L'humain est le « zoôn logôn », l'animal (« zoôn »)
qui possède le « logos », terme grec ambigu qui désigne à la fois la pensée
conceptuelle et le discours articulé. Ces facultés le distinguent
catégoriquement de tous les autres animaux, lesquels ne diposent pas du
discours articulé mais seulement de la voix (phonê).
On voit d’une
manière évidente pourquoi l’homme est un animal sociable à un plus haut degré
que les abeilles et tous les animaux qui vivent réunis. La nature, comme nous disons,
ne fait rien en vain. Seul, entre les animaux, l’homme a l’usage du discours (logos)
; la voix (phonê) est le signe de la douleur et du plaisir, et c’est
pour cela qu’elle a été donnée aussi aux autres animaux. Leur organisation va
jusqu’à éprouver des sensations de douleur et de plaisir, et à se le faire
comprendre les uns aux autres ; mais le discours a pour but de faire comprendre
ce qui est utile ou nuisible, et par conséquent aussi, ce qui est juste ou
injuste. Ce qui distingue l’homme d’une manière spéciale, c’est qu’il perçoit
le bien et le mal, le juste et l’injuste, et tous les sentiments de même ordre
dont la communication constitue précisément la famille et l’Etat.
Aristote, Politique, 1253a 6-19
Aristote opère une distinction conceptuelle entre l'humain et l'animal,
qu'il double d'une autre distinction entre logos et phonê.
Au-delà des seules sensations (de plaisir et de douleur), les humains peuvent
communiquer sur l'utile et l'inutile : ils peuvent échanger des pensées. Ces
échanges sur les sentiments moraux entraînent une organisation sociale (comme
chez d'autres animaux vivant en troupeaux, en hordes ou en essaims) et
politique : non seulement chacun se trouve assigné à une tâche et à une place,
mais encore chaque individu peut délibérer avec d'autres du juste et de
l'injuste - et, le cas échéant, proposer des changements dans l'organisation.
Examiner le langage revient à examiner la caractéristique majeure de l'humanité
; mais à ce stade, une question se présente. Puisque le langage exprime,
au-delà des constats bruts (comme « Le ciel est bleu » ou « Le chien aboie »),
la confrontation des opinions, cela implique qu'il peut véhiculer ces opinions
- même approximatives ou fausses. D'où une grave conséquence : dans la mesure
où il laisse passer le mensonge ou l'erreur, cet outil de la pensée n'est
peut-être pas fiable.
Le terme d'échange est utilisé
métaphoriquement au sujet des biens communicables, et au sens propre au sujet des biens partageables
: il s'agit alors d'une forme d'acquisition. Si l'on compare celle-ci aux
autres formes que sont la réception d'un don, ou encore le vol, ou la
rapine, on jugeraque sa
différence spécifique paraît être l'égalité : celui qui échange
est censé ne rien perdre dans l'échange, quoiqu'il se dessaisisse d'un bien, parce
qu'il est censé y recevoir autant que ce qu'il cède. Cette égalité n'est
pourtant pas facile à concevoir. Elle serait évidente si les choses échangées
étaient identiques, mais alors l'échange serait dépourvu de sens. 11 n'en a un au
contraire que si celui qui échange y trouve un avantage, et s'enrichit d'un
bien qu'il ne possédait pas. Mais s'il y gagne quelque chose, comment est-ce
possible sans que l'autre y perde — ce qui rendrait l'échange encore plus absurde
pour ce dernier ? La réponse est donnée par la notion d'équivalence, c'est-à-dire
d'égalité de valeur entre les termes de l'échange.
J’ai ici un flacon de benzine. A quoi cela me sert-il ? Eh bien, à
nettoyer. Maintenant, il y a là, collée, une étiquette avec l’inscription «
Benzine ». Eh bien, pourquoi cette inscription est-elle là ? Je nettoie bien
avec la benzine, mais pas avec l’inscription. (Il est clair, naturellement,
qu’à la place de cette inscription, on pourrait avoir n’importe quelle autre.)
