Jean Debaecker est doctorant en sciences de l’information, communication et documentation au laboratoire GERiiCO, musicien passionné et intéressé par les NTIC et les TICE, il est en dernière année de thèse sur la musique et les émotions.
Il est également Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche à l’Université Charles-de-Gaulle Lille 3 et a décidé d'utiliser une tablette numérique afin d'assurer ses cours.
==> Jean, vous êtes jeune enseignant ,quel a été le regard de vos pairs sur votre volonté d'adopter une pratique de classe basée sur l'usage d'une nouvelle technologie?
Adopter une nouvelle technologie, c’est d’abord la savoir validée par ses pairs. Les tablettes numériques connaissent un essor au sein des universités et demeurent pourtant encore un objet de curiosité, mais dont l’apport est flagrant. Je suis le premier enseignant de l’U.F.R. et très certainement le premier de l’université à utiliser intensivement une tablette numérique pour les cours. Je propose ici un retour d’expérience sur l’utilisation de l’iPad en cours.
==> Pourquoi avoir privilégié l'IPad plutôt qu'une autre nouvelle technologie?
Onze années d’université, dont quatre sous le statut de doctorant et deux en tant qu’enseignant, m’ont permises d’observer les outils utilisés par mes collègues : un cartable très lourd, un sac à dos avec d’autres livres ou document et bien sûr la traditionnelle sacoche d’ordinateur portable, écrasante également. Je ne voulais pas de ça et souhaitais un cartable numérique, autrement dit un appareil nomade contenant tout ce dont j’avais besoin. Commençant ma première année d’enseignement en septembre 2010, la sortie de l’iPad en mai ne pouvait pas mieux coïncider, me laissant ainsi quelques mois pour dénicher les bonnes applications à utiliser.
==> La prise en main et l'utilisation de la tablette numérique ont-elle été faciles? Quelle a été l'attitude des apprenants face à l'usage de cette nouvelle technologie?
Connaissant l’environnement d’Apple depuis longtemps déjà et appréciant sa grande robustesse matérielle et logicielle, mon choix se porta naturellement sur l’iPad Wi-Fi. Il est léger (601 g), maniable (9,7 pouces). Le système d’exploitation iOS est très réactif, stable et ergonomique. Son utilisation est très intuitive et la prise en main directe. La tablette ne nécessite aucun temps d’adaptation, tout est naturel. En terme de réception, l’iPad existe depuis plus d’un an et pourtant suscite encore beaucoup de curiosité tant chez les étudiants qu’au sein de l’équipe pédagogique. Devant les étudiants, il faut pouvoir assumer directement et pleinement sa position de jeune enseignant, au risque sinon de passer pour « monsieur tablette », « le jeune prof trendy ». Le risque ici étant d’amenuiser la frontière entre enseignant et étudiant. Or celle-ci est indispensable durant la formation. Côté enseignant : curiosité intéressée, connaître le fonctionnement de l’appareil, l’usage effectué, mais surtout s’empresser de savoir si je valide ce qui leur semble être a priori un gadget. Un point de convergence pour les deux bords : « Certes c’est ergonomique, mais trop fermé ! ». Face à un grand nombre d’idées reçues, il m’incombe alors de démontrer l’inverse.
==> Quelles sont les idées préconçues sur la difficulté d'utilisation de la tablette numérique en classe et quelles solutions peut-on apporter aux problèmes soulevés? Quelles applications permettent de résoudre des besoins que créent par exemple l'absence de port usb?
Nous allons passer en revue quelques limites pointées par mes collègues ou étudiants, limites que nous verrons s'avérer supposées et non réelles.
1. L’absence de port USB et HDM : l’appareil se synchronise intégralement en Wi-Fi, passer un document d’un ordinateur à l’iPad ne nécessite qu’une liaison Wi-Fi, et au besoin on peut le brancher avec un câble USB fourni. Si vous prenez des photos avec un appareil photo numérique pour vos projets, il existe un adaptateur qui se branche sur le connecteur dock multi-usage : il permet d’y connecter une carte SD et récupérer les photos automatiquement. Il faut savoir que ce même connecteur permet la connexion d’un adaptateur VGA, HDMI, d’un clavier classique, un clavier MIDI, etc.
2. Il n’y a pas de clavier physique : d’une part c’est le propre d’une tablette, d’autre part le clavier virtuel est très performant et s’adapte à votre écriture. Vous pouvez en effet opter pour un clavier occupant la largeur de l’écran, ou un clavier dissocié en deux parties pour faciliter la prise de notes façon texto. Pour les plus réticents, vous pouvez y connecter un véritable clavier via le dock ou en bluetooth.
3. Le système est fermé : faux, le système prend en charge nativement un très grand nombre de formats (audio, vidéo ou doc). Par ailleurs il existe une application GoodReader, véritable couteau suisse permettant d’ouvrir les formats que le système ne prendrait pas en charge.
4. Quid de l’autonomie ? Apple annonce 10h d’autonomie, mais pour ma propre utilisation, l’iPad tient plusieurs jours sans recharge. L’autonomie est excellente.
==> Quels usages peut-on expérimenter avec la tablette et quelles applications sont intéressantes pour une pratique pédagogique?
Enseigner en Cours Magistraux ou en Travaux Dirigés exige des outils particuliers. Depuis quelques années, les enseignants-chercheurs sont confrontés à un phénomène de « mur- écran » : des étudiants couverts, repliés derrière l’écran de l’ordinateur (portable ou fixe). Paradoxalement, les étudiants sont également confrontés à une équipe pédagogique réfugiée derrière un écran. Cette relation inédite et propre à la bureautique traditionnelle instaure à la fois un glissement paradigmatique dans les stratégies pédagogiques et une rupture de complicité entre apprenant et enseignant tout au long de la formation.
L’iPad est un outil pertinent dans un processus de ré-appropriation pédagogique, inscrivant les étudiants et les enseignants dans un processus de circulation dynamique des savoirs, notamment dans les Travaux Dirigés, dans la constitution de groupes de travail et de suivi des étudiants. Ces points de contacts permettent de restaurer une confiance au sein des étudiants, brisant ainsi la sacro-sainte peur du tableau noir. L’iPad se révèle être l’outil indispensable pour mes cours, il me permet de produire des conférences, des cours, des visio-conférences. Il me permet d’évaluer mes étudiants, d’effectuer de la veille documentaire, de faire de la curation et de partager documents et information.
Il existe un très grand nombre d’applications, parfois spécifiques à votre domaine d’enseignement, parfois plus générales. Pour passer en revue brièvement quelques applications utiles, voici celle que j’utilise. Sur mon écran d’accueil, nous retrouverons les applications les plus utilisées.

