"La Classe relais de Châtenay-Malabry accueille temporairement des collégiens en décrochage scolaire. Arrivant dans les locaux, indépendants du collège de rattachement, les élèves découvrent le cadre... Bonne surprise, 5 ordinateurs sont alignés, mais lorsque nous les allumons, ils ne reconnaissent ni l'écran de démarrage, ni le bureau qui s'affiche... "C'est quoi ce truc ? C'est pas un ordinateur, ça..." C'est l'occasion de différencier le matériel de son système d'exploitation, ici Ubuntu, une distribution Linux orientée grand public.

Il est surprenant de constater que la plupart de ces jeunes, souvent utilisateurs effrénés de l'ordinateur dans le cadre familial, ne manifestent aucune curiosité pour ce système nouveau pour eux. Ils en recensent en premier lieu ce qui apparaît à leurs yeux comme de graves lacunes : le bureau gnome que j'y ai installé est délibérément minimal, les effets graphiques désactivés, presque aucun raccourci, pas d'infos-bulles. En fait, rien qui ne rende l'interface attrayante, et surtout, une interface qui semble à première vue anéantir tous leurs repères.

Passé ce premier "choc" devant l'inconnu, nous ouvrons une première application (souvent OpenOffice) et ils y retrouvent avec soulagement un usage familier. Cette fois-ci, on peut différencier l'OS des logiciels qui y sont installés. La prise en main redevient intuitive, on remarque que la manipulation en est classique. Lorsqu'il s'agit de naviguer dans l'arborescence, l'absence de menu démarrer est vite oubliée et tout le monde se familiarise rapidement avec les trois menus (applications-raccourcis-système) qui figurent sur la barre des tâches.

Une fois le fonctionnement assimilé par les élèves, les effets graphiques peuvent être réactivés et des raccourcis sont posés sur le bureau. On retrouve un aspect plus convivial et tous apprécient la facilité de navigation dans les arborescences qu'ils ont créées. Pas de crainte de modifier des fichiers système qui sont bien séparés de ceux de l'utilisateur, on peut "bidouiller" à sa guise. Je laisse cependant le codec de lecture des mp3 désactivé pour que les élèves, souvent autonomes sur leur machine, ne soient pas tentés de quitter leur travail.

Le principe du logiciel libre nous permet d'accéder en toute légalité à des logiciels performants, tels que la suite OpenOffice (plébiscitée par l'Education Nationale, mais est-ce plus pour l'ouverture de son code-source que pour sa gratuité ?), au logiciel d'édition graphique Gimp, et à diverses applications multimédias, sans parler des petits jeux simples mais qui ont toujours leur succès, utilisables lors des pauses.

Les ordinateurs sont utilisés de façon intensive en classe relais. La majorité de mes cours reposent sur des présentations (format .odp), qui ont l'avantage, outre d'illustrer les contenus avec textes, images, animations, documents vidéo ou sonores, de me fournir un guide confortable en tant qu'enseignant. En effet, l'enchaînement linéaire des objets multimédia me ramène constamment à la trame établie pour le cours. Il est alors aisé de répondre aux sollicitations des élèves sans craindre la digression, puisque l'on sait que la page suivante nous recadrera. Les élèves utilisent fréquemment les ordinateurs dans le cadre de productions écrites. Le traitement de texte est l'outil idéal d'amélioration des écrits, qui évite que le nécessaire exercice réécriture ne devienne lassant et fastidieux. Nous l'utilisons ainsi pour l'expression écrite en français, mais également pour la rédaction de commentaires argumentés en histoire-géographie ou de rapports de stage.

J'ai par ailleurs mis en place un atelier d'initiation au codage HTML, permettant aux élèves de composer des pages web en code, à partir d'un simple éditeur de texte. Passé l'effet magique de voir la machine obéir à nos ordres, nous pouvons aborder des notions de base du langage logique, avec la notion de balise, de lien hypertexte, en passant par le codage hexadécimal des couleurs (un bon moyen d'appliquer la synthèse additive en physique).

Certains repartent avec une copie de la distribution (diffusée librement) qu'ils installeront en dual-boot sur l'ordinateur familial. L'OS d'origine est conservé, et chacun peut ainsi "customiser" sa configuration. La transparence du fonctionnement d'Ubuntu sensibilise les élèves sur l'intérêt de "garder la main" sur ce que fait la machine, ce qui dans un sens satisfait le désir de puissance de l'adolescent, qui plus est à des fins efficaces.

La classe relais de Châtenay-Malabry est passée exclusivement à Linux en 2006 (juste un petit peu de mac pour la création musicale). La distribution Ubuntu a bien évolué depuis, je n'ai plus du tout besoin de "mettre les mains sous le capot", à ce titre, elle mérite à juste titre son appellation de distribution grand public, et je n'y vois aucune insinuation péjorative. Je suis loin d'être un technogourou, et si j'ai bien sûr fait ce choix par conviction éthique et pédagogique, je ne me serais pas acharné si ça ne fonctionnait pas.

J'espère que ce post  donnera envie à des enseignants de faire le saut vers linux dans leurs classes, sachant que le dual-boot sus-mentionné permet de conserver un autre OS sur chaque machine, et de le choisir au démarrage."

Voir en ligne: le blog de la classe relais du collège Thomas Masaryk.