SÉMINAIRE STMG -24 et 25 janvier 2012

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Compte-rendu de la présentation du thème 2

Information et intelligence collective

Et plus particulièrement de la question 2 :

Comment le partage de l’information contribue-t-il à l’émergence d’une « intelligence collective » ?

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Présentation effectuée par :

ÄFanny HERVE,professeur économie-gestion Académiede Toulouse

ÄAlain SERE, inspecteur général section économie et gestion

Compte-rendu effectué par : Jeannine LARBI et Grégory D'Amico (professeurs en Economie-Gestion, Académie de Versailles

 

L’expression "intelligence collective" est apparue en 1997 lors d’un meeting du philosophe Pierre Levy. C'est une image que renvoie l’idée selon laquelle les TIC interconnectent l’ensemble des individus et des communautés, et qui, conjuguant, transcendant l’intelligence individuelle, sont sources d’intelligence collective (à la fois sur le terrain intellectuel, culturel et démocratique). Il y a donc autour de la démarche d’intelligence collective l’idée de la mobilisation de la multitude des foules.

On se focalise durant cette présentation à différents aspects. Le "où" : où se situe cette question par rapport au programme, où se situe cette question par rapport au sujet (en général) de l’information et de l’intelligence collective. Elle sera très modérément sur le "quoi" pour rompre avec la présentation précédente (thème 1). Nous avons donc plutôt choisi de parler des éléments liés au « comment » : comment aborder cette question, comment faire, comment mettre en activités des élèves, comment (dans l’univers qu’est le nôtre : celui de l’école) mettre en œuvre.

ÄLa place dans le programme

La question sur l’émergence de l’intelligence collective est la seconde question du thème 2, la 1ère étant «en quoi les technologies transforment-elles l’information en ressource ?».

Il semble pertinent de dire que pour aborder ce thème de l’intelligence collective, il faut que l’élève ait pu appréhender la notion de collectif et donc celle d‘individuel avant. Tout ce qui a été dit sur l’acteur, sur le fait que l’individu a une place précise dans une organisation, sur la communication dans une organisation, etc., peut être utile à la compréhension de l’intelligence collective. Donc en terme de pré-requis, le thème 1 apparait essentiel.

En terme de management, si l’élève a vu ce qu’est une organisation (thème 1 du programme de Management), il aura vu ce qu’est un groupe organisé, une action collective, et donc sera mieux à même d’appréhender ce qu’est l’intelligence collective.

Ä Comment aborder les notions

Le partage de l’information (qui est le 1er terme de la question), avec le numérique, renvoie à des idées ou à des actions qui sont orientées vers la mise en commun et la recherche d’une compréhension mutuelle.

Ces deux aspects sont liés très directement aux interactions, à la recherche et au présupposé que toute l’information du monde est disponible et que la problématique c'est d’y accéder. Le monde est un univers que chacun connait à sa mesure ; la problématique c'est d’accéder à cette information et, par conséquent, de permettre à chacun d’avoir des clés d’accès à la connaissance de l’autre. Il y a donc des éléments de connaissance qu'il est nécessaire de mutualiser et de rendre disponible.

Les notions de collaboration et de communication (plus particulièrement la communication électronique) sont deux notions clé.

La question est à la fois banale dans sa formulation et pourtant c’est une question d’une très grande ampleur qui concerne chaque individu, y compris l’élève au-delà du sujet de l’enseignement des Sciences de Gestion car c’est une question qui renvoie à des idéaux de sociétés, à des valeurs, et qui renvoie aussi à des pratiques individuelles des élèves.

Le programme a été rédigé en direction des élèves. Cela a un impact très direct sur la façon dont les enseignants doivent acquitterce programme en songeant qu’il n’a de sens que pour autant qu’il va concerner les élèves dans ce qu’ils sont , et bien sûr nous savons quelle place occupe l’univers numérique dans la vie et les pratiques sociales des élèves.

Une façon d’aborder concrètement ce thème c’est de mettre les élèves dans une situation, d’être contributeur à un projet collectif.

ÄDes points d’entrée …

Le terme "intelligence collective" n’est pas à prendre en notion en tant que tel à faire passer aux élèves. Il faut essayer de leur faire pratiquer les outils et prendre du recul sur ces derniers afin qu’ils comprennent comment du partage de l’information émerge cette notion d’intelligence collective sans leur donner une définition directement.