iPad : outil de médiation, ressource pédagogique
1.La suite iWorks Pages, Keynote et Numbers (équivalent de la suite Office Word, PowerPoint et Excel). Pages me permet de prendre des notes poussées lors de séminaires, évaluations des étudiants, etc. Avec Numbers, j’évalue mes étudiants sous forme de tableur, générant automatiquement un graphique. Ce document est directement exploitable et exportable pour le secrétariat.

2. MindNode pour créer des cartes heuristiques. Il existe des équivalents gratuits.

3. Les usuels : dictionnaire Larousse, Bordas conjugaison, Synonyme, Wikipanion, etc.
4. Prise de note rapides et schémas : Notes, Adobe Ideas, ProCreate, Cahier Dessin.
5. Veille informationnelle : MobileRSS est excellent (il n’y en existe beaucoup d’autres).
6. iBooks et GoodReader : puissants outils d’annotation et de lecture.
7. Actualité et lecture de projets étudiants : Facebook, Twitter, Le Monde, Courier Int., etc.
Je recommande également l’application Dropbox qui est compatible toutes plateformes. Elle vous permet de créer un document sur votre ordinateur, votre cours ou exament, de le déposer dans le cloud (en ligne) et vous pouvez le récupérer directement sur vos appareils. Dropbox fonctionne avec GoodReader notamment.
==> Pour conclure
En conclusion, j'ajouterai que le système d'exploitation est véritablement orienté pour un travail pédagogique. En effet l'ergonomie est pensée pour éviter la surcharge informationnelle et visuelle, ce qui permet le "mono-tâche cognitif", c'est-à-dire que vous pouvez pleinement vous concentrer sur l'activité que vous menez sur le moment. Nous ne nous perdons pas à chercher l'information, l'application ou un lien, tout est là sous les yeux. Vous n'avez pas à vous soucier du "multi-tâche logiciel", en effet vous pouvez lancer plusieurs applications en même temps et y accéder spontanément. Ceci est un véritable atout quand on connaît la multiplicité des ressources dont un enseignant à besoin. Pour finir, il me semble que l'iPad est un outil très pertinent pour ceux qui souhaitent briser l'effet "mur-écran", ou simplement ceux qui veulent se déplacer au sein de la salle pour être proche des élèves et des étudiants. Il est possible de montrer à chacun un document directement et d'aider à l'apprentissage de manière individuelle autant que collective.
Par Jean Debaecker@jeandebaecker – http://www.jeandebaecker.c.la - http://lapeex.c.la