Parcours philosophique de la classe T20 STG

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SAUVAGE Elodie

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20 janvier 2009

La vérité : SAUVAGE Elodie

A la vérité qui dérange, faut-il préférer l’illusion qui réconforte ?

 

 

Vérité : On donne quelquefois au mot vérité le sens de réalité. Mais il vaut mieux entendre par vérité un caractère de la connaissance, et de la connaissance seulement. On peut dire que la vérité est l'affirmation de ce qui existe ou la négation de ce qui n'existe pas; donc, finalement, l'accord de nos jugements avec la réalité.

 

Illusion : En dehors des illusions répertoriées sur la perception par les sens, et qui continuent à s'enrichir, le philosophe s'intéresse aux illusions auto-entretenues par les êtres humains qui apprécient parfois de croire en des affirmations qu'un examen rationnel leur ferait rejeter.

Spinoza et illusion : L’  homme n’est pas un empire dans un empire»: autrement dit, il n’est pas indépendant de l’empire de la nature; il est au contraire étroitement déterminé par les enchaînements nécessaires qui la régissent. À la lumière de ce principe, Spinoza entreprend de dissiper quelques illusions tenaces, qui empêchent l’homme de prendre une conscience lucide de lui-même.

 

Illusion et Freud :Une illusion n'est pas la même chose qu'une erreur, une illusion n'est pas non plus nécessairement une erreur. L'opinion d'Aristote, d'après laquelle la vermine serait engendrée par l'ordure * - opinion qui est encore celle du peuple ignorant -, était une erreur; de même l'opinion qu'avait une génération antérieure de médecins, et d'après laquelle le tabès * aurait été la conséquence d'excès sexuels. Il serait impropre d'appeler ces erreurs des illusions, alors que c'était une illusion de la part de Christophe Colomb, quand il croyait avoir trouvé une nouvelle route maritime des Indes. La part de désir que comportait cette erreur est manifeste. On peut qualifier d'illusion l'assertion de certains nationalistes, assertion d'après laquelle les races indogermaniques seraient les seules races humaines susceptibles de culture, ou bien encore la croyance d'après laquelle l'enfant serait un être dénué de sexualité, croyance détruite pour la première fois par la psychanalyse. Ce qui caractérise l'illusion, c'est d'être dérivée des désirs humains ; elle se rapproche par là de l'idée délirante en psychiatrie, mais se sépare aussi de celle-ci, même si l'on ne tient pas compte de la structure compliquée de l'idée délirante.
      L'idée délirante est essentiellement - nous soulignons ce caractère - en contradiction avec la réalité ; l'illusion n'est pas nécessairement fausse, c'est-à-dire irréalisable ou en contradiction avec la réalité. Une jeune fille de condition modeste peut par exemple se créer l'illusion qu'un prince va venir la chercher pour l'épouser. Or, ceci est possible ; quelques cas de ce genre se sont réellement présentés. Que le Messie vienne et fonde un âge d'or, voilà qui est beaucoup moins vraisemblable : suivant l'attitude personnelle de celui qui est appelé à juger de cette croyance, il la classera parmi les illusions ou parmi les équivalents d'une idée délirante. Des exemples d'illusions authentiques ne sont pas, d'ordinaire, faciles à découvrir ; mais l'illusion des alchimistes de pouvoir transmuter tous les métaux en or est peut-être l'une d'elles. Le désir d'avoir beaucoup d'or, autant d'or que possible, a été trés atténué par notre intelligence actuelle des conditions de la richesse ; cependant la chimie ne tient plus pour impossible une transmutation des métaux en or. Ainsi nous appelons illusion une croyance quand, dans la motivation de celle-ci, la réalisation d'un désir est prévalente, et nous ne tenons pas compte, ce faisant, des rapports de cette croyance à la réalité, tout comme l'illusion elle-même renonce à être confirmée par le réel.

Illusion et Descartes : Lorsque j'étais enfant, j'aimais une fille de mon âge, qui était un peu louche * ; au moyen de quoi, l'impression qui se faisait par la vue en mon cerveau, quand je regardais ses yeux égarés, se joignait tellement à celle qui s'y faisait aussi pour émouvoir la passion de l'amour, que longtemps après, en voyant des personnes louches, je me sentais plus enclin à les aimer qu'à en aimer d'autres, pour cela seul qu'elles avaient ce défaut ; et je ne savais pas néanmoins que ce fût pour cela. Au contraire, depuis que j'y ai fait réflexion, et que j'ai reconnu que c'était un défaut, je n'en ai plus été ému. Ainsi, lorsque nous sommes portés à aimer quelqu'un, sans que nous en sachions la cause, nous pouvons croire que cela vient de ce qu'il y a quelque chose en lui de semblable à ce qui a été dans un autre objet que nous avons aimé auparavant, encore que nous ne sachions pas ce que c'est. Et bien que ce soit plus ordinairement une perfection * qu'un défaut, qui nous attire ainsi à l'amour, toutefois, à cause que ce peut être quelquefois un défaut, comme en l'exemple que j'en ai apporté, un homme sage ne se doit pas laisser entièrement aller à cette passion, avant que d'avoir considéré le mérite, de la personne pour laquelle nous nous sentons émus.