Eh bien, cette inscription est un point d’application pour un calcul, à savoir
pour l’usage. Je peux vous dire en effet : « Allez chercher la benzine ! » Et,
au moyen de cette étiquette, il y a une règle conformément à laquelle vous
pouvez procéder. Quand vous allez chercher la benzine, c’est encore un pas dans
ce même calcul qui est déterminé au moyen de ces règles. J’appelle le tout un
calcul parce qu’il y a présentement deux possibilités : ou bien vous procédez
conformément à la règle ou bien vous procédez non conformément à la règle ; en
ce cas je suis en position de dire quelque chose comme : « Non, ce que vous
êtes allé chercher n’était certainement pas de la benzine ! »
Les noms dont nous nous servons dans la vie quotidienne sont toujours de petits
écriteaux de ce genre que nous accrochons sur les choses et dont nous nous
servons comme points d’application d’un calcul.
Wittgenstein, « Intention, vouloir dire, signifier »,
dans Manifeste du cercle de Vienne et
autres écrits sous la direction d’A. Soulez, PUF, coll. Philosophie
d’aujourd’hui
Wittgenstein souligne la dimension pragmatique du langage, d'abord
destiné à la compréhension mutuelle des interlocuteurs, ce qui suppose un
accord entre eux, au moins tacite, sur les règles de grammaire et sur la
signification des mots - sans quoi non seulement ils ne pourraient pas se
comprendre, mais ils ne pourraient même pas montrer à l'autre qu'ils veulent
lui parler. Le nom commun possède une dimension arbitraire (au lieu de « benzine
», on aurait pu décider que ce produit s'appelait « chaise » ou « klaschproutz
»). Ce caractère arbitraire prouve la dimension purement utilitaire du langage
: le décryptage et la compréhension d'une phrase s'analysent comme des séries
d’actes mentaux réglés en vue de la communication. Cette série d'actes mentaux
ne diffère donc en rien d'un calcul. Il s'avère d'ailleurs possible,
lorsque le décryptage ou la compréhension défaillent, de dénoncer une « faute
». Dans ce cas, même lorsqu'un énoncé « échoue » en raison d'une « faute » de «
calcul », il valide quand même la règle, puisqu'on peut pointer l'erreur
conformément à la règle. C'est d'ailleurs exactement ce qui se produit quand on
reprend un enfant qui vient d'annoncer : « je vais au coiffeur » : on lui
montre qu'il a commis une faute de français par rapport à une règle de
grammaire qu'on réaffirme par la réprimande qu'on lui adresse. Mieux encore, on
peut rectifier mentalement, c'est-à-dire comprendre ce qu'autrui veut nous dire
même s'il a énoncé les mots dans le désordre. Par exemple, Spinoza
évoque (Ethique, II, 47, scolie) la phrase "Ma maison s'est envolée sur la
poule du voisin."
L'analyse de Wittgenstein présente un énorme avantage : le langage
manipulatoire n’est possible que dans la mesure où le langage n’est pas assez
précis, où il autorise le flou ; or, comme il a déjà été précisé, le langage
est arbitraire. Dès lors, il ne tient qu'à nous de préciser les énoncés d'un
interlocuteur cherchant à nous manipuler, jusqu'à ce que cette tentative de
manipulation soit écartée par la précision même du langage. D’ailleurs, c’est
la réaction normale quand on sent qu’on commence à être manipulé : on demande «
qu’est-ce que tu entends exactement par là ? ».
3) Deux fonctions différentes assignées au langage.
Wittgenstein met l’accent sur la cohérence d’un système de signes commun
destiné, justement, à la communication. Platon, lui, indique au
contraire que les brèches dans ce système de signes, les flous et les
imprécisions, permet de dominer, de commander. Leurs préoccupations divergent.
L'un donne la priorité à la communication, l'autre au pouvoir politique.
Ces deux fonctions du langage paraissent très différentes, voire incompatibles.
Peut-on vraiment dire du langage qu'il ne sert qu'à communiquer ?
