Lieux vacants. Ecriture des lieux.
Par Sophie Saulnier (Lycée JeanJaurès, Argenteuil (95)) le 26 juin 2010, 17:55 - exposition virtuelle - Lien permanent
Ecriture des lieux, lieux réappropriés par l'écriture.
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Commentaires
C'est encore Juan.
Tiphaine a l'air d'avoir repéré un lieu si étrange qu'il mériterait presque un reportage. De plus, si la photographie est très bien, le fait que personne ne sache de quoi il s'agit laisse imaginer que chacun dans le quartier se fait son histoire sur ce que c'était - ça ferait beaucoup de commentaires possibles. Où est-ce ? Il y a -t-il d'autre photos de ce lieu ?
Ensuite, le cliché de Clarissa attire mon attention d'abord parce que je le trouve beau (et ça, je ne sais pas l'expliquer ! ) ; également parce qu'elle évoque, dans le texte, son enfance. Quand on ajoute des mots sur une photographie, par exemple le souvenir d'enfance, je crois qu'on "change" forcément l'image : du coup je ne peux plus revoir cette photographie simplement, je pense que ces choses sont là depuis longtemps sans avoir bougé. Comme si moi aussi je pouvais me rendre compte de ça, alors que je ne connais pas cet endroit. Ca me fait une sorte de faux souvenir personnel. Ca vous fait cet effet à vous aussi ? (peut-être que j'hallucine).
Et pour finir je reviens sur la proposition de texte Sehem sur la photographie de Loic, qui me paraît très proche du "programme" de l'exposition, puisque le texte se confond avec l'image. Plastiquement, le fait d'avoir inclus le texte corrigé me plaît beaucoup, ça nous invite un peu à rentrer la fabrication de l'image. De plus, cette exposition a lieu dans un contexte scolaire, où l'on est constamment corrigé ; le 20/20, on sait, ça n'existe pratiquement pas.
Et surtout c'est un texte porté par une idée de fond, celle de vanité. Sehem rapproche la vanité (du monde, des chose, l'idée que les choses meurent et changent, nous dépassent) d'une considération sur Dieu. Ce qui me paraît juste car l'idée de vanité est nécessairement liée à un moment où l'on se pose des questions sur le monde et sur le sens du monde : qu'est-ce qui dure ou qui ne dure pas là dedans ? L'homme est du côté de ce qui ne dure pas. C'est donc forcément une lecture allégorique, indirecte, puisqu'on ne pas pas photographier le monde (ni Dieu). Pour en parler, il faut faire des détours, prendre de exemples singuliers, comme ce bâtiment.
D'où la justesse, à mon sens, du commentaire sur les plantes et arbustes sur les côtés : alors que les constructions artificielles se font et se défont, on a toujours l'impression (je ne sais pas si cette impression est vraie, mais je crois qu'on la partage tous) que la nature, de son côté, es toujours à côté de nous comme aux premiers jours de l'humanité.
Bien que je ne sois pas du tout d'accord avec le texte de Sehem, je reconnais que l'idée est très bien construite. Ca me fait penser à un artiste étasunien (oui, je dis étasunien car l'Amérique est un vaste continent où l'on trouve quantité d'autre pays que les Etats-Unis), un artiste donc qui se nommait Robert Smithson. Il était sculpteur, mais a fait des films, des photographies, des textes. Pour lui, la seule image allégorique du monde possible c'était "l'entropie". C'est un terme venue des sciences physiques et qui désigne le fait que dans notre univers tout tend, à long terme, à la dispersion et au désordre. Mais pour lui ce n'est pas du tout quelque chose de tragique.
Au contraire, il a fait par exemple des sculptures avec des barils de glu qu'il laissait s'écouler d'eux-mêmes. Pour lui, la désagrégation de chose était une grande usine à produire des nouvelles formes. Un peu comme quand on laisse tomber de l'encre et que mille formes apparaissent spontanément. L'entropie était pour lui la force la plus créative.
Et si j'écris un peu trop longuement sur cet artiste, c'est que pour lui il n'y avait vraiment aucune différence entre la nature et l'homme. Tout tombait pour lui sous l'idée d'entropie. Sauf qu'il ne s'intéressait pas du tout aux plantes. La nature, pour lui, c'était l'espace, les étoiles, le soleil et la planète, c'est-à-dire un monde minéral. Pour lui donc, tout comme le soleil se consume lentement, notre architecture tombe lentement en ruines. Rien n'est éternel (comme avec les vanités), mais il avait l'air d s'en réjouir : il n'aimait décidément pas les choses fixes.
Bon, je m'arrête, on voit que même à l'écrit je continue à faire mon conférencier. Je ne vous pose pas trop des question car je sais le faire à l'oral, mais à l'écrit je suis nul pour ça. Mais n'hésite pas à répondre à ces trop longs commentaires, j'aurais idéalement aimé en parler avec vous de vive voix.
Encore désolé d'avoir choisi seulement quelques clichés, mais il fallait bien.
à bientôt,
juan
j'oubliais ceci : si j'ai pensé à l'artiste Rober Smithson par rapport à votre expo, c'est surtout aussi parce qu'il a été l'un des premiers à, comme vous, photographier de lieux "vacants" : http://www.robertsmithson.com/photo...
jn
Le lien du message de Juan ne fonctionne pas, essayez avec celui-ci: http://www.robertsmithson.com/photoworks/monument-passaic_300.htm