Illusion : Perception erronée dans la mesure où elle ne
correspond pas à la réalité considérée comme objective, et qui peut être
normale ou anormale, naturelle ou artificielle.
Erreur : Action d'errer çà et là; parcours sinueux et
imprévisible.
L'illusion n'est pas
l'erreur
<<Une illusion n'est
pas la même chose qu'une erreur, une illusion n'est pas non plus nécessairement
une erreur. L'opinion d'Aristote, d'après laquelle la vermine serait engendrée
par l'ordure - opinion qui est encore celle du peuple ignorant -, était une
erreur ; de même l'opinion qu'avait une génération antérieure de médecins, et
d'après laquelle le tabès aurait été la conséquence d'excès sexuels. Il serait
impropre d'appeler ces erreurs des illusions, alors que c'était une illusion de
la part de Christophe Colomb, quand il croyait avoir trouvé une nouvelle route
maritime des Indes. La part de désir que comportait cette erreur est manifeste.
On peut qualifier d'illusion l'assertion de certains nationalistes, assertion
d'après laquelle les races indogermaniques seraient les seules races humaines
susceptibles de culture, ou bien encore la croyance d'après laquelle l'enfant serait
un être dénué de sexualité, croyance détruite pour la première fois par la
psychanalyse. Ce qui caractérise l'illusion, cíest d'être dérivée des désirs
humains ; elle se rapproche par là de l'idée délirante en psychiatrie, mais se
sépare aussi de celle-ci, même si l'on ne tient pas compte de la structure
compliquée de l'idée délirante.
L'idée délirante est
essentiellement - nous soulignons ce caractère- en contradiction avec la
réalité; l'illusion níest pas forcément fausse, c'est-à-dire irréalisable ou en
contradiction avec la réalité. Une jeune fille de condition modeste peut par
exemple se créer l'illusion quíun prince va venir la chercher pour l'épouser.
Or, ceci est possible ; quelques cas de ce genre se sont réellement présentés
(...). Des exemples d'illusions authentiques ne sont pas, d'ordinaire, faciles
à découvrir; mais l'illusion des alchimistes de pouvoir transmuter tous les
métaux en or est peut-être l'une d'elles. Le désir d'avoir beaucoup d'or,
autant d'or que possible, a été très atténué par notre intelligence actuelle
des conditions de la richesse ; cependant lachimie ne tient plus pour impossible une transmutation desmétaux en or. Ainsi nous appelons illusion
une croyance quand, dans la motivation de celle-ci, la réalisation d'un désir
est prévalante, et nous ne tenons pas compte, ce faisant, des rapports de cette
croyance à la réalité, tout comme l'illusion elle-même renonce à être confirmée
par le réel>>.
Le doute est généralement associé à
l'entreprise philosophique. Socrate, Descartes, les sceptiques et bien d'autres
font un usage du doute, que celui-ci signifie une attitude critique à l'égard
de l'opinion (Socrate), un instrument méthodologique permettant d'accéder à une
certitude première ou fondamentale (Descartes), ou encore une suspension du
jugement nous protégeant contre tout dogmatisme (les sceptiques).
On le voit, le fait de douter, en tant qu'il est philosophiquement compris
comme l'affirmation d'une liberté d'examen, de pensée et de jugement, est
positivement connoté. Pourtant, le doute est par définition négatif : il
consiste à refuser une opinion, à dénier une valeur de vérité à un fait ou à un
énoncé, voire à exclure toute prétention à la certitude définitive. C'est donc
que l'entreprise philosophique du doute désigne, à travers la négativité du
doute lui-même, une dimension éminemment positive qui serait peut-être
l'accession, pour la conscience, à un état plus haut, plus sûr de lui-même,
plus achevé.
