sorti auparavant du système scolaire (durant la scolarité, un élève doit avoir un niveau « suffisant » – 6 sur 10 minimum- dans chaque matière pour pouvoir passer au niveau supérieur) et de facto, un nombre élevé de jeunes Italiens sort du système scolaire sans qualification (18,8% en 2010 contre 12,8% en France et 14,1 % de moyenne dans l’UE, source Eurostat), soit l’élève présente trop d’insuffisances et le conseil de classe décide de ne pas le « porter » à l’examen. La valeur de l’Esame di stato se fait donc par le nombre de points obtenus par l’élève sur un total de 100, le minimum pour être reçu étant de 60 tandis que le maximum de points permet l’obtention de la « Diploma con lode » (Félicitations du jury) et qui concerne environ 1% des reçus. Le total de points de l’Esame di Stato se découpe comme suit :
25 points attribués en contrôle continu sur l’ensemble du Triennio
- 45 points pour les épreuves écrites (15 points par épreuve)
- 30 points pour l’épreuve orale
5 points bonus pour les élèves ayant obtenu le maximum de points aux épreuves écrites et orales et au moins 20 points au contrôle continu.
On voit donc qu'un quart du Diplôme repose sur du contrôle continu tout au long du lycée. Il y a trois épreuves écrites, les deux premières sont nationales, la dernière est fixée par le jury de la classe. En effet, chaque classe portée à l'examen a son propre jury composé pour moitié de professeurs externes et pour moitié de professeurs internes c'est à dire les professeurs des élèves portés à l'examen. Le conseil de classe décide des matières qui seront présentées à la 3e épreuve, en général celles où les élèves présentent les meilleurs résultats pour les favoriser.
La nature des deux premières épreuves, qui elles sont nationales, varient selon le type de lycée. Au lycée classique, c'est Latin/Grec et Lettres par exemple. Les professeurs des matières de la 3e épreuve préparent leurs questions en fonction du programme réalisé pendant l'année. A cet effet, chaque classe est très précisément présentée au jury par un dossier appelé "Document de Mai" puisqu'il est réalisé à la mi-Mai. On trouve une présentation de la classe sur l'ensemble des 5 années du lycée (sorties, voyages scolaires réalisés, variation des effectifs,...à et des élèves. On trouve aussi les programmes des professeurs et les sujets des examens blancs. Chaque matière présentée à la 3e épreuve est évaluée par 2 questions auxquelles l'élève doit répondre en quelques lignes seulement.
Lors des examens, un grand déménagement s'opère dans le lycée. En effet, il est de tradition de placer les tables dans les couloirs comme l'exemple ci-dessous trouvé sur internet :

Quand les sujets (pour la 1e et 2e épreuve) arrivent sous scellés portés par la gendarmerie, il n'y a qu'une feuille ! C'est au lycée en effet de faire rapidement les photocopies des sujets pour tous les candidats. Donc les horaires des examens prévoient toujours une demi-heure entre le début officiel de l'épreuve et le début effectif de celle-ci le temps de réaliser ces photocopies !
Mais le plus fou, c'est qu'il est d'usage que les professeurs "aident" un peu les élèves. Non pas qu'ils leur donnent les solutions aux réponses mais ils peuvent clarifier une question, donner un mot de vocabulaire, etc. là c'est vraiment la crise cardiaque pour le prof français !
Ensuite, il y a les oraux. Chaque élève doit faire un petit mémoire sur le sujet de son choix et doit mener une réflexion interdisciplinaire. Après son exposé de présentation, il est interrogé à tour de rôle par les professeurs du jury. Je n'ai pas encore assisté aux oraux qui commencent lundi prochain.
Pour ma part, je dois corriger les copies d'histoire EsaBac dont l'épreuve s'est déroulée hier. Je vais corriger mes propres élèves...
Ils sont fous ces Romains ! En italien : Sono Pazzi Questi Romani (vrai sens de SPQR) !