
Affirmer cela, c’est faire de la vérité une question purement subjective et
relative, et renoncer du coup à l’idée d’une vérité absolue. Le sujet pose
alors la question de l’opinion.
L’opinion, c’est la doxa des anciens, le pseudo savoir qui empêche le
développement d’une science authentique. C’est ici d’ailleurs la forme la plus
faible de l’opinion qu’on nous propose d’examiner puisqu’il s’agit de l’opinion
de chacun, du jugement subjectif. La phrase, qui sonne comme une démission face
à l’impossibilité de construire une vérité signifie : puisqu’une vérité
universelle est impossible, nous renvoyons chacun à lui-même et aux croyances
qu’il peut engendrer de lui-même. C’est ce relativisme absolu de l’opinion,
l’idée aussi que toutes ces opinions se valent, un point de vue pessimiste sur
la question de la vérité qu’on nous demande d’examiner ici. Cependant, il y
aura lieu d’examiner aussi la proposition des épicuriens, qui renoncent à
l’idée d’une vérité transcendante (accessible aux hommes) et lui substituent un
concept pratique de la vérité (celle qui vous convient)
« A chacun sa vérité », ou encore « à chacun son opinion », ce sont là des phrases qui relèvent assurément de l’opinion commune, qui entend suggérer par là une exigence de tolérance s’opposant à l’attitude qui consisterait à rejeter toute idée qui diffèrerait des siennes propres.
Mais ces énoncés posent problème : ils impliquent que la vérité peut être considérée comme subjective, comme essentiellement relative – chacun pouvant disposer d’une vérité qui ne serait que la sienne. Mais une vérité qui n’est vraie que pour moi est-elle encore une vérité ? Cette difficulté a été mise en évidence par Platon qui, dans le Théétète, reprend les thèses du sophiste Protagoras : celui-ci affirmait en effet que « l’homme est mesure de toutes choses », autrement dit, que la ou plutôt les vérités dépendent des perceptions, sentiments ou opinions de chacun. Or il est vrai, par exemple, que le même vent, qui semble à l’un glacial, peut apparaître tiède à un autre, de sorte qu’il serait à la fois vrai de dire que ce même vent est glacial et, tout à la fois, qu’il est tiède. Si la connaissance se réduit à la perception ou à l’opinion, il semble donc légitime de dire « à chacun sa vérité », puisqu’il est vrai que perception et opinion sont, par définition, subjectives et relatives. Mais le problème est précisément de savoir si une telle conception de la connaissance ou de la science peut être admise. Dire : « à chacun sa vérité », cela implique que l’on se contente de s’en tenir à des opinions incertaines ou à des sensations subjectives – que l’on se contente, donc, de s’en tenir à un relativisme du vrai, suivant lequel ce qui est vrai pour moi ne l’est pas nécessairement pour les autres. Mais ce relativisme a nécessairement pour corrélat ...
- Vérité. Accord avec ce qui est véritablement. Correspondance avec un donné.
- Soutenir. Défendre, affirmer.
- La vérité, comme
correspondance avec un donné, demeure-t-elle au simple niveau subjectif ou
peut-on revendiquer un élément d'objectivité, donc de permanence, dans le
vrai ?
Le simple examen de la sphère de la sensation nous invite à affirmer la primauté d'une vérité subjective. La vérité étant définie comme la somme des sensations personnelles, alors nous dirons : « à chacun sa vérité » (c'est la thèse des sophistes dans l'Antiquité : Protagoras, Gorgias).Tout le mouvement de la pensée et du savoir nous conduit à revendiquer et à affirmer une dimension d'objectivité, c'est-à-dire extérieure à l'homme et d'universalité en ce qui concerne le vrai (cf. la constitution de la vérité scientifique : le fait scientifique se construit contre l'expérience première et subjective).
