Par Sophie Saulnier (Lycée JeanJaurès, Argenteuil (95)) le 15 novembre 2009, 17:07
L'un d'entre vous m'a demandé de relire une de ses réponses aux questions du contrôle commun parce qu'il ne voyait pas bien où était la paraphrase que je lui reprochais. J'ai reproduit ici sa réponse, quelques commentaires sur cette réponse, et une autre proposition de rédaction.
Rappel de la question : Comment le narrateur évoque-t-il le caractère misérable de cette pièce ? (forme de discours, au moins trois figures de style).
« Dans le texte d’Honoré de Balzac, Le Père Goriot, l’auteur évoque le caractère misérable de cette pièce de la pension Vauquier.
L’auteur nous fait la description de cette salle de manière péjorative.
En effet, il commence par décrire l’aspect général de cette salle. Il dit qu’elle est insalubre, que sa couleur est indistincte à cause de la crasse et que celle-ci a imprimé des « couches de manière à y dessiner des figures bizarres. ». Il nous décrit ensuite le mobilier dont il qu’il est « plaquée de buffets gluants » su lesquels se tassent des cafards.[ce sont des carafes]
Il nous décrit alors les meubles au travers d’une comparaison « Il s’y rencontre de ces meubles indestructibles proscrits partout, mais placés là comme le sont les débris de la civilisation aux Incurables. » Il nous dit des assiettes qu’elles sont « tachées ou vineuses », que le baromètre à capucin est défaillant et que l’huile des quinquets d’Argand se combine à la poussière.
Il dit de la table « couverte de toile cirée » est grasse, que les chaises sont estropiées et que les paillassons sont piteux.
Il nous fait ensuite une énumération sur la vétusté du mobilier « vieux, crevassé, pourri, tremblant, rongé, manchot, borgne, expirant ».
Enfin, il nous décrit « la misère économe » et que cette salle va tomber en pourriture. »
Indices de paraphrase : les répétitions de « il dit que »
Il est vrai que, dans ce paragraphe, il y a quelques analyses, mais comme le paragraphe est mal organisé, les analyses se confondent dans ce qui est proprement paraphrase.
Il faut développer, les uns après les autres, et de manière ordonnée, les arguments qui permettent de répondre à la question initiale.
_________________________________________________________________________
Exemple de rédaction
Pour évoquer le caractère misérable de la salle à manger de la pension Vauquier, le narrateur, comme c’est souvent le cas dans un texte descriptif, organise le parcours d’un regard; mais ici, en plus, il s’adresse à son lecteur en le conviant à voir avec lui, « vous-verriez », lui dit-il. Le regard fait d’abord le tour de la pièce, ce qu’indique le participe « plaqués » à la ligne 3. L’emploi d’un complément de lieu, « dans un angle », arrête le regard. De la ligne 7 à la ligne 15, la description s’attache à rendre compte du bric à brac de meubles qui encombrent la pièce. Puis, sans autre indice, c’est le sol qui est décrit. Un connecteur, « enfin », annonce la fin du tour de la pièce; il s’agit en fait d’un commentaire qui résume et clôt la description, grâce à une double formule qui en donne le ton général, c’est une « misère sans poésie », « une misère économe ». Le parallélisme syntaxique de la dernière phrase conduit à personnifier la misère et tend à l’hyperbole, deux figures de style qui sont employées tout le long de la description et qui contribuent à suggérer le caractère misérable de la pièce.
En effet, tout conduit à rendre ce spectacle répugnant. Pour montrer le désordre qui règne ici, le narrateur joue au jeu de l’énumération, parfois accumulation quand l’énumération n’est pas ordonnée ; on passe ainsi d’un baromètre à un cartel, à un poêle, à des quinquets, à une table et à des chaises ; et chacun de ces objets est lui-même détaillé et qualifié ce qui contribue à l’effet d’entassement et d’encombrement. Mais parfois l’énumération s’ordonne et devient gradation, c’est le cas surtout quand il s’agit de qualifier les objets, il en est ainsi du mobilier que huit adjectifs contribuent à dévaloriser puisque l’on passe de l’adjectif neutre « vieux » à quatre adjectifs qui en reprennent de manière péjorative le sens, « crevassé, pourri, tremblant, rongé » pour finir par trois adjectifs qui font du mobilier un être infirme et proche de la mort « manchot, borgne, expirant ». D’autre part, comme dans toute description, les adjectifs sont nombreux ; ils font appel ici à deux sens, la vue et le toucher, mais toujours de manière à dégouter le lecteur. La couleur est soit « indistincte » et « ternie[s] », soit noire, couleur reprise par l’adjectif « carbonisé » ; seuls le vert du poêle et le rouge du carreau ne sont pas qualifiés. Quant au toucher, le lecteur ne peut éprouver que de la répugnance quand on lui suggère le contact de la « crasse » (l.1) et du gras de la toile cirée (l. 12). Finalement, la figure de la prétérition de la ligne 17, sous-entendant que le narrateur pourrait en dire encore plus sur la misère de cette pièce, alors qu’il en a déjà beaucoup dit, contribue à convaincre le lecteur du caractère misérable de la salle à manger. Sans doute les habitants de la pension doivent-ils partager cette misère pour accepter de vivre dans ces lieux ; en tous, les cas c’est ce que peut supposer le lecteur.
N. B. Ce n’est qu’un exemple, qui ne prétend pas à l'exhaustivité, de ce que l’on pourrait écrire pour répondre de manière organisée à la question posée.