Parcours philosophique de la classe T20 STG

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HASSENFORDER France

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19 février 2009

HASSENFORDER F. : « A chacun sa vérité »

a. Tolérance et opinion

« A chacun sa vérité », ou encore  « à chacun son opinion », ce sont là des phrases qui relèvent assurément de l’opinion commune, qui entend suggérer par là une exigence de tolérance s’opposant à l’attitude qui consisterait à rejeter toute idée qui diffèrerait des siennes propres.

Mais ces énoncés posent problème : ils impliquent que la vérité peut être considérée comme subjective, comme essentiellement relative – chacun pouvant disposer d’une vérité qui ne serait que la sienne. Mais une vérité qui n’est vraie que pour moi est-elle encore une vérité ?

b. Le problème du relativisme

Cette difficulté a été mise en évidence par Platon qui, dans le Théétète, reprend les thèses du sophiste Protagoras : celui-ci affirmait en effet que « l’homme est mesure de toutes choses », autrement dit, que la ou plutôt les vérités dépendent des perceptions, sentiments ou opinions de chacun. Or il est vrai, par exemple, que le même vent, qui semble à l’un glacial, peut apparaître tiède à un autre, de sorte qu’il serait à la fois vrai de dire que ce même vent est glacial et, tout à la fois, qu’il est tiède.

Si la connaissance se réduit à la perception ou à l’opinion, il semble donc légitime de dire « à chacun sa vérité », puisqu’il est vrai que perception et opinion sont, par définition, subjectives et relatives. Mais le problème est précisément de savoir si une telle conception de la connaissance ou de la science peut être admise.

c. Relativisme et scepticisme

Dire : « à chacun sa vérité », cela implique que l’on se contente de s’en tenir à des opinions incertaines ou à des sensations subjectives – que l’on se contente, donc, de s’en tenir à un relativisme du vrai, suivant lequel ce qui est vrai pour moi ne l’est pas nécessairement pour les autres.

Mais ce relativisme a nécessairement pour corrélat ...


27 octobre 2008

L'oeuvre d'Art est-elle le reflet de la société ? (HASSENFORDER F.)

Une œuvre d'art est un produit purement humain, d'êtres capables de sensibilité, et qui tentent de représenter dans des formes et des structurations d'éléments interagissant une perception construite, réelle ou transcendante.

Toute œuvre d'art est concrètement un objet au même titre que cet objet technique qu'est mon stylo. L'objet technique comme l'objet d'art exigent un savoir-faire. Il existe une parenté entre l'art et la technique : en effet, art et technique sont un seul et même mot en grec, la teknê. La teknê grecque ne distingue pas production et création, elle désigne l'ensemble des procédés d'un métier ou d'un art pour obtenir un effet jugé utile. C'est la main de l'homme qui intervient. Où commence et où s'arrête l'art ? Pour quelles raisons un objet technique ne pourrait-il pas prétendre à être un objet d'art ?

 

·       Au sens ancien, tout savoir-faire humain, toute pratique produisant un résultat non naturel (artificiel). 2) Au sens esthétique moderne, production ou création d'oeuvres destinées à plaire (beaux-arts), c'est-à-dire à susciter par leur aspect, une appréciation esthétique positive.

 

Toute œuvre d'art est concrètement un objet au même titre que cet objet technique qu'est mon stylo. L'objet technique comme l'objet d'art exigent un savoir-faire. Il existe une parenté entre l'art et la technique : en effet, art et technique sont un seul et même mot en grec, la teknê. La teknê grecque ne distingue pas production et création, elle désigne l'ensemble des procédés d'un métier ou d'un art pour obtenir un effet jugé utile. C'est la main de l'homme qui intervient. Où commence et où s'arrête l'art ? Pour quelles raisons un objet technique ne pourrait-il pas prétendre à être un objet d'art ?

Le mot « art » autrefois désignait indifféremment des choses artisanales et des choses artistiques. Ce qui distingue un objet artistique par rapport à un objet artisanal est qu’il n’a pas de fonction utilitaire. Mais le sentiment de son existence gratuite nous semble parfois vital. Peut-on en dire davantage ? NON car en matière d’art ce serait : « à chacun ses goûts et ses couleurs » Nous allons interroger et remettre en question l’idée suivante qui revient souvent quand on parle d’art. En fait cette formule traduit souvent l’idée qu’on ne pourrait pas préciser une définition de l’art ni discuter des goûts et des couleurs puisqu’ils sont personnels et varient en fonction des personnes. Mais si les goûts sont personnels pourquoi tant de gens ont de nombreux goûts communs et les partagent ? Pourquoi des modes artistiques ont-elles autant de succès ? Que vaut une telle affirmation de gens qui connaissent peu l’art que ce soit par l’effort de développer un sens artistique

Dans l'art classique, où l'œuvre est détournée de toute utilité, dans laquelle l'art est sa propre fin, l'opposition est nette entre l'œuvred'art et les objets techniques. Aussi l'art classique se reconnaît à des œuvres, qui sont comme des monuments de l'esprit humain. Nous allons dans les musées admirer des œuvres d'art et il nous semble alors, qu'à côté des chefs d'œuvres, placés bien au dessus des objets ordinaires. L'art de Léonard de Vinci, la peinture de Raphaël, la sculpture de Rodin méritent de figurer sur un piédestal au dessus de l'ordinaire des objets techniques. De même, entre un tableau unique et une reproduction de supermarché, il y a la distance entre une œuvre d'art et un produit de consommation, distance que nous ne pouvons pas abolir. Ni renier.

    Cependant, l'art contemporain a su brouiller tous les repères. Entre l'égouttoir de ma cuisine et l'égouttoir placé dans un musée où est la différence? Entre ma poubelle dans la rue et la même poubelle arrosée de peinture dans un musée où est la différence?

    L'art contemporain surprend dans sa créativité, mais aussi par l'audace qu'il déploie à vouloir élever au rang d'art n'importe quel objet, n'importe quelle forme, n'importe quel bruit. S'agit-il de faire tomber l'oeuvre d'art de son piédestal ou de décréter que n'importe quoi peut-être de l'art? Comment peut-on dès lors définir l'œuvre d'art, si rien ne la distingue d'un objet quelconque?

Dans la Critique de la faculté de juger Kant propose une définition classique de l'œuvre d'art , à partir de l’activité créatrice qui le manifeste. L’art est humain et non pas un produit de la Nature. Si la Nature produit des effets, elle ne crée pas des œuvres. L’œuvre d’art suppose une liberté créatrice qui excède la fécondité naturelle. L’artiste crée en vertu d’un libre-arbitre, qui n’est pas la nécessité naturelle. Or, à ce libre-arbitre proprement humain est attaché l’usage de la raison et la capacité de donner une forme rationnelle à une création. Ainsi, pour Kant, « on se plaît à nommer une œuvre d’art le produit des abeilles (les gâteaux de cire régulièrement construits) mais ce n’est qu’en raison d’une analogie avec l’art, en effet dès que l’on songe que les abeilles ne fondent leur travail sur aucune réflexion proprement rationnelle, on déclare aussitôt qu’il s’agit d’un produit de leur nature (de l’instinct), et c’est seulement à leur créateur qu’on l’attribue en tant qu’art ». L’abeille produit une structure très bien faite, mais elle ne fait pas par réflexion, elle fait sans penser ce qu’elle fait et elle ne peut pas faire autre chose, car il est tout simplement dans sa nature de produire les éléments de la ruche. C’est donc seulement dit Kant par analogie que nous verrons dans les ouvrages naturels de l’animal de l’art, parce que nous ne pouvons pas nous empêcher de les penser à l’image des créations humaines. Cette analogie relèverait ainsi d’un anthropomorphisme spontané, ce qui est une forme commune d'erreur.

Soit nous considérons que l’art a par là prouvé son auto-destruction et la seule explication c’est que nous vivons aujourd’hui la fin de l’art. Cette fin de l’art se manifesterait à travers plusieurs signes d’une véritable imposture sur le statut de l’art contemporain. Ces critiques peuvent se résumer ainsi : a) l'art contemporain est conformiste et ennuyeux, il se borne à des provocations excentriques, qu’il répète stupidement ensuite, dans une surenchère à la limite infantile. b) l’art contemporain est souvent terne et ne suscite aucune émotion esthétique, voire seulement la répulsion. c) Il est semble sans contenu  réel, de sorte que la surenchère dans l’expérimentation pour l’expérimentation finit par ne déboucher sur rien. d) L’art contemporain ne ressemble à rien, son dépouillement à l’opposé du réalisme, l’amène dans le vide de la représentation. e) Il ne répond à aucun critère esthétique précis. f) on ne peut y déceler aucun talent (n'importe qui est capable d'en faire autant). g) c'est une pure création du marché, un produit commercial et rien d’autre. h) c'est un art officiel, élitiste, réservé aux initiés ; c'est un art coupé du public qui ne le comprend pas. i) Il est tellement cérébral, que l’on peut penser que ses œuvres ne sont que des élucubrations intellectuelles, des trucages qui dissimulent la vacuité : c'est n'importe quoi. j) Le prix de certaines oeuvres est injustifié en regard du talent ou de la virtuosité démontrée.