Il
semble évident avec Wittgenstein et dans l’utilisation courante que le
langage ne sert qu'à communiquer ; du reste, la manipulation passe toujours par
la communication d’idées, d’opinions etc.
Le lien unissant
le signifiant au signifié est arbitraire, ou encore, puisque nous entendons par
signe le total résultat de l’association d’un signifiant à un signifié, nous
pouvons dire plus simplement : le signe linguistique est arbitraire.
Ainsi, l’idée de « sœur » n’est liée par aucun rapport intérieur avec la suite
de sons s-ö-r qui lui sert de signifiant ; il pourrait être aussi bien
représenté par n’importe quelle autre : à preuve les différences entre les
langues et l’existence même de langues différentes : le signifié « bœuf » a
pour signifiant b-ö-f d’un côté de la frontière et o-k-s (Ochs) de l’autre. […]
Le mot arbitraire appelle aussi une remarque. Il ne doit pas donner l’idée que
le signifiant dépend du libre choix du sujet parlant (on verra plus bas qu’il
n’est pas au pouvoir de l’individu de rien changer à un signe une fois établi
dans un groupe linguistique) ; nous voulons dire qu’il est immotivé,
c’est-à-dire arbitraire par rapport au signifié, avec lequel il n’a aucune
attache naturelle dans la réalité.
Ferdinand de
Saussure, Cours de
linguistique générale
Le signe linguistique, comme tous les signes, consiste en une opération mentale
par laquelle un signifiant perçu (la série de sons entendus ou la série de
lettres vues) convoque dans la pensée un signifié différent du signifiant
(l'idée à laquelle le mot réfère) ; mais à la différence des indices (signes
dans lesquels le signifié se trouve lié au signifiant par un rapport de
causalité - ainsi des pas dans le sable, indices du passage d'un individu), les
signes linguistiques sont des symboles : le lien entre signifiant et signifié
s'avère « immotivé », écrit Saussure. Ce lien ne s'explique pas par un rapport
de cause à effet.
S'il est effectivement « immotivé », « arbitraire », alors le signe
linguistique ne dépend que de la volonté des individus communiquants. Si vous
et moi décidons, arbitrairement, que, pour nous, « les navires du Débarquement
ont quitté leurs ports d'attache » se dira « Les
sanglots longs / Des violons / De l'automne... », rien ni personne ne peut
nous en empêcher. Comme le dit Wittgenstein, « Il est clair,
naturellement, qu'à la place de cette inscription, on pourrait avoir n'importe
quelle autre. » Le langage présente une malléabilité totale pour ceux qui
l'emploient. On peut inventer des mots, changer le sens des mots, imaginer
(comme le fit Tolkien) des langues qui n'existent pas... ou plus simplement
décider que « rivière » ne désignera que des cours d'eau de débit comparable à
celui de la Tamise,
alors que l'Amazone se qualifiera de « fleuve ». Pur outil entre nos mains,
modifiable à merci, il ne sert effectivement qu'à communiquer.
On entend par gout l’appréciation purement esthétique d’une chose , les objet
sur lequel s’exerce le gout son les objet qui se laisse appréhender seulement
par les sens ou la sensibilité dans le sujet on entend les couleur mais aussi
les sons les odeur et aussi les sensation de toute sorte dans le sujet il faut
donc considérer l’ensemble des jugement de gout ; la discutions désigne
l’acte par lequel des individus échange des parole et d argument en mettant en
jeux , en soumettant a autrui leur opinion ; leur idée et leur gout.
Mais peut onse mettre d’accord ?
Les gouts sont ils en eux même indiscutable ?
En va t’il deux même pour ce que l’ont jugeons beau comme de ce qui nous plait
simplement ?
Le jugement concernant le gout n’est pas un jugement subjectif. Or,
l’appréciation du beau dépend des goûts de chacun. Ces goûts ne sont pas
discutables. Ils ne sont ni vrais, ni faux.
Ici, se pose alors un problème conceptuel : peut-on dire si des goûts se
discutent?