Or, la question de savoir si l'on peut douter de tout semble entraîner un doute
quant à la valeur même du doute. Tout en admettant que le doute est non
seulement possible, mais aussi, en certaines circonstances, souhaitable, cette
question présuppose une exagération dans le fait de douter de tout. N'y a-t-il
pas des limites au doute ? Ne faut-il pas circonscrire un domaine où le doute
possède une validité, un domaine qui aurait des bornes à ne pas franchir sous
peine de transformer l'attitude critique en simple démence (ce qui ôterait
toute positivité au doute) ? Mais, si nous nous engageons dans cette voie
critique à l'égard de la portée du doute, nous devons aussitôt admettre, pour
les défendre, des vérités indubitables. Du coup, le problème principal que fait
surgir cette question est le suivant : pouvons nous douter au point de mettre
en doute jusqu'à notre croyance en l'existence de certaines vérités
indubitables ? Si tel était le cas, en quoi le doute lui-même pourrait-il
conserver une dimension positive, c'est-à-dire avoir une certaine valeur dans
les champs théorique et moral ?
Qu'est-ce que douter ? Quelle peut être la valeur du
doute ?
Définition préalable du doute : l'état de l'esprit incertain de la réalité d'un
fait, de la vérité d'une énonciation, de la conduite à adopter dans une
circonstance particulière. De façon générale, le doute est un état
d'incertitude de l'esprit entraînant une suspension du jugement. Car nier n'est
pas douter : c'est déjà se prononcer (ceci est vrai ou ceci est faux), tandis
que douter implique que l'on refuse de se prononcer (sans examen, ou parce
qu'on estime qu'il est impossible de trancher une question dans un sens ou dans
l'autre). Donnez des exemples.
Douter revient à critiquer une certitude initialement admise comme telle ou à
exiger de celui qui est " sûr et certain " qu'il donne des garanties
de sa certitude. Exemple des dialogues socratiques : la discussion procède d'un
ébranlement, au moins provisoire, de la certitude ou de la conviction de
l'interlocuteur de Socrate. Cette péripétie organisée des dialogues de Platon
est d'autant plus radicale que Socrate reconnaît ouvertement ne rien savoir du
tout. Du coup, l'absence de tout doute chez son adversaire se retourne contre
lui-même et joue à ses dépends.
Cependant, le corollaire du doute socratique est une certaine théorie de la
certitude. La certitude d'être dans le vrai, de dire vrai, doit reposer sur la
possibilité qu'a le discours rationnel (le logos) d'être " en prise "
avec les choses et le réel, de sorte à pouvoir discriminer entre l'identique
(le même) et le différent (l'autre). Est certain ce dont on est assuré qu'il
est certain. C'est-à-dire que la certitude ne procède pas de rien : elle a des
fondations, des soubassements qui la légitiment en tant que certitude. Chez
Platon, on ne doute pas que la chose soit reconnue ou ait la possibilité d'être
reconnue comme étant la chose même.
Or, qu'advient-il si c'est justement la
possibilité d'une assurance de la certitude qui est mise en doute ?
Que se passe-t-il si le doute est total jusqu'à menacer l'assurance même que ce
qui est assuré est à l'épreuve du doute ?
Douter de tout revient à douter aussi de la pertinence du doute
absolu.
Pour les sceptiques, il n'est rien qui ne puisse être mis en branle par le
doute, et surtout pas l'assurance de posséder la certitude. Montaigne disait :
" je ne sais pas, pas même cela ". À la différence de Socrate qui
vise par le doute à entretenir le feu sous la marmite du dialogue pour que
chacun trouve à se nourrir, au final, d'une certitude rationnelle, les
sceptiques, eux, doutent véritablement de tout sans qu'un dénouement favorable
se dessine à l'horizon. Le doute est définitif. Cela ne veut pas dire qu'il n'y
a pas de vérité, car ce serait encore avoir une position dogmatique. Cela veut
dire que nous sommes toujours à la recherche de cette vérité. En grec, le verbe
Skeptesthai qui donne au sceptique son nom veut dire : examiner. Ainsi, celui
qui doute de tout n'a aucune certitude, puisqu'il va jusqu'à douter de la
pertinence de son projet même de douter. Pascal résume bien cette attitude :
" Il se peut faire qu'il y ait de vraies démonstrations, mais cela n'est
pas certain. Aussi cela ne montre autre chose sinon qu'il n'est pas certain que
tout soit incertain " (Les Pensées, Br 387).
