Vérité :
La vérité (du latin veritas) est un terme de philosophie qui exprime la qualité de ce qui est vrai.
C'est la conformité de l'idée avec son objet, conformité de ce que l'on dit ou pense
avec ce qui est réel.
On peut dire que la vérité est l'affirmation de ce qui existe ou la négation de ce qui n'existe pas; donc, finalement, l'accord de nos jugements avec la réalité. Cette définition paraît claire et satisfaisante, sans doute, au sens commun. Mais si l'on se place du point de vue soit du criticisme, soit de l'idéalisme, on pourra la trouver peu philosophique.
Archimède,
pour tirer le globe terrestre de sa place et le transporter en un autre lieu,
ne demandait rien qu'un point qui fût fixe et assuré. Ainsi j'aurai droit
de concevoir de hautes espérances, si je suis assez heureux pour trouver
seulement une chose qui soit certaine et indubitable *
.
Je suppose donc que toutes les choses que je vois
sont fausses ; je me persuade que rien n'a jamais été de tout ce que ma mémoire
remplie de mensonges me représente ; je pense n'avoir aucun sens ; je crois que
le corps, la figure, l'étendue, le mouvement et le lieu ne sont que des
fictions de mon esprit. Qu'est-ce donc qui pourra être estimé véritable ? Peut-être
rien autre chose, sinon qu'il n'y a rien au monde de certain.
Mais que sais-je s'il n'y a point quelque autre
chose différente de celles que je viens de juger incertaines, de laquelle on ne
puisse avoir le moindre doute ? N'y a-t-il point quelque Dieu ou quelque autre
puissance qui me met en l'esprit ces pensées ? Cela n'est pas nécessaire ; car
peut-être que je suis capable de les produire de moi-même. Moi donc à tout le
moins ne suis-je point quelque chose ? Mais j'ai déjà nié que j'eusse aucun sens
ni aucun corps ; j'hésite néanmoins, car que s'ensuit-il de là ? Suis-je
réellement dépendant du corps et des sens que je ne puisse être sans eux ? Mais
j'ai déjà nié qu'il n'y avait rien du tout dans le monde ; qu'il n'y avait
aucun ciel, aucune terre, aucuns esprits ni aucuns corps ; ne me suis-je donc
pas aussi persuadé que je n'étais point ? Tant s'en faut ; j'étais sans doute,
si je me suis persuadé ou seulement si j'ai pensé quelque chose. Mais il y a un
je ne sais quel trompeur très puissant et très rusé qui emploie toute son
industrie à me tromper toujours.
Il n'y a donc point de doute que je suis,
s'il me trompe ; et qu'il me trompe tant qu'il voudra, il ne saura jamais faire
que je ne sois rien tant que je penserai être quelque chose. De sorte qu'après
y avoir bien pensé et avoir soigneusement examiné toutes choses, enfin il faut
conclure, et tenir pour constant que cette proposition : Je suis, j'existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je
la prononce ou que je la conçois en mon esprit.
Illusion et Descartes :Lorsque j'étais enfant, j'aimais une fille de mon âge, qui était un peu louche ; au moyen de quoi, l'impression qui se faisait par la vue en mon cerveau, quand je regardais ses yeux égarés, se joignait tellement à celle qui s'y faisait aussi pour émouvoir la passion de l'amour, que longtemps après, en voyant des personnes louches, je me sentais plus enclin à les aimer qu'à en aimer d'autres, pour cela seul qu'elles avaient ce défaut ; et je ne savais pas néanmoins que ce fût pour cela. Au contraire, depuis que j'y ai fait réflexion, et que j'ai reconnu que c'était un défaut, je n'en ai plus été ému. Ainsi, lorsque nous sommes portés à aimer quelqu'un, sans que nous en sachions la cause, nous pouvons croire que cela vient de ce qu'il y a quelque chose en lui de semblable à ce qui a été dans un autre objet que nous avons aimé auparavant, encore que nous ne sachions pas ce que c'est. Et bien que ce soit plus ordinairement une perfection qu'un défaut, qui nous attire ainsi à l'amour, toutefois, à cause que ce peut être quelquefois un défaut, comme en l'exemple que j'en ai apporté, un homme sage ne se doit pas laisser entièrement aller à cette passion, avant que d'avoir considéré le mérite, de la personne pour laquelle nous nous sentons émus.
DESCARTES
Lettre à Chanut - 6 juin 1647
Illusion et Freud :LA RELIGION ET L'ILLUSION "La religion serait la névrose obsessionnelle universelle de l'humanité ; comme celle de l'enfant, elle dérive du complexe d'Oedipe des rapports de l'enfant au père." Freud, L'Avenir d'une illusion, 1927.
Illusion et Spinoza : " La plupart semblent croire qu'ils sont libres dans la mesure ou il leur est permis d'obéir à leurs penchants et qu'ils abandonnent de leur indépendance dans la mesure où ils sont tenus de vivre selon la prescription de la loi divine. La moralité donc, et la religion, et, sans restriction, tout ce qui se rapporte à la force d'âme, ils les prennent pour des fardeaux qu'ils espèrent déposer après la mort, pour recevoir le prix de la servitude; à savoir de la moralité et de la religion : et ce n'est pas cet espoir seul, mais aussi et surtout la crainte d'être punis par d'horribles supplices après la mort, qui les poussent à vivre selon la prescription de la loi divine, autant que le permettent leur petitesse et leur âme impuissante. Et si les hommes n'avaient pas cet espoir et cette crainte, s'ils croyaient au contraire que les esprits périssent avec le corps, et qu'il ne reste aux malheureux épuisés par le fardeau de la moralité aucune survie, ils reviendraient à leurs nature. Ils, voudraient tout gouverner selon leurs penchants et obéir à la fortune plutôt qu'à eux-mêmes. Ce qui ne me paraît pas moins absurde que si un homme, parce qu'il ne croit pas pouvoir nourrir éternellement son corps de bons aliments, préférait se saturer de poisons mortels ; ou bien, parce qu'il voit que l'esprit n'est pas éternel ou immortel, préfère être dément et vivre sans la Raison : absurdité telle qu'elle mérite à peine d'être relevée. "

A la vérité qui dérange, faut-il préférer l’illusion qui réconforte ?
