you know the funniest thing about Italy ? It's the little differences
Par Aurelien Fayet le 22 septembre 2010, 13:15 - Convitto Nazionale (Rome) - Lien permanent
A l'instar de Vincent Vega dans Pulp Fiction racontant son voyage en Europe, je m'étonne encore et toujours de ces petits différences qui surprennent un professeur français plongé dans un lycée italien.
A première vue, pas de grandes différences. Des salles de classes, des tables et des chaises alignées face au bureau du professeur, un tableau, une corbeille, une salle des profs,... Bref, je ne suis pas perdu. Cependant, piano piano, je découvre les différences qui heurtent et remettent en question mes habitudes d'enseignant français pour le meilleur ou pour le pire.
La première chose qui m'a frappé et dont j'ai déjà parlé dans un précédent billet, ce sont les contraintes bureaucratiques. Pour faire une photocopie par exemple, il faut passer une commande par avance en remplissant pour chaque document photocopié un formulaire pour le service reprographie. Il faut même justifier la photocopie avec une rubrique "motivation". A part "travail" je vois pas trop quoi répondre. A ce propos, je lance un grand jeu : aidez-moi à trouver des réponses originales pour justifier mes photocopies (exp : réaliser des avions en papier, détruire les forêts européennes,.. ). Merci pour votre aide! On m'a dit que jusqu'à récemment il fallait même faire signer par l'administration le document pour validation !
Les enseignants doivent également, et cela me semble plus pertinent, remplir en début d'année une programmation pédagogique annuelle qui doit être remise à l'administration et à la classe concernée dans un souci de transparence. Cependant, le document semble plutôt répondre à une logique formelle et mes collègues italiens ont l'air d'y voir une fastidieuse contrainte supplémentaire. J'ai déjà parlé également du double cahier de texte : l'un pour la classe et l'autre pour le professeur. Je ne reviens donc pas là dessus.
Autre différence de taille : en Italie, les élèves restent dans la salle de classe et ce sont les professeurs qui circulent dans le couloir. J'y vois des avantages et des inconvénients. C'est d'abord un moyen d'avoir des couloirs tranquilles pendant les intercours . On a rarement vu en effet des professeurs faire les zouaves dans les couloirs (quoi que...) ! En outre, chaque élève a dans sa classe son casier avec ses affaires et ses livres. Les élèves circulent même dans la classe pendant le cours pour chercher des affaires dont ils ont besoin (dictionnaire, papier, crayons de couleurs,...). Et puis c'est aussi un moyen d'éviter que les élèves traînent les pieds pour raccourcir le cours suivant. Côté inconvénient, il est difficile de personnaliser sa salle de classe et d'avoir ses affaires de prof à portée de main. Dans l'ensemble c'est donc plutôt intéressant. Mais quid des labos de sciences ? Et bien il semblerait que les sciences soient enseignées ici de manière théorique et non pas expérimentale comme chez nous. Point de labo donc.
Les classes restent en outre inchangées d'une année sur l'autre de même que l'équipe pédagogique quand c'est possible. D'où cette complicité entre profs et élèves peut être. Les élèves apparaissent vraiment détendus en classe, ils ont l'air presque chez eux . Un peu trop d'ailleurs avec mes yeux non habitués : on mange en classe, on laisse trainer ses affaires un peu partout, on est assis dans toutes les positions possibles, on s'appostrophe. Tout ce qui en France ferait que l'on classerait les élèves d'"ingérables" semble ici être plus ou moins la norme et accepté. Il faut dire que le rapport à la norme en Italie est assez particulier et finalement être plus détendu n'est pas forcément un mal... En tout cas, en Italie on apprend à relativiser !
J'en viens aux variations côté enseignements. Les couplages disciplinaires sont ici différents. Ainsi l'histoire est enseignée avec la philosophie et non avec la géographie, discipline à part qui n'est plus enseignée dans les trois dernières années du lycée. Je vois d'ici la tête scandalisée de mes collègues géographes. La physique est enseignée quant à elle avec les mathématiques alors que la chimie rejoint la biologie dans un cours de "scienze". Au rang des nouveautés, les élèves ont des cours d'histoire de l'art (on est pas en Italie pour rien), de droit (je connais pas exactement le contenu) et, Ô Jules Ferry Pardonne-leurs, des cours de religion (qui ont d'ailleurs le vent en poupe avec le gouvernement actuel). Heureusement ma laïcité n'est pas trop mise à mal car j'échappe au crucifix dans la classe contrairement à d'autres établissements italiens (cf polémique de 2009 sur l'arrêt de la cour européenne des droits de l'homme concernant l'interdiction des signes religieux à l'école : http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20091104.OBS6818/interdiction-du-crucifix-en-classe-vive-reaction-en-italie.html)
Les rythmes scolaires sont aussi très différents. Mis à part le liceo classico europeo où il y a beaucoup de cours en langue étrangère (anglais, français) avec journée complète sur 5 jours plus samedi matin, la journée de classe des élèves italiens s'arrête vers 13h sur 6 jours ou 16h sur 5 jours soit 25 à 30 heures par semaine (voir dossier réalisé par le CIEP : http://static.talkspirit.fr/men/media/Rythmes_scolaires_en_Italie.pdf) pour 200 jours de classe obligatoires. Les élèves italiens font donc le tour de force d'être encore plus souvent à l'école que les élèves français. En outre, il n'y a pas de vacances à la Toussaint ni de vacances d'hiver (oui je sais...). Donc autant vous dire que ça ne rigole pas ici !
C'est tout pour l'instant mais mon enquête continue... Ah et en Italie on dit aussi Big Mac car Big Mac is a Big Mac but they call it "IL Big Mac"
Commentaires
Faire une photocopie au cas où tu perdrais l'original?...