Sur le plan strictement théorique, douter de tout à la façon du sceptique
exclut simplement provisoirement une position dogmatique, car il n'est pas
impossible que nous finissions par trouver une vérité indubitable. Mais il
n'est pas impossible non plus que la recherche ne soit indéfinie, ou qu'il n'y
ait aucune vérité. Mais par contre sur le plan moral, ou tout simplement du
point de vue de la vie quotidienne, une objection au doute absolu se présente :
une vie humaine n'est pas possible si l'on se met à douter de tout, car cela
reviendrait à se laisser mourir ou à sombrer dans la folie la plus achevée.
Donnez des exemples.
Le sceptique est donc obligé de reconnaître qu'il est certainement douteux que
tout soit douteux. Et du point de vue pratique, il est tout aussi obligé de
reconnaître qu'il faut bien dans la vie aller dans un sens ou dans l'autre, et
que tout un chacun se conduit généralement (sans pour cela manquer de sagesse)
en vertu d'une certitude subjective qui l'assure ou le rassure dans sa conduite
: l'irrésolution est un plus grand mal dans la vie pratique que la confiance
démesurée. Le scepticisme bien compris ne doit pas mettre en question la
certitude subjective, ou le sentiment d'évidence, mais avant tout l'usage qu'en
fait le dogmatisme et sa prétention d'en tirer une connaissance de ce qui est.
Mais la question qui se pose à présent est la
suivante : pour quelle raison fondamentale un doute absolu n'a pas lieu d'être,
et serait même impossible logiquement parlant ?
On ne peut se prévaloir d'un droit de douter de tout ; et il est
impossible de douter de tout sans contradiction.
Tout d'abord, le doute absolu n'a pas lieu d'être du point de vue moral
(pratique). C'est-à-dire que l'on n'a pas le droit de douter de tout en ce
domaine. Cela ne veut pas dire que toute critique est exclue en ce domaine, ni
qu'il soit a priori impossible de nourrir certains doutes. Cela veut dire que
nous sommes responsables de l'usage que nous faisons du doute. Celui-ci doit
être éclairé et circonspect pour avoir une valeur morale ou juridique. En
d'autres termes, on doit toujours pouvoir répondre de son doute, et devant soi,
et devant les autres. Or, qui doute de tout prétend s'exonérer de toute
responsabilité et de toute contrainte attachée à " l'usage public de la
raison ", comme disait Kant. Dans un texte intitulé Qu'est-ce que les
lumières ? cet auteur délimite l'usage du doute ou de la critique : il est
souhaitable que du point de vue public des lois, des règles de morale, des
institutions, etc fassent l'objet de mises en doute quant à leur pertinence,
qu'elles soient publiquement soumises à la discussion ; mais, d'un point de vue
privé, c'est-à-dire du point de vue de la place que nous occupons dans la société
(prêtre, magistrat, soldat, professeur, ouvrier, etc), la critique, la mise en
doute de ce qui constitue l'objet même de notre fonction ou de notre activité
n'a aucune légitimité. L'on ne peut donc se prévaloir, abstraitement et sans
considération de la situation donnée, d'un droit à douter de tout.
Si dans le domaine pratique le doute absolu est non seulement un non-sens, mais
encore une faute (morale ou juridique), dans le domaine théorique, l'entreprise
qui consiste à douter de tout paraît tout du moins simplement " provisoire
". C'est en tout cas la borne que lui fixe Descartes dans les Méditations
métaphysiques et le Discours de la méthode. Rappel de l'entreprise
philosophique de Descartes et de son aboutissement : le cogito, puis la reconstruction
ordonnée des vérités sur la base de cette première certitude. Mais Descartes
dit lui-même qu'il " feint " de douter de tout, ce qui pose déjà une
limite quant à la radicalité du doute. Nous pouvons aller encore plus loin, et
ôter au doute " hyperbolique " la prééminence théorique que lui
accorde la méthode cartésienne.