Les goûts ne se choisissent pas selon des critères rationnels. Il est donc
inutile d’essayer de convaincre son interlocuteur que les siens sont bons ou
mauvais. Personne ne peut en effet avoir raison. L’usage de ce proverbe est
souvent étendu aux opinions.
Faculté de
porter un jugement approprié sur la beauté d'une œuvre d'art. Faculté de
reconnaître et d'apprécier le beau. Kant définira les caractéristiques du
jugement de goût: « Est beau l'objet d'une satisfaction désintéressée », « Est
beau ce qui plaît universellement sans concept », « La beauté est la forme de
la finalité d'un objet en tant qu'elle y est perçue sans la représentation
d'une fin », « Est beau ce qui est reconnu sans concept comme l'objet d'une
satisfaction nécessaire ».
Dans cette
partie consacrée à Kant, je vais me pencher sur deux notions clé de
l'esthétique kantienne : l'universalité et la nécessité du jugement de
goût. La première section de la Critique
Faculté de Juger esthétique expose quatre caractéristiques du jugement
de goût. Je reprendrai ici trois d'entre elles, laissant de côté la notion de finalité sans fin : avant de parler
d'universalité et de nécessité, il faut en effet évoquer le désintéressement.
La nature du beau. Tout le monde raisonne du beau : on l'admire dans les
ouvrages de la nature; on l'exige dans les productions des arts; on accorde ou
l'on refuse cette qualité à tout moment; cependant si l'on demande aux hommes
du goût le plus sûr et le plus exquis, quelle est son origine, sa nature, sa notion
précise, sa véritable idée, son exacte définition ; si c'est quelque chose
d'absolu ou de relatif; s'il y a un beau éternel, immuable, règle et modèle du
beau subalterne, ou s'il en est de la beauté comme des modes.
“Des goûts
et des couleurs on ne discute pas” entend-on souvent, ce qui voudrait dire que
le jugement de goût est tout entier livré à l’arbitraire de chacun, et ce qui,
au fond, reléguerait l’appréciation esthétique au même rang que le goût en
matière de cuisine. Tout comme chacun est libre de préférer le couscous au
cassoulet (et vice versa), il n’y aurait qu’une différence subjective entre
Bach et le dernier des Boys Band.
N’y a-t-il donc rien de beau en soi, aucun critère universel
du goût, aucune hiérarchie qui puisse nous permettre de faire la part entre les
différentes évaluation subjectives?
Dans les civilisations du passé, on croyait
à des critères objectifs de beauté parce que l’art y avait pour fonction de
refléter un ordre cosmique indépendant des hommes et parfait. Autrement dit
quand l’art était sacré (“hiéros” en grec) il y avait une hiérarchie des
valeurs esthétiques. L’art n’a plus cette fonction dans notre civilisation où
la science a désenchanté le monde, et où nous accordons plus d’importance aux
complexités de la vie psychologique des individus qu’aux rapports harmonieux
dans le cosmos. Il n’y a pas de critères esthétiques objectifs et universels,
c’est à dire relevant de l’univers lui-même: l’univers n’est ni beau ni laid,
il est. Aucune connaissance scientifique ne pourra jamais porter sur ces
qualités qui ne se rapportent pas aux choses, mais à celui qui en fait
l’expérience. Privés de sacré et de sublime, sommes-nous irrémédiablement voués
à la platitude, au nivellement par le bas de la culture de masse ?
Peut-être que s’il n’y a pas de critères objectifs et
universels du goût, il n’en reste pas moins qu’il y a une différence subjective
certes, mais universelle entre ceux qui ont du goût et acceptent d’en parler,
et ceux qui n’en ont pas (et refusent d’en parler). Sur quoi repose cette
différence? Peut-être que ce que l’on peut appeler avoir du goût est une
disposition acquise, une capacité de contemplation désintéressée, une volonté
attentive et patiente de s’ouvrir et de se rendre disponible au beau sous
toutes ses formes. Alors que le mauvais goût serait la propension à céder aux
attraits flatteurs et faciles de l’agréable et de s’en contenter.