La vérité mathématique peut-elle servir de modèle à toute vérité ? On peut comprendre ce sujet en plusieurs sens. Tout d’abord on relèvera la notion de modèle d’analyse, et là, nous devrons convenir que la modélisation des phénomènes naturels passe par une mathématisation des lois physiques, seule capable de donner son extension et sa validité formelle (cohérence) à ces relations entre causes et effets. Mais on peut aussi considérer qu’il puisse y avoir d’autres sources de vérité que la cohérence formelle, et que, une approche sensible ou imaginative peut aussi permettre un accès à la vérité. On pourra cependant remarquer que même dans les productions de l’imagination, en art en particulier, les mathématiques ne sont jamais absentes et peuvent fournir des modèles à des constructions esthétiques.
Tel nombre est premier », « tels graphes sont isomorphes », « telle classification est complète », etc. Traditionnellement, en mathématiques, la certitude concernant de telles affirmations formelles ne peut résulter que d'une démonstration. La pratique, cependant, semble remettre en question certaines des idées communément admises en la matière. L'informatique n'introduit-elle pas une nouvelle conception de la vérité mathématique, conception incompatible avec celle, défendue depuis plus de deux millénaires, qui se fonde sur la seule intelligence humaine ?Pour aborder ces questions, détaillons deux situations où clairement l'ordinateur joue un rôle central dans l'étude d'énoncés mathématiques. Dans chaque cas, nous verrons que l'idée de la démonstration hilbertienne - des axiomes et des règles de raisonnement, codifiés une fois pour toutes, fixant ce que l'on considère comme vrai - est remise en cause comme seul moyen d'atteindre la certitude mathématique.1. Preuves probabilistes de primalité La cryptographie a fréquemment besoin de grands nombres premiers (de cent chiffres décimaux et plus) et aucune méthode sûre ne permet aujourd'hui d'en produire dans un délai raisonnable.(...)
Les mathématiques ont pour caractère particulier de produire des vérités qui sont à la fois nécessaires et certains. Personne ne peut contester les énoncés « deux plus deux est égal à quatre » et « la somme des angles d'un triangle est égale à deux droits ». On comprend donc que les vérités mathématiques servent de modèle à toute recherche de la vérité. Pourtant, n'est-ce pas perdre de vue la diversité des types de vérité ?
Il existe de nombreux et
excellents comic strips, dont plein chez lapin, mais la plupart, il faut bien
l'avouer, sont beaucoup moins forts que le fromage. Ben, Plus Fort que le
Fromage est, lui, plus fort que le fromage. Coulant, un peu fait, avec cette
odeur inimitable du Munster croisé avec un bon bleu, Plus Fort que le Fromage
est aussi un comic strip saignant, irrespectueux, vif et incisif. Desmond Seah
n'épargne personne, pour notre plus grand plaisir...Vous recherchez le livre LES APPROXIMATIONS DE

Exemple 1 : La matière est contituée d'atomes que l'on peut classer dans le tableau
périodique des éléments. Les molécules qui nous contituent sont des assemblages
d'atomes. Une molécule d'ADN est constituée d'atomes de carbone, d'azote,
d'oxygène, d'hydrogène et de phosphore qui sont assemblés d'une manière extrèmement
rigoureuse et précise. Cette molécule est à la base de la génétique. Il
y a aussi une définition plus large de la science. La science c'est tout ce que
l'on sait pour l'avoir appris. Ce que l'on peut connaitre. Ce que l'on tient
pour vrai. Cette définition inclut à la fois la "foi" et la
"science". L'une ne va pas sans l'autre : Si l'élève ne croit
absolument rien de ce que dit le professeur de sciences, les deux perdent leur
temps. Il est cependant permis et même conseillé à l'élève de douter de certaines
affirmations. Parceque tenir pour exacte une erreur peut être aussi grave que
de tenir pour erronnée une chose exacte. Exemple 2 : Jésus-Christ est mort pour nos péchés conformément aux écritures, puis il
a été enseveli et il est ressucité le troisième jour conformément aux
écritures. Nous attestons ces choses, notre temoignage est vrai. Si vous le
croyez vous êtes sauvés. Mais si vous ne le croyez pas vous êtes encore
condamnés. C'est l'Evangile, la puissance de Dieu pour le Salut de quiconque
croit. Je ne doute aucunement de ces deux affirmations. Elles
ne sont pas de la même nature et n'ont pas non plus la même portée mais ce sont
deux sciences différentes : L'une est le résultat de recherches
scientifiques de l'homme qui étudie la matière qui l'environne et le constitue.