En effet, pour parvenir à douter de tout Descartes ne cesse de recourir à des
artifices de plus en plus fictifs et monstrueux : le songe permanent pour nier
la réalité du monde extérieur, l'hypothèse du Malin Génie pour ôter toute
évidence à la vérité des mathématiques. Or, ces feintes, même si elles peuvent
d'un point de vue logique atteindre la certitude, ne peuvent néanmoins avoir
d'influence sur la croyance ou le sentiment intérieur qu'il y a de la
certitude. On voit donc que le doute prétendu absolu n'est pas suffisamment
radical. Mais, qui plus est, Descartes omet de douter de sa propre raison qui
conduit le doute, il refuse même l'hypothèse de la folie ; il ne doute pas non
plus du langage qui est le sien (langage pourtant hérité de la société dans
laquelle il est né), ni de la pertinence de son projet de douter, et il ne
doute surtout pas de lui-même... Tout cela plaide en la faveur d'une
impossibilité de douter de tout. Car l'on voit que même celui qui fait le pari
de douter de tout en reste à un doute parcellaire. La raison en est que l'on
peut avoir l'intention d'entreprendre un doute radical, mais l'on a toujours en
même temps besoin d'un sol ferme à partir duquel douter. Le doute absolu est
donc contradictoire dans les termes, puisque former le projet de douter de
tout, être dans le doute total, mettre tout en doute : tout cela dénote une
activité qui procède d'un support essentiel que l'on ne peut mettre en doute
alors même que nous croyons tout " révoquer en doute ", à savoir
justement la croyance que nous doutons de tout. Cette croyance ne pouvant être
mise en doute sans supprimer le doute lui-même il n'y a donc pas de pouvoir de
douter de tout.
À la question " Peut-on douter de tout ? " nous répondrons donc par
la négative. Cette réponse est motivée, du point de vue théorique, par la
contradiction que nous venons de soulever. De ce point de vue, il ressort non
pas qu'il y a des vérités indubitables, comme nous le pensions en commençant
notre exposé, mais plutôt, et plus modestement, qu'il y a quelque chose de non
explicite dans notre rapport à la vérité et aux certitudes : un état psychique
de croyance que le doute le plus radical ne peut atteindre tout simplement
parce qu'il en procède lui-même. On ne peut donc que " feindre " de
douter de tout, et c'est encore ne pas douter de tout, ne serait-ce que malgré
nous, en dépit de toute la force de conviction que nous y mettons (et justement
à cause d'elle). Ceci rejoint l'autre point de vue, le point de vue moral ou
pratique, car la volonté de douter que le doute n'atteint pas est circonscrite
en droit dans les bornes que posent aussi bien la collectivité (qui repose sur
un certain ensemble de croyances et qui suppose que l'on attribue aux individus
qu'elle comprend un certain degré de cohérence et de rationalité) que l'agent
individuel lui-même (qui ne doute pas qu'il lui appartient de conformer son
action à un certain état de la situation, quand bien même il douterait de la
direction à prendre ou de la pertinence des moyens dont il dispose). Une fois
ces restrictions admises, on peut soutenir, à juste titre, que douter manifeste
la liberté de la conscience et son accession à un état plus haut, plus achevé
que celui qui procède de l'assurance péremptoire, jamais remise en question
(" ne fût-ce qu'une fois ", dirait Descartes), en l'indubitabilité de
ses opinions, convictions faussement 'personnelles' et fausses évidences de qui
s'interdit de penser. C'est justement cette servitude volontaire, ce
relativisme idiot et satisfait de lui-même, en d'autres termes cette attitude
qui consiste à plier l'indubitabilité (qui ne peut qu'être le terme d'un
travail réflexif conséquent) aux vanités bruyantes de sa mesquine personne :
c'est cela qu'attaque la philosophie, et pour ce faire le doute est un
instrument qui a fait ses preuves
"Doutons même du doute "
conseillait Anatole France pour réussir à combler notre besoin de certitude. Ce
conseil certes surprenant, rejoint la pensée de plusieurs philosophes de
Socrate à Nietzche. Mais est-il réalisable?