Ainsi, s’il peut paraître stérile de
discuter de la supériorité d’un goût (ou même d’une culture) par rapport à un
autre, il est bien légitime de nous demander avant toute chose si, oui ou non,
le goût s’éduque.
Les gouts et les couleurs ne se choisissent pas selon des
critères rationnels.
Il est
donc inutile de convaincre son interlocuteur que les sien sont bon ou mauvais,
personne ne peut en effet avoir raison. L’usa
“Des goûts
et des couleurs on ne discute pas” entend-on souvent, ce qui voudrait dire que
le jugement de goût est tout entier livré à l’arbitraire de chacun, et ce qui,
au fond, reléguerait l’appréciation esthétique au même rang que le goût en
matière de cuisine. Tout comme chacun est libre de préférer le couscous au
cassoulet (et vice versa), il n’y aurait qu’une différence subjective entre
Bach et le dernier des Boys Band.
N’y a-t-il donc rien de beau en soi, aucun critère universel
du goût, aucune hiérarchie qui puisse nous permettre de faire la part entre les
différentes évaluation subjectives?
Dans les civilisations du passé, on croyait
à des critères objectifs de beauté parce que l’art y avait pour fonction de
refléter un ordre cosmique indépendant des hommes et parfait. Autrement dit
quand l’art était sacré (“hiéros” en grec) il y avait une hiérarchie des
valeurs esthétiques. L’art n’a plus cette fonction dans notre civilisation où
la science a désenchanté le monde, et où nous accordons plus d’importance aux
complexités de la vie psychologique des individus qu’aux rapports harmonieux
dans le cosmos. Il n’y a pas de critères esthétiques objectifs et universels,
c’est à dire relevant de l’univers lui-même: l’univers n’est ni beau ni laid,
il est. Aucune connaissance scientifique ne pourra jamais porter sur ces
qualités qui ne se rapportent pas aux choses, mais à celui qui en fait
l’expérience. Privés de sacré et de sublime, sommes-nous irrémédiablement voués
à la platitude, au nivellement par le bas de la culture de masse?
Peut-être que s’il n’y a pas de critères objectifs et
universels du goût, il n’en reste pas moins qu’il y a une différence subjective
certes, mais universelle entre ceux qui ont du goût et acceptent d’en parler,
et ceux qui n’en ont pas (et refusent d’en parler). Sur quoi repose cette
différence? Peut-être que ce que l’on peut appeler avoir du goût est une
disposition acquise, une capacité de contemplation désintéressée, une volonté
attentive et patiente de s’ouvrir et de se rendre disponible au beau sous
toutes ses formes. Alors que le mauvais goût serait la propension à céder aux
attraits flatteurs et faciles de l’agréable et de s’en contenter.
Ainsi, s’il peut paraître stérile de
discuter de la supériorité d’un goût (ou même d’une culture) par rapport à un
autre, il est bien légitime de nous demander avant toute chose si, oui ou non,
le goût s’éduque.
Les gouts et les couleurs ne se choisissent pas selon des
critères rationnels.
Il est
donc inutile de convaincre son interlocuteur que les sien sont bon ou mauvais,
personne ne peut en effet avoir raison.
Le jugement
concernant le beau n’est
pas un jugement subjectif. Il ne se fonde pas seulement sur une sensibilité
personnelle. Or, l’appréciation du beau dépend des goûts de
chacun. Ces goûts ne sont pas discutables. Ils ne sont ni vrais, ni faux.
Ici, se pose alors un problème conceptuel : peut on avoir tort ou raison lorsque l’on dit «
c’est beau » ?
Afin de répondre à cette problématique, nous verrons dans une 1ère partie que
l’esprit peut juger du beau
et du laid. Puis dans un 2ème temps, nous montrerons que ce sont nos
inclinations naturelles qui dictent nos goûts
“Des goûts et des couleurs on ne
discute pas” entend-on souvent, ce qui voudrait dire que le jugement de goût
est tout entier livré à l’arbitraire de chacun, et ce qui, au fond, reléguerait
l’appréciation esthétique au même rang que le goût en matière de cuisine. Tout
comme chacun est libre de préférer le couscous au cassoulet (et vice versa), il
n’y aurait qu’une différence subjective entre Bach et le dernier des Boys Band.