Deux exemples (qui ne sont que des suggestions) comme point d’entrée :

·la ville d’Iwate au Japon qui a un problème de flux migratoire, ville en pleine désindustrialisation qui amène beaucoup de gens à quitter cette ville ; le maire a fait appel à l’intelligence collective pour trouver une solution et a mis en place une sorte de boites à suggestions (qui a très bien fonctionné). De cette collaboration, de ce partage de l’information, a émergé une solution qui a transcendé la solution individuelle et qui a fait d’Iwate une slow-city (ville lente) primée, labellisée, n°1 en tourisme vert dans l’énergie renouvelable et qui a donc pu, grâce à l’inventivité et la mutualisation des idées de chacun, retrouver une activité

·le vice 1er ministre du Royaume-Uni,Nick Clegg, qui avait un autre problème à résoudre : celui des déficits publics. Il a demandé à ses concitoyens (ayant une forte culture participative) des idées pour résorber ces déficits

·autres exemples : http://www.cles.com/dossiers-thematiques/autres-regards/intelligence-collective-mettons/article/quelques-exemples-d-intelligence

ÄCollaboration, coopération, coordination

Selon la définition de la collaboration de Serge K. Levan, il y a collaboration quand un groupe organisé d’acteurs oriente et négocie ces interactions collectives vers une finalité dont chacun sait qu’elle ne pourra être atteinte par un seul acteur.

Derrière cette définition il y a l’idée d’un projet de travail que l’enseignant peut mettre en place avec ses élèves, donc l’idée d’un objectif partagé (par exemple conduire une étude qui pourrait être un objet d’évaluation dans le cadre du baccalauréat). Il met en place un certain nombre d’interactions (actions conjointes) qui sont orientées (finalisées) et qui sont négociées (discussion du rôle de chacun). Tout ceci implique la mise en commun d’un certain nombre de ressources dans une démarche de coopération (qui est un des éléments requis de la 3ème colonne du programme, à côté de la collaboration). Dernier élément lié à la mise en œuvre d’une démarche collaborative : la coordination.

ÄDes objets ou outils mobilisables dans une approche collaborative avec les élèves

Sur l’aspect partage de l’information on peut citer les sites de micro-blogging (sites de partage d’information instantané) tels que Twitter, Tumblr.

Delicious et Digg qui sont des marques pages, c’est à dire des sites qui permettent de répertorier un certain nombre de sites web sur un même sujet.

Pearltree (arbre de Pearl en français) : l’idée est que les élèves construisent eux-mêmes l’arbre de Pearl et que chacun apporte sa pierre à l’édifice.

Sur le Crowdsourcing (externalisation ouverte) et la collaboration, on peut proposer d’effectuer un travail sur l’ENT, on peut penser à istockphoto(site de partage de photos) et Amazon Mechanical Turk qui est un site où des entreprises proposent des tâches à réaliser (en contrepartie d'un salaire) et où nous pouvons aller pour réaliser des tâches. Cela permet de faire réfléchir les élèves sur "comment je prends du recul sur cet outil", "quel en est l’intérêt"et "quel enjeu il représente pour l’organisation".

On peut aussi faire travailler les élèves sur les réseaux sociaux comme Facebook ou MySpace (avec les limites que cela peut comporter) et les réseaux sociaux de type professionnel comme viadeo, Linkedln

ÄLes réseaux sociaux

Les réseaux sociaux ; c’est un sujet qui est devant nous, nous allons avoir un certain nombre de questions à régler, à savoir si nous installons les réseaux sociaux dans l’espace pédagogique de la classe (certains établissements ont des dispositifs qui neutralisent la possibilité de le faire). Il y a des enseignants qui utilisent d’ores et déjà des réseaux sociaux pour mettre en place des activités, même des outils comme Tweeter sont utilisés par des enseignants sur des applications qui sont très significatives.