Ainsi nous pourrons nous demander s'il est
possible de douter de tout . Pour cela, il faudra d'abord définir le sens de la
question puis nous réfléchirons sur le fait qu'il existe des raisons de le
penser et nous montrerons enfin ce que cela apporte à l'homme, voire à la
société en général.
Que peut bien signifier "douter de
tout"? Refus d'un assentiment quelconque? Non, cette démarche va beaucoup
plus loin dans la réflexion. Elle consiste à remettre en cause toutes nos
certitudes (ou, du moins, ce qu'on considère comme tel) quelque soit le
domaine, c'est à dire à nier l'ensemble de nos connaissances, sauf ce qui
s'exprime si clairement que l'on ne peut en douter, j'ai nommé l'évidence. Une
telle épreuve requiert de nombreuses qualités et l'on peut également se
demander si une telle action est légitime, c'est à dire si nous avons le droit
de le faire. Ainsi nous pouvons dire que notre étude porte sur l'interrogation
suivante: "Avons-nous les capacités de tout remettre en question ? Et
si oui, quelles sont les conséquences ? Sont-elles bonnes?
Pour se demander cela, nous admettons que
nous croyons avoir des certitudes inébranlables ainsi que le fait que nous
sommes des êtres capables de douter ou de penser. De plus on peut admettre que
le philosophe pense à utiliser le doute radical pour tenter d'obtenir une
réponse tendant vers la vérité.
Notre étude montrera l'importance du doute
pour démontrer que si les certitudes réussissent le test du concept, alors
elles sont véridiques ou, plus généralement, si le doute est applicable à
toutes choses.
Ainsi nous nous demanderons successivement
Quelles sont les raisons qui peuvent nous pousser à douter de tout ? Qu'est-ce
qu'un tel doute peut nous apporter ?
Dans Méditations métaphysiques Descartes expose une méthode pour douter d'absolument
tout. Pour lui, c'est le fruit d'une décision volontaire. En effet, déçu par
l'enseignement prodigué par ses maîtres, il décida de " s'appliquer
sérieusement et avec liberté à détruire généralement toutes ses anciens
opinions ", c'est-à-dire les jugements qu'il considérait comme vrais. Pour
cela, il décide de soumettre toutes ses opinions à un doute systématique, même
ce qui n'est pas d'une fausseté évidente. Cette pratique demande des conditions
psychologiques particulières. Il faut dans un premier temps avoir une certaine
maturité : ainsi Descartes a attendu " d'atteindre un âge qui fut si
mûr ", même si celle-ci varie selon l'individu. En outre, il faut être
douté d'une grande patience, car c'est une entreprise " fort
grande ".
Aussi l'esprit peut se relâcher en cours de
route, c'est pourquoi Descartes nous propose l'hypothèse d'un " Malin
Génie qui nous trompe ", qui correspond à une méthode d'auto-
persuation : puisque tout ce nous prenons pour vrai est faux, nous pouvons
par conséquent n'avoir aucune certitude !
Cette pratique cartésienne requiert aussi des
conditions sociales très particulières. En effet, une telle réflexion nécessite
" une paisible solitude ",c'est-à-dire un isolement total
caractérisé par la solitude, la tranquillité
d'esprit et surtout un repos intellectuel et affectif : ilne faut en aucun cas être dérangé par des
" passions ".
A la vue des capacités exigées, il semble que
n'importe quel individu, étant de nature décidée et volontaire, puisse
reconsidérer ses certitudes. C'est d'ailleurs le cas des moines tibétains, qui
acceptent l'isolement total pour s'interroger sur le sens global de la vie.
De surcroît, il existe de nombreux arguments
nous invitant à douter de tout.
Dans La Première Méditation,
Descartes nous en propose quelques
uns.
D'abord, nous pouvons douter des apparences.