N’y a-t-il donc rien de beau en soi, aucun critère universel du
goût, aucune hiérarchie qui puisse nous permettre de faire la part entre les
différentes évaluation subjectives?
Dans les civilisations du passé, on croyait à des critères
objectifs de beauté parce que l’art y avait pour fonction de refléter un ordre
cosmique indépendant des hommes et parfait. Autrement dit quand l’art était
sacré (“hiéros” en grec) il y avait une hiérarchie des valeurs esthétiques.
L’art n’a plus cette fonction dans notre civilisation où la science a
désenchanté le monde, et où nous accordons plus d’importance aux complexités de
la vie psychologique des individus qu’aux rapports harmonieux dans le cosmos.
Il n’y a pas de critères esthétiques objectifs et universels, c’est à dire
relevant de l’univers lui-même: l’univers n’est ni beau ni laid, il est. Aucune
connaissance scientifique ne pourra jamais porter sur ces qualités qui ne se
rapportent pas aux choses, mais à celui qui en fait l’expérience. Privés de
sacré et de sublime, sommes-nous irrémédiablement voués à la platitude, au
nivellement par le bas de la culture de masse?
Peut-être que s’il n’y a pas de critères objectifs et universels
du goût, il n’en reste pas moins qu’il y a une différence subjective certes,
mais universelle entre ceux qui ont du goût et acceptent d’en parler, et ceux
qui n’en ont pas (et refusent d’en parler). Sur quoi repose cette différence?
Peut-être que ce que l’on peut appeler avoir du goût est une disposition
acquise, une capacité de contemplation désintéressée, une volonté attentive et
patiente de s’ouvrir et de se rendre disponible au beau sous toutes ses formes.
Alors que le mauvais goût serait la propension à céder aux attraits flatteurs
et faciles de l’agréable et de s’en contenter.
Ainsi, s’il peut paraître stérile de discuter de la supériorité
d’un goût (ou même d’une culture) par rapport à un autre, il est bien légitime
de nous demander avant toute chose si, oui ou non, le goût s’éduque.
Le jugement
concernant le beau n’est
pas un jugement subjectif. Il ne se fonde pas seulement sur une sensibilité
personnelle. Or, l’appréciation du beau dépend des goûts de
chacun. Ces goûts ne sont pas discutables. Ils ne sont ni vrais, ni faux.
Ici, se pose alors un problème conceptuel : peut on avoir tort ou raison lorsque l’on dit «
c’est beau » ?
Afin de répondre à cette problématique, nous verrons dans une 1ère partie que
l’esprit peut juger du beau
et du laid. Puis dans un 2ème temps, nous montrerons que ce sont nos
inclinations naturelles qui dictent nos goûts
“Des goûts et des couleurs on ne
discute pas” entend-on souvent, ce qui voudrait dire que le jugement de goût
est tout entier livré à l’arbitraire de chacun, et ce qui, au fond, reléguerait
l’appréciation esthétique au même rang que le goût en matière de cuisine. Tout
comme chacun est libre de préférer le couscous au cassoulet (et vice versa), il
n’y aurait qu’une différence subjective entre Bach et le dernier des Boys Band.
N’y a-t-il donc rien de beau en soi, aucun critère universel du
goût, aucune hiérarchie qui puisse nous permettre de faire la part entre les
différentes évaluation subjectives?
Dans les civilisations du passé, on croyait à des critères
objectifs de beauté parce que l’art y avait pour fonction de refléter un ordre
cosmique indépendant des hommes et parfait. Autrement dit quand l’art était
sacré (“hiéros” en grec) il y avait une hiérarchie des valeurs esthétiques.