En ce qui concerne les réseaux sociaux au sens strict, certains ENT (inscrits dans un périmètre sécurisé) permettent aux acteurs de l’ENT (enseignants et élèves) d’aborder leur interactivité sociale au sein de cet espace sur des logiques de réseau social, c’est à dire sur des définitions, des déterminations, de leur profil donc par conséquent d’un certains nombres d’attributs qui sont attachés à leur rôle dans l’espace social numérique. C’est à partir de la définition de ces rôles (qui peuvent évoluer dans le temps) que les acteurs vont être sollicités du point de vue des activités possibles au regard de leurs compétences. Typiquement, avec cette approche, un élève n’est pas seulement un élève (qui a le droit de consulter le cahier de textes, le carnet de notes, de s’exprimer sur un forum, etc.) mais il peut aussi révéler un certain nombre de compétences (à travers la définition de son profil) et ainsi prendre sa place dans l’espace numérique de travail et donc être impliqué dans un certain nombre d’activités ou de projets.

ÄEspace et Temps : la matrice de Johansen…

Face à la multiplicité de ces outils, et à la difficulté de les enfermer dans des fonctionnalités strictes (car ce ne sont pas des outils qui sont tournés vers un seul type d’utilisation, et qui plus est, ce sont des outils numériques qui ne prennent sens qu’à travers les usages qu’ils suscitent) on pense qu’il est nécessaire de donner la possibilité aux enseignants et, par conséquent, dans leur démarche éducative, de les aider à situer cet univers numérique notamment à travers deux paramètres : l’espace et le temps (matrice de Johansen : positionnement relatif sur ces deux dimensions, avec l'idée que l'on distingue ce qui est synchrone de ce qui est asynchrone, espace présentiel et espace distanciel). On peut introduire aussi d'autres outils… afin d'aider les élèves à mieux percevoir les différences qu'il existe entre les composantes et les outils de l’espace numérique et en même temps de les rattacher à des activités et à les aider à choisir les bons outils pour faire les bonnes choses.

ÄÉvaluation des capacités

Sur les capacités à évaluer, par exemple "appréhender la variété des usages et des impacts", on peut faire créer aux élèves un questionnaire sur l’ENT, ils le publient (blog de la classe, du groupe) et ils évaluent eux-mêmes qui sont les utilisateurs de l’ENT, comment et pourquoi ils utilisent l’ENT et quel est l’impact sur la concentration, la motivation, les résultats… Ils mènent leur propre enquête et finalement ils vont construire eux-mêmes leurs apprentissages (ils vont chercher eux-mêmes la réponse). Remarque : avec la possibilité pour les élèves sur l’ENT de gérer (paramétrer) qui est modérateur, qui est gestionnaire du groupe, qui est met en ligne… les élèves gèrent les droits d’accès ce qui leur permet d’apprendre à se situer dans un environnement numérique.

Pour cette capacité on peut aussi faire appel à un cas de gestion (une situation de gestion réelle externe où l’élève ne peut être qu’observateur) comme par exemple l’entreprise Easy-voyages, entreprise leader sur le marché du voyage à travers un modèle tout à fait original puisque les experts d’Easy-voyage sont les voyageurs eux-mêmes et qui au fil de leurs voyages alimentent une base de données mondiale qui constitue une base d’expertise unique, actualisée, permettant de donner des informations en temps réel sur l’état du monde touristique, à travers une approche tournée vers les besoins ciblés des utilisateurs-consommateurs. Chaque usager est expert et l’expérience d’usages constitue une valeur que l’entreprise réinvestit dans son propre patrimoine informationnel au service de ses clients.

L’idée est d’envoyer (pour un exercice) les élèves en mission d’exploration sur cette entreprise, en leur demandant de construire une démarche d’évaluation à trois niveaux :

·autoévaluation : chaque élève se regardant travailler dans cette mission d’exploration et sur un certain nombre de critères significatifs (participer à un travail commun, être acteur sur ce travail, mettre à jour, publier une nouvelle version, prendre en compte les remarques des autres, respecter les règles de communication,…)

·coévaluation : appel au regard évaluatif des autres, parties prenantes au projet (avec les mêmes critères que l’autoévaluation)

·évaluation par le professeur

Dans cette démarche liée à l’intelligence collective, tournée autour de la collaboration et du partage de l’information, ces éléments liés à l’évaluation (et aux capacités engagées) sont des éléments clés ; nous avons des modèles longuement éprouvés d’évaluation individuelle du travail des élèves mais nous ne savons qu'assez faiblement valoriser la coparticipation à la réalisation d’un projet. L'approche de cette question est notamment un support tout à fait adapté voire même qui rend nécessaire l’idée d’une démarche d’évaluation collective, d’une mobilisation du collectif dans l’évaluation.