En effet, combien de fois n'avons - nous pas été trompé par nos cinq
sens ? La science, par exemple, met en évidence cette " faiblesse "
avec les illusions d'optique ou plus simplement avec le phénomène du mirage
dans le désert.
Mais ces apparences peuvent aussi nous jouer
des tours par le biais du rêve. En effet, il nous arrive de considérer nos
songes comme la réalité ! Cette réaction est vérifiable grâce à notre
comportement lorsque nous sommes en proie à de terribles cauchemars :
sueurs, cris, débattements... Dans ce cas, n'avons-nous pas considéré comme
vrai, ce qui n'était qu'illusion ?
D'un autre côté, nous pouvons nous interroger
sur le raisonnement scientifique. En effet, au dix-septième siècle, Descartes,
dans la Première
Méditation, affirmait que " la physique,
l'astronomie, la médecine et toutes les autres sciences qui dépendent de la
considération des choses sont fort douteuses et incertaines " car
elles reposaient sur des suppositions ou pire, en ce qui concerne la
météorologie sur des récits religieux. Donc aucun raisonnement ne pouvait
soutenir de telles thèses ainsi la possibilité de douter était omniprésente.
Ces arguments peuvent être complétés par les
notions suivantes. En général, on ne peut avoir de fondements assurés car nous
vivons dans un monde en perpétuelle évolution et dans lequel la certitude d'un
jour, sera remise en question le lendemain. Ainsi les certitudes sont
extrêmement rares, voire impossibles.
Même si beaucoup prétendent avoir confiance
en une personne, comment peut-on affirmer connaître toute l'étendue, ô combien
complexe de la personnalité d'un individu ? Ainsi comment prétendre
n'avoir aucun doute sur son prochain ? Le cas des " serial
killers " me semble être une parfaite illustration. En effet,
beaucoup de leurs voisins auraient juré que ces êtres étaient incapables de
tuer une mouche.
On peut également comprendre que le doute
radical existe grâce à l'impossibilité d'être objectif . En effet, toute vision
ou reconstitution d'un fait est une interprétation subjective. Ainsi dans
quelle mesure pourrait-on avoir toute confiance dans le monde de l'information
et en particulier dans les médias ?
Ainsi nous pouvons conclure que nous
possédons les facultés de nous interroger sur l'ensemble de nos prétendues
certitudes, même s'il nous faut l'aide d'une méthode rigoureuse. C'est pourquoi
nous pouvons à présent dire ce que nous apporte une telle réflexion.
Sur le plan scientifique, le doute est un
mode de raisonnement qui permet de remettre en cause les thèses erronées. Ainsi
le doute permet " d'établir quelque chose de ferme et de constant
dans les sciences " selon Descartes. Cette idée est partagée par Copernic
et Galilée, que l'on peut considérer comme les précurseurs dans le monde de
l'astronomie. En effet, en refusant les thèses de leur époque, ils ont
découvert que pourtant " ELLE (la
Terre) tourne ".Ainsi " douter de tout
" permet d'apporter des bases solides à la connaissance.
Sur le plan culturel, cette réflexion permet
une certaine ouverture d'esprit en délivrant notre âme de ses préjugés. En
effet, en doutant de tout, il est impossible d'avoir des idées arrêtées car
tout ce qui n'est pas évident peut être réfuté. Ainsi les évidences en
ressortent renforcées. C'est pourquoi le célèbre " cogito " " je
pense donc je suis ", qui découle de la
généralisation du doute, devient la base du
raisonnement philosophique de Descartes. Cette idée se retrouve dans les Méditations
Métaphysiques,ou Descartes considère le concept du cogito comme
" le terre ferme sur laquelle il a posé les fondements de sa philosophie
".
Le passage par une critique radicale permet
de prendre du recul par rapport à nos sens. En effet, après avoir montré leur
aspect trompeur, maintenant nous avons la possibilité d'acquérir " la
prudence de ne se fier jamais entièrement " (Méditations
Métaphysiques). Ainsi on ne tiendra plus pour vrai ce qu'on croira voir
mais il faudra montrer la véracité de ce que l'on croira apercevoir ou sentir.