L’art n’a plus cette fonction dans notre civilisation où la science a
désenchanté le monde, et où nous accordons plus d’importance aux complexités de
la vie psychologique des individus qu’aux rapports harmonieux dans le cosmos.
Il n’y a pas de critères esthétiques objectifs et universels, c’est à dire
relevant de l’univers lui-même: l’univers n’est ni beau ni laid, il est. Aucune
connaissance scientifique ne pourra jamais porter sur ces qualités qui ne se
rapportent pas aux choses, mais à celui qui en fait l’expérience. Privés de
sacré et de sublime, sommes-nous irrémédiablement voués à la platitude, au
nivellement par le bas de la culture de masse?
Peut-être que s’il n’y a pas de critères objectifs et universels
du goût, il n’en reste pas moins qu’il y a une différence subjective certes,
mais universelle entre ceux qui ont du goût et acceptent d’en parler, et ceux
qui n’en ont pas (et refusent d’en parler). Sur quoi repose cette différence?
Peut-être que ce que l’on peut appeler avoir du goût est une disposition
acquise, une capacité de contemplation désintéressée, une volonté attentive et
patiente de s’ouvrir et de se rendre disponible au beau sous toutes ses formes.
Alors que le mauvais goût serait la propension à céder aux attraits flatteurs
et faciles de l’agréable et de s’en contenter.
Ainsi, s’il peut paraître stérile de discuter de la supériorité
d’un goût (ou même d’une culture) par rapport à un autre, il est bien légitime
de nous demander avant toute chose si, oui ou non, le goût s’éduque.
Il faut
savoir tout d’abord ce qu’est une œuvre d’Art et ce que celle-ci représente
dans la société.
Une œuvre
d’Art est quelque chose qui a une valeur artistique, qui n’est pas déterminé
vers un but extérieur et c’est en principe une création unique.
On
distingue une œuvre d’Art par la marque de sa fabrication. C’est le produit
d’un travail, d’un effort. On a considéré pendant longtemps que l’œuvre d’Art
était unique jusqu’au point de rupture imaginé par le cinéma et la photographie
dont les productions sont reproductible à l’infinie
L’œuvre
d’Art, à l’époque de sa reproductibilité technique, a été remise au goût du
jour notamment à travers la critique d'art contemporain, à la fin des années
1990, qui y voyait une prémonition du changement de statut de l'œuvre d'art.
Dès le début du XXe siècle,
avec le dadaïsme (mouvement artistique et littéraire européen de la fin de la Grande Guerre, qui est
caractérisé par une contestation provocatrice et jubilatoire de toutes les
valeurs établies) notamment, des œuvres éphémères et barbares ont modifié la
perception et le statut de l'œuvre d'art, dépouillé des ornements classiques
conférant aux œuvres d'art un statut sacré à travers leur beauté réaliste et
leur énergie.
Il faut
savoir tout d’abord ce qu’est une œuvre d’Art et ce que celle-ci représente
dans la société.
Une œuvre
d’Art est quelque chose qui a une valeur artistique, qui n’est pas déterminé
vers un but extérieur et c’est en principe une création unique.
On
distingue une œuvre d’Art par la marque de sa fabrication. C’est le produit
d’un travail, d’un effort. On a considéré pendant longtemps que l’œuvre d’Art
était unique jusqu’au point de rupture imaginé par le cinéma et la photographie
dont les productions sont reproductible à l’infinie
L’œuvre
d’Art, à l’époque de sa reproductibilité technique, a été remise au goût du
jour notamment à travers la critique d'art contemporain, à la fin des années
1990, qui y voyait une prémonition du changement de statut de l'œuvre d'art.
Dès le début du XXe siècle,
avec le dadaïsme (mouvement artistique et littéraire européen de la fin de la Grande Guerre, qui est
caractérisé par une contestation provocatrice et jubilatoire de toutes les
valeurs établies) notamment, des œuvres éphémères et barbares ont modifié la
perception et le statut de l'œuvre d'art, dépouillé des ornements classiques
conférant aux œuvres d'art un statut sacré à travers leur beauté réaliste et
leur énergie.