Ces connaissances sont enseignées au collège et au lycée par des professeurs
certifiés ou agrégés. Le but est la connaissance de l'univers visible,
percetible par nos sens pour se comporter en adulte responsable. Portée pour
l'individu : quelques décénies. L'autre est le résultat de la recherche de
l'homme perdu, par Dieu qui désire que tous les hommes soient sauvés... Ces
connaissances sont transmises par les disciples du Christ chargés de le
enseigner à toutes les nations. Le but est la réconciliation de l'homme avec
son créateur par la foi, l'espérance et l'amour. Portée pour l'individu :
quelques décénies + l'éternité. Je ne vois pas quel homme, tant soit peu
intelligent qui prend 5 minutes pour réfléchir à la question, puisse baser sa
vie exclusivement sur une connaissance partielle, incertaine, suceptible d'être
remise en question à tout moment... Et passer à côté de
Par Christofor. les Philosophes ont employé le mot [de vérité] pour désigner l’accord ou le non-accord d’une idée avec son objet ; ainsi, l’on appelle idée vraie celle qui montre une chose comme elle est en elle-même ; fausse celle qui montre une chose autrement qu’elle n’est en réalité » disait Spinoza. Autrement dit, l’expression « vérité subjective » ne signifie rien, puisqu’elle suppose l’accord avec l’objet alors qu’ici elle serait déterminée par le sujet.Vous me suivez ? Je pense que Mme rogue note les eleves a la tete ! …On va prendre des exemples, c’est plus cool.Vous vous levez de mauvaise humeur - c’est une hypothèse fictive, je vous l’accorde - il pleut et les températures sont en chute libre. Les infos vous annoncent que l’indice des prix du pétrole est encore entrain de flamber. Vous voilà entrain de maudire les émirs du Golf, alors même qu’ils ne sont sans doute pour rien dans cette situation. Voilà quelque chose dont la vérité n’est pas objective en ce sens que votre énoncé n’est pas du tout pertinent concernant les cours du pétrole, mais en revanche, ça nous dit quelque chose de votre état d’esprit. Votre opinion subjective, devient une vérité objective - à condition il est vrai d’être interprétée, et ramenée donc à un autre objet.Maintenant, la question qui reste est : « A quelle condition pouvons accéder à une vérité objective ? ». Ici Docteur-Philo tremble du haut de sa chaire. Car à moins de convoquer Kant - et c’est sûr qu’il viendra avec sa Critique de la raison pure (1) sous le bras, on ne voit pas comment s’en tirer. Deux petites idées, et puis si d’autres Docteur-Philo traînent dans les parages, qu’ils prennent la parole. D’abord, la vérité objective supposerait qu’existe le « point de vue de Sirius » : Sirius étant une étoile fort éloignée, pour être objectif il faudrait qu’on trouve une perchoir éloigné comme cette étoile pour examiner les choses en extériorité. Donc, vu que ça n’existe pas, on est plus ou moins amené à donner une vision particulière, espérant que l’addition des plusieurs de ces points de vue finiront par restituer la réalité vue de partout - donc « objective ».Ensuite, peut-être que le contenu subjectif de la vérité peut être dépisté et neutralisé. Voyez la révolution copernicienne (encore Kant) : pour expliquer les mouvements apparents du soleil et des étoiles, Copernic supposa que ces apparences s’expliquaient par le mouvement de l’observateur et non par celui de l’objet observé. De la même façon, pour aller de l’apparence -subjective à la réalité -objective, il faut procéder au décentrement du sujet, ou au moins à l’analyse de ses effets.Plus facile à dire qu’à faire à moins de déclarer que faute d’accéder à la vérité, la position du sujet nous ouvre la dimension du sens - de la signification. C’est déjà quelque chose. Non il ne s’agit pas de la trique de la maison