Mais il existe aussi des répercutions
psychologiques. En effet, on est libéré des erreurs accumulées par notre esprit
depuis l'enfance et l'on ressent par conséquent un certain soulagement.
Enfin, du point de vue sociologique, cette
démarche peut entraîner deux réactions possibles de la part des autres. Une
certaine admiration par ceux qui sont impressionnés par le travail réalisé mais
d'un autre coté, on peut avoir affaire au mépris ressenti par ceux qui vous
considère comme un fou. Ainsi un tel raisonnement peut faciliter ou empêcher
l'intégration à un groupe. Le cas de Socrate est une excellente illustration
car ce célèbre personnage était adoré par ses disciples mais, d'un autre côté,
il a été condamné à mort par les représentants du peuple athénien.
A la vue de ce qui découle de ce mode de
pensée, on peut dire qu'il est bon de douter de tout.
Ainsi on peut conclure qu'il est possible de
douter de tout et qu'il est même profitable d'user d'un tel dispositif
critique. On aurait toutefois tord d'être excessif dans l'action même de
douter, c'est-à-dire de nier les bases solides et véridiques de tout
raisonnement : un doute sans auto-limitation n'aurait-il pas pour effet de
conduire au scepticisme ?
“Des goûts
et des couleurs on ne discute pas” entend-on souvent, ce qui voudrait dire que
le jugement de goût est tout entier livré à l’arbitraire de chacun, et ce qui,
au fond, reléguerait l’appréciation esthétique au même rang que le goût en
matière de cuisine. Tout comme chacun est libre de préférer le couscous au
cassoulet (et vice versa), il n’y aurait qu’une différence subjective entre
Bach et le dernier des Boys Band.
N’y a-t-il donc rien de beau en soi, aucun critère universel
du goût, aucune hiérarchie qui puisse nous permettre de faire la part entre les
différentes évaluation subjectives?
Dans les civilisations du passé, on croyait
à des critères objectifs de beauté parce que l’art y avait pour fonction de
refléter un ordre cosmique indépendant des hommes et parfait. Autrement dit
quand l’art était sacré (“hiéros” en grec) il y avait une hiérarchie des
valeurs esthétiques. L’art n’a plus cette fonction dans notre civilisation où
la science a désenchanté le monde, et où nous accordons plus d’importance aux
complexités de la vie psychologique des individus qu’aux rapports harmonieux
dans le cosmos. Il n’y a pas de critères esthétiques objectifs et universels,
c’est à dire relevant de l’univers lui-même: l’univers n’est ni beau ni laid,
il est. Aucune connaissance scientifique ne pourra jamais porter sur ces
qualités qui ne se rapportent pas aux choses, mais à celui qui en fait
l’expérience. Privés de sacré et de sublime, sommes-nous irrémédiablement voués
à la platitude, au nivellement par le bas de la culture de masse?
Peut-être que s’il n’y a pas de critères objectifs et
universels du goût, il n’en reste pas moins qu’il y a une différence subjective
certes, mais universelle entre ceux qui ont du goût et acceptent d’en parler,
et ceux qui n’en ont pas (et refusent d’en parler). Sur quoi repose cette
différence? Peut-être que ce que l’on peut appeler avoir du goût est une
disposition acquise, une capacité de contemplation désintéressée, une volonté
attentive et patiente de s’ouvrir et de se rendre disponible au beau sous
toutes ses formes. Alors que le mauvais goût serait la propension à céder aux
attraits flatteurs et faciles de l’agréable et de s’en contenter.
Ainsi, s’il peut paraître stérile de
discuter de la supériorité d’un goût (ou même d’une culture) par rapport à un
autre, il est bien légitime de nous demander avant toute chose si, oui ou non,
le goût s’éduque.
Les gouts et les couleurs ne se choisissent pas selon des
critères rationnels.
Il est
donc inutile de convaincre son interlocuteur que les sien sont bon ou mauvais,
personne ne peut en effet avoir raison.