Introduction :
Le Rapport de Brodeck écrit par Philippe Claudel en 2007, qui a reçu le Prix Goncourt des lycéens, narre l'histoire d'un homme nommé Brodeck. Il est chargé de rédiger un rapport sur l'Ereigniës, le meurtre d'un certain « L'Anderer ». Cependant, ce livre n'est pas le rapport en lui-même, mais le récit de son enquête, déclencheur de l'ouverture de sa mémoire, par bribes, faisant émerger son passé, ses souvenirs de la guerre.
Cette histoire semble intemporelle et universelle, mais plusieurs éléments du récit font clairement référence à la Seconde Guerre Mondiale, de 1939 à 1945 avec sa cruauté, son inhumanité, la Shoah et ses conséquences. L'intrigue du meurtre quant à elle, se déroule un an après la guerre (page 23), dans un petit village du Nord Est de la France, parlant un dialecte germanique.
A-L'avant Guerre et l'Invasion des « Fratergekeime ».
La guerre est explicite dans le roman, car elle y figure dès les premières pages du récit. (page 23).
En remettant dans l'ordre chronologique les éléments historiques, Philippe Claudel parle de la « Pürische Nacht » ou « la Nuit de Purification » en dialecte germanique, dont l'équivalent historique la « Kristallnacht » qui est un évènement unique de la Seconde Guerre Mondiale appelée «Nuit de Cristal» du 9 au 10 novembre 1938. Au cours de cette nuit, plusieurs centaines de synagogues et des milliers de magasins sont pillés, des vitrines brisées. Des centaines de juifs ont été blessés ou tués, 30 000 arrêtés pour être déportés dans les camps de concentration de Dachau et Buchenwald (p 217à page 231).
En effet, Brodeck ne nous dit pas clairement qu'il s'agit de la Nuit de Cristal, mais nous raconte ce qu'il voit (p225 à 226), mais surtout la terreur ressentie, lorsqu'il assiste au meurtre d'un vieillard, par trois jeunes agresseurs supposés des jeunesses hitlériennes (p226 à 231).
On sait également au fil de la lecture, que Brodeck est resté deux longues années loin de son village, car il a été « emmené, comme des milliers de gens, parce que nous avions des noms, des visages ou des croyances qui n'étaient pas comme ceux des autres » (page 26). Cela fait référence à la Déportation des juifs (p287 à 289), après l'arrivée des allemands entre le 15 et 22 juin 1940 (page 49) sous l'occupation des nazis appelés les « Fratergekeime » dans ce roman.(page 261 « Je ne suis pas [...]Toi », page269).
2-Une Guerre du XX ème siécle : Les camps de concentration
Le voyage : Brodeck a passé six jours dans un wagon avant son arrivée au camp (p347).
Ces trains dits « de la mort », principalement constitués de wagons à bestiaux en bois ou en métal, avec de grandes portes dotées de verrous, devaient transporter de nombreux déportés, nommés par Brodeck « Fremdër » ou prisonniers. Les Nazis utilisèrent la déportation par voie ferrée pour enlever par la force des groupes ethniques du territoire où ils vivaient. Leur intention était de faire partir tous les Juifs d'Europe, éventuellement par une extermination systématique. Les Allemands utilisèrent les réseaux ferrés de l'ensemble du continent pour transporter les Juifs vers la Pologne. Cela pourrait expliquer les six jours de voyage effectués par Brodeck. Beaucoup y mourraient piétinés, de froid, de faim et de soif (page 347 : « un vieillard tomba [...] et le vieil homme fût piétiné par ceux là mêmes qui avaient tenté de le sauver ».)
L'arrivée au camps : « ils nous sortaient des convois à coups de triques dans les hurlements. On devait ensuite en courant rejoindre le camp. Trois kilomètres de mauvais chemin, sous les cris, les aboiements des chiens, leurs morsures parfois. Ceux qui tombaient étaient achevés sur place, à coup de bâton. » (page 73). Brodeck nous décrit la façade du camp (page 79), qui nous rappelle étrangement les différents récits de déportés, notamment ceux de Jean Léger et Emma Bruchard.
La vie dans les camps : les conditions y sont particulièrement pénibles, le travail forcé est épuisant, la nourriture est de faible quantité et les gardiens persécutent les prisonniers, surtout les prisonniers "juifs". On a l'exemple de la « Büxte, la boîte, une petite cage de pierre d'un mètre cinquante sur un mètre cinquante, dans laquelle on ne pouvait ni se tenir debout, ni se coucher. » L'objectif n'est pas de tenir en vie la main d'oeuvre, mais de l'humilier, la déshumaniser. C'est l'extermination par le travail. Les détenus ne sont plus des hommes, mais sont considérés comme des animaux, des chiens (page 30 et 31).
Brodeck nous raconte comment se terminent ses deux ans au camp (page 136 à 144). L'Allemagne nazie a perdu la guerre, elle abandonne les déportés à leur triste sort, en donnant l'ordre à ses SS d'en massacrer le plus possible, ou les déplacer ailleurs.
Historiquement, ce sont les marches de la mort.
3-Les traumatismes de l'Après-Guerre.
Durant cette période, l'organisation et l'économie des nations sont développées par les Alliés et la plupart des dégâts causés par la guerre sont réparés. Elle est fréquemment marquée par le manque de nourriture, de produits de tous types et des conditions de vie mauvaises. Les Alliés s'attachent à supprimer toute l'influence du IIIème Reich en Europe.
Brodeck exprime son point de vue en disant que « depuis la guerre, les courriers fonctionnent mal et il faudra je crois beaucoup de temps pour que cela se rétablisse ».(page 21)
Cependant, Brodeck nous montre aussi les conséquences de la guerre sur lui-même, le village et les relations entre les hommes.
En effet, « Moi, j'ai choisi de vivre, et ma punition, c'est ma vie. C'est comme cela que je vois les choses. Ma punition, ce sont toutes les souffrances que j'ai endurées ensuite. C'est Chien Brodeck. C'est le silence d'Emelia, que parfois j'interprète comme le plus grand des reproches. Ce sont les cauchemars toutes les nuits. Et c'est surtout cette sensation perpétuelle d'habiter un corps que j'ai volé jadis grâce à quelques gouttes d'eau. » (page 355)
Conclusion
Le rapport de Brodeck n'est pas un roman historique, ni même l'autobiographie d'un survivant de la guerre, de la Shoah. Et pourtant, il nous retrace un contexte historique qui ressemble étrangement au réel.
Cependant, en l'utilisant, l'auteur génère chez le lecteur une prise de conscience, que ce soit sur notre Histoire commune, relatant les faits monstrueux de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi ses conséquences plus personnelles sur les différents protagonistes qui pourraient très bien être chacun d'entre nous.