Notre question nous confronte à un dilemme grave qui n'a de sens que dans des situations d'expérience exceptionnellement dramatique. Un choix s'impose, ou un cas de conscience. Il faut, de gré ou de force, s'embarquer et préférer une situation à une autre, soit dire/entendre la vérité et en payer un prix qui peut être très lourd, soit se taire/ne pas écouter la vérité pour sauvegarder la vie, le bonheur d'une personne, même si c'est au prix de l'aliénation dans des illusions. On peut penser au médecin devant une maladie très grave, chez un patient qui n'en n'a plus que pour six mois à vivre et qui, pour l'instant ne se rend compte de rien. Faut-il lui gâcher son bonheur d'aujourd'hui en lui révélant la vérité ? En d'autres situations, peut-on se permettre de mettre devant ses responsabilités directes, quelqu'un qui est déjà très malheureux ? N'est-ce pas alors courir le risque, sous prétexte "qu'il faut dire la vérité", de précipiter un désastre, une dépression, voire un suicide ? Certains psychologues dépourvu de tact on fait l'amère expérience d'une violence de la vérité. On n'est pas toujours capable de regarder la vérité en face, si on n'a pas la force de caractère nécessaire.
Cependant, même si l'illusion peut offrir un semblant de réconfort, ce n'est que par une tromperie qui ne résiste pas indéfiniment. Il faut croire, croire encore dans les illusions, jusqu'au jour où on cesse de se laisser berner. Une vie dans l'illusion est indigne de la condition de l'homme. Tôt ou tard, de toute manière, il faudra bien accepter la vérité. Tout est peut être question de délicatesse dans la manière de le dire et aussi de capacité d'acceptation dans la manière de l'apprendre. Ce qui est certain, c'est que remettre une vie en conformité avec la vérité peut conduire à des révisions radicales, un retournement complet de ce qui était la vie auparavant. Spinoza, par exemple, ne nie pas la valeur de la religion fondée sur la crainte. Elle est très utile pour le peuple. Elle le rend discipliné, elle le pousse, par la crainte du châtiment, à faire le bien. L'Etat ne doit pas renier la religion. L'homme libre cependant, n'a pas besoin des illusions qu’engendrent la peur et son lot de compensations. Il fait le bien directement. Homme de la raison, il veut connaître Dieu en s'élevant aussi loin possible que la raison le lui permet, jusqu'à l'intuition de l'absolu. Chercher un réconfort dans la religion est chose totalement différente que de chercher la vérité sur la nature de l'absolu. Dans l'idée de réconfort, il y a l'idée que l'on va sauvegarder le confort actuel ou le rétablir. Le réconfort ne change rien. Il apporte un calmant à la douleur, il ne la soigne pas. La vérité au contraire guérit des illusions et de l'erreur, mais le traitement peut ne peut être agréable du tout, s'il faut passer par la perte des illusions que l'on entretenait jusque là. Quand la vérité est acceptée, une paix survient, mais la paix qui réunit avec la réalité, avec ce qui est, n'a rien à voir avec le seul réconfort psychologique de paroles gentilles, mais qui maintiennent dans l'illusion. Il faut bien voir donc que, d'un côté, chercher un réconfort et d'un autre côté vouloir connaître la vérité reposent sur deux motivations très différentes. Il faut du courage, de l'audace, un sens de la remise en question et du risque pour vouloir la vérité. Pour chercher un réconfort, il suffit de quémander un peu de gentillesse autour de soi. Mais en même temps la complaisance, la pitié sont ambigus cherché de cette façon. Nous aimons ceux qui nous prennent en pitié de cette façon car ils nous donnent raison et nous permettent de persister dans nos illusions. Une crise de larmes appelle naturellement la consolation. Mais que dire de celui qui ne se laisse pas prendre au jeu des compromissions larmoyantes et dit la vérité, que souvent le chagrin est hypocrite et que l'on se lamente sur soi-même ! Il ne réconforte certes pas, mais, si ses intentions sont pures, il peut dire la vérité et aider. Alors, quelle attitude choisir? Qui a le plus de cœur ?
Dans quelle situation vaut-il mieux faire silence sur la vérité ? Dans quelle situation vaut-il mieux dire la vérité ? Comment tracer la frontière ? Le problème est il identique du côté du dire (de moi vers l'autre) et du coté de l'entendre (de l'autre vers moi) ? N'y a-t-il pas une sorte d'éthique de la parole dans le premier pas qui vise au respect absolu de la personne ? N'y a-t-il pas dans le second cas une sorte de courage à faire face à une situation dans laquelle la vérité vous provoque ?

Le jugement concernant le beau n’est pas un jugement subjectif. Or,
l’appréciation du beau dépend des goûts de chacun. Ces goûts ne sont pas
discutables. Ils ne sont ni vrais, ni faux.
On entend par goût l’appréciation
purement esthétique d’une chose les objets sur lesquelles s’exercent le gout
est les objets qui se laissent appréhender seulement par les sens ou les
sensibilités dans le sujet. On comprend les couleurs mais aussi les odeurs, les
sons et les sensations de toutes sortes. Dans le sujet, il faut donc considérer
l’ensemble du jugement de gout. 
D'après Hobbes 