 

10 novembre 2008

“Des goûts et des couleurs on ne discute pas” (SAUVAGE E.)

Kant et le goût

Lorsqu'il s'agit de ce qui est agréable, chacun consent à ce que son jugement, qu'il fonde sur un sentiment personnel et en fonction duquel il affirme qu'un objet lui plaît, soit restreint à sa seule personne. Aussi bien disant : "Le vin des Canaries est agréable", il admettra volontiers qu'un autre corrige l'expression et lui rappelle qu'il doit dire : cela m'est agréable. Il en est ainsi non seulement pour le goût de la langue, du palais et du gosier, mais aussi pour tout ce qui peut être agréable aux yeux et aux oreilles de chacun. La couleur violette sera douce et aimable pour celui-ci, morte et éteinte pour celui-là. Celui-ci aime le son des instruments à vent, celui-là aime les instruments à cordeC'est pourquoi il dit : la chose est belle et dans son jugement exprimant sa satisfaction, il exige l'adhésion des autres, loin de compter sur leur adhésion, parce qu'il a constaté maintes fois que leur jugement s'accordait avec le sien. Il les blâme s'ils jugent autrement et leur dénie un goût, qu'ils devraient cependant posséder d'après ses exigences; et ainsi on ne peut dire : "À chacun son goût". Cela reviendrait à dire : le goût n'existe pas, il n'existe pas de jugement esthétique qui pourrait légitimement prétendre à l'assentiment de tous" Analytique du beau.

 

 “Des goûts et des couleurs on ne discute pas”

 

   “Des goûts et des couleurs on ne discute pas” entend-on souvent, ce qui voudrait dire que le jugement de goût est tout entier livré à l’arbitraire de chacun, et ce qui, au fond, reléguerait l’appréciation esthétique au même rang que le goût en matière de cuisine. Tout comme chacun est libre de préférer le couscous au cassoulet (et vice versa), il n’y aurait qu’une différence subjective entre Bach et le dernier des Boys Band.
   N’y a-t-il donc rien de beau en soi, aucun critère universel du goût, aucune hiérarchie qui puisse nous permettre de faire la part entre les différentes évaluation subjectives?
   Dans les civilisations du passé, on croyait à des critères objectifs de beauté parce que l’art y avait pour fonction de refléter un ordre cosmique indépendant des hommes et parfait. Autrement dit quand l’art était sacré (“hiéros” en grec) il y avait une hiérarchie des valeurs esthétiques. L’art n’a plus cette fonction dans notre civilisation où la science a désenchanté le monde, et où nous accordons plus d’importance aux complexités de la vie psychologique des individus qu’aux rapports harmonieux dans le cosmos. Il n’y a pas de critères esthétiques objectifs et universels, c’est à dire relevant de l’univers lui-même: l’univers n’est ni beau ni laid, il est. Aucune connaissance scientifique ne pourra jamais porter sur ces qualités qui ne se rapportent pas aux choses, mais à celui qui en fait l’expérience. Privés de sacré et de sublime, sommes-nous irrémédiablement voués à la platitude, au nivellement par le bas de la culture de masse?
CASTELLI ,SAUVAGE  

Peut-être que s’il n’y a pas de critères objectifs et universels du goût, il n’en reste pas moins qu’il y a une différence subjective certes, mais universelle entre ceux qui ont du goût et acceptent d’en parler, et ceux qui n’en ont pas (et refusent d’en parler). Sur quoi repose cette différence? Peut-être que ce que l’on peut appeler avoir du goût est une disposition acquise, une capacité de contemplation désintéressée, une volonté attentive et patiente de s’ouvrir et de se rendre disponible au beau sous toutes ses formes. Alors que le mauvais goût serait la propension à céder aux attraits flatteurs et faciles de l’agréable et de s’en contenter.
   Ainsi, s’il peut paraître stérile de discuter de la supériorité d’un goût (ou même d’une culture) par rapport à un autre, il est bien légitime de nous demander avant toute chose si, oui ou non, le goût s’éduque.

Qu’en pensez-vous ?

 

Lorsque quelqu'un ne trouve pas beau un édifice, un paysage ou un poème, cent avis qui au contraire les apprécient ne lui imposeront pas intérieurement un assentiment. Bien entendu, il peut faire' comme si la chose lui plaisait afin de ne pas passer pour manquer de goût ; il peut même commencer à douter d'avoir assez formé son goût par la connaissance d'un nombre suffisant d'objets d'un certain type (comme quelqu'un qui, de loin, s'imaginant reconnaître une forêt, tandis que d'autres v voient une ville, doutera du jugement de sa propre vue). Il lui apparaîtra néanmoins très clairement que l'assentiment d'autrui ne fournit pas le moindre argument probant lorsqu'il s'agit de juger de la beauté ; que d'autres peuvent bien voir et observer pour lui, et que ce que beaucoup ont vu de la même manière peut constituer pour lui, qui croit avoir vu les choses autrement, un argument probant suffisant pour former un jugement théorique et donc logique ; jamais pourtant ce qui a plu à d'autres ne peut servir de fondement à jugement esthétique. Le jugement d'autrui qui désapprouve le nôtre peut certes à bon droit nous faire douter, mais jamais nous persuader que nous avions tort. Il n'existe donc aucun argument probant d'ordre empirique qui puisse imposer un jugement de goût à quelqu'un.


23 octobre 2008

Sauvage : Qu'est-ce qui distingue un œuvre d'art d'un objet quelconque ?

Une œuvre d'art est un produit purement humain, d'êtres capables de sensibilité, et qui tentent de représenter dans des formes et des structurations d'éléments interagissant une perception construite, réelle ou transcendante. Elle demeure toujours une tentative d’ordonnance matérielle d'éléments a priori distincts. Matière et forme, conscience et inconscience vont toucher des affects particuliers. Certains aspects esthétiques du phénomène, de l’apparent, sont donc plutôt confiés à notre sentiment qu’à la raison.                                     Mais un objet commun ne devient œuvre d’art que dans la mesure où le regard humain le voit comme tel

Un objet estune entité (une chose) définie dans un espace à trois dimensions, soit naturelle, soit fabriquée par l'homme(un artéfact), qui a une fonction précise, désignable par une étiquette verbale (un nom). En ce sens, l'objet est sensible, c'est à dire qu'il est ou doit pouvoir être perceptible par au moins un des cinq sens ou par un dispositif ad hoc (instrument de laboratoire en physique, par exemple). Il est défini par les relations externes qu'il entretient avec son environnement, par son état et les mouvements ou modifications qu'il subit ou qu'il cause. De ce fait, puisque rien n'est permanent, il évolue dans le temps. Les objets des sciences, ou des disciplines académiques sont, selon l'opinion commune, des objets naturels. Les philosophes constructivistes allèguent que ces objets deviennent, par le fait même d'être objets d'études et d'être mis en équation et formulations spécifiques à l'observation ou l'usage qu'on en fait, des créations humaines, des inventions ou des artéfacts. Toujours est-il que chaque discipline a son objet (ou ses objets), et que le sens de ce mot, au sein d'une discipline, est relatif à celle-ci.

Par ailleurs, certains objets sont incorporels (c’est à dire qu'ils ne sont pas 'objet' des sens): créations de l'esprit, idéalités, concepts, fantaisies, fictions, constructions mathématiques, classes ou catégories, définitions universelles, but poursuivi, etcetera. Ces objets manquent de concrétude, mais sont, pourtant, les uns réels, les autres irréels... sans exclure une troisième catégorie d'objets: ceux qui, n'étant pas réels aujourd'hui, peuvent le devenir demain (une œuvre d'art, un immeuble, la concrétisation d'une démarche ou d'une procédure, par exemple).

Ce qui nous amène aux objets des langages de programmation. La corporéité des objets en informatique n'est ni bien établie ni bien comprise. Ce sont bien des objets concrets, manipulables et exécutables par une machine. Ils ont des effets dans le monde réel. Le virtuel ne doit donc être compris ni comme non concret, ni comme non réel. Les objets, en informatique ont un statut d'existence similaire aux objets qui impliquent une action déterminée non seulement quant au but, mais aussi quant aux procédures, méthodes et modes d'action: un plan d'action, par exemple ou une stratégie, etc... Ainsi, une rencontre sur l'Internet, pour être virtuelle, n'est pour autant démunie ni d'objectivité ni de réalité.