Une vérité mathématique : On peut comprendre
cela par plusieurs sens. Tout d’abord on relèvera la notion de modèle
d’analyse, et là, nous devrons convenir que la modélisation des phénomènes
naturels passe par une mathématisation des lois physiques, seule capable de
donner son extension et sa validité formelle à ces relations entre causes et
effets. En effet les mathématiques ont pour caractère particulier de produire
des vérités qui sont à la fois nécessaires et certains.
Personne ne peut contester les énoncés « deux plus deux est égal à quatre » et « la somme des angles d'un triangle est égale à deux droits ». On comprend donc que les vérités mathématiques servent de modèle à toute recherche de la vérité.
Une vérité expérimentale : Question: les sciences humaines sont-elles des sciences puisqu'elles ne permettent pas l'expérimentation objective reproductible et qu'elles ont affaire a la dimension de la subjectivité et de la liberté, donc à des valeurs et à des interprétations toujours subjectives des comportements humains qu'elles modifient à leur tour d'une manière imprévisible; comportements eux-mêmes subjectivement conditionnés par des valeurs subjectives multiples et contradictoires? Ne sont-elles pas autre chose que des interprétations philosophiques et éthiques appliquées à l'observation dans des conditions plus ou moins objectivées, mais non totalement maîtrisables?
Une vérité universelle : Contre le relativisme, s'affirme l'exigence d'une vérité universelle, irrécusable. C'est cette requête qui opposait Platon déjà aux Sophistes de son temps. C'est cette même requête qui est à l'origine de la pensée cartésienne, soucieuse de certitude assurée.
Le but de la méthode cartésienne est d' "atteindre la vérité dans les sciences". Cf. 1ère règle: " Ne rien admettre pour vrai que je ne le connusse être évidemment tel". S'affirme ainsi l'exigence de certitude. Toute la première Méditation nous montre Descartes soucieux de quitter les sables mouvants de l'opinion pour atteindre le roc de la certitude rationnelle. Cf. Analyse du début de la première Méditation.
Dogmatisme. - Le dogmatisme est la doctrine selon laquelle l'esprit humain serait capable de connaître la vérité, c.-à-d. l'être, tel qu'il est en lui-même, et indépendamment de la représentation que nous en avons : en un mot l'absolu.
Une vérité subjective : Le devenir subjectif comme accès à l'Absolu (Kierkegaard). Le sujet cartésien, kantien ou hégélien (comme accès au général) se dilue dans une universalité abstraite qui au lieu de la vie ne propose qu'une fantasmagorie incapable de répondre aux attentes du sujet. Aussi, le « devenir subjectif » kierkegaardien pourrait paraître être la profession de foi d'un retour à la vie esthétique. Il n'en est rien ‑quoique l'esthéticien soit moins éloigné que l'éthicien du religieux. Pour comprendre cette conversion, ce saut qualitatif dans la foi, il faut relire l'histoire biblique d'Abraham: Dieu demande au "chevalier de la foi" de sacrifier son fils Isaac. Exigence absurde dérogeant à toute justification, paradoxe supra rationnel. Pourtant, Abraham obéira à Dieu. Telle est bien la foi, une obéissance sans condition à Dieu. Cette obéissance aveugle n'est pas sans "crainte et tremblement", mais seul Dieu est porteur de l'espoir de voir Isaac rendu à son père, comme Regina à Søren... Il existe bien un dépassement de l'éthique où l'homme s'isole des devoirs généraux pour se retrouver dans un face-à-face avec Dieu, dans un rapport subjectif à Dieu que le christianisme commande lui-même.

Le bien moral( le devoir), personnel (le bonheur ou le
salut) ou intersubjectif (la justice) s'applique au domaine de l'action et de
ses finalités et définit le souhaitable; La vérité ne peut s'y appliquer que
par usage métaphorique (et donc non-vrai), et si l'on n'en est pas conscient,
d'une manière illusoire: dès lors, en effet, que jugement de valeur et jugement
de réalité sont confondus, la pensée prend nécessairement les projections
imaginaires du désir pour la réalité existante ou possible; ce qui est la
définition de l'illusion plus ou moins délirante. Or l'illusion est le seul
ennemi de la vérité.
Donc examinons l'idée de la vérité dans les seuls champs de la connaissance.
Pb. De deux choses l'une semble-t-il: soit la vérité est une
certitude absolue et dogmatique (identité entre la pensée avec la réalité et/ou
avec elle-même), soit elle n'est pas. Mais le scepticisme qui récuse la
possibilité de découvrir la vérité, lorsqu'il exige de prouver la preuve à l'infini,
ce qui est impossible, ne peut non plus prouver la validité de sa propre thèse,
et d'autre part semble se contredire puisqu'il admet que la proposition: «la
vérité est impossible" est vraie. Comment alors poser l'idée de vérité
entre ces deux écueils de la connaissance que semblent être le dogmatisme et le
scepticisme? La vérité peut-elle être relative, A quelles conditions?
Approcher le problème de la vérité suppose en premier lieu de briser l’identification « non philosophique » entre vérité et réalité. Nous avons tendance à juger que ce qui est vrai est ce qui est réel. Pourtant, on ne peut qu’admettre la différence suivante : supposons que je regarde le soleil, je dirai sans hésitation qu’il est réel ; mais quel sens y aurait-il à dire que le soleil est vrai ? Lorsque j’affirme que quelque chose est réel, je ne fais rien d’autre que reconnaître son existence. La vérité semble exiger autre chose qu’une telle reconnaissance. Dans notre exemple, ce n’est pas le soleil lui-même qui peut être dit vrai ou faux mais notre représentation ou notre jugement : si je dis « cela est le soleil » en désignant la lune, alors mon affirmation sera fausse tandis que si je désigne le soleil elle sera vraie. La distinction de la vérité et de la réalité se dévoile encore si l’on reprend un exemple de Descartes : en effet, nous pouvons avoir en notre esprit des représentations qui ne sont qu’imaginaires (ex : la représentation d’une Chimère) donc fausses car ne renvoyant à rien d’existant en dehors d’elles, et qui pourtant ont une certaine réalité en tant qu’elles sont bien des choses dans notre esprit. Ayant ainsi explicité la différence de la vérité et de la réalité, il n’en faut pas pour autant conclure que ces deux concepts sont sans rapports aucun. C’est même autour de la question de ces rapports que s’affrontent les différentes conceptions de la vérité. On peut en effet prendre comme critère de vérité d’un jugement sa conformité avec la réalité. C’est la thèse de la vérité-correspondance. Inversement, on peut penser que la vérité se définit avant tout par la cohérence de la pensée avec elle-même, l’accord qu’elle manifeste entre ses différentes assertions. Étant donné notamment l’abîme ontologique qui sépare une idée d’une chose, la conformité du rapport de la pensée à la réalité ne peut être évaluée immédiatement. C’est la thèse de la vérité-cohérence. Les différentes théories de la vérité que nous allons à présent exposer se distribuent assez bien autour de ces deux pôles sans toutefois s’y réduire dans la mesure où elles fournissent chacune des contributions originales qui ne se laisse enfermer dans aucun modèle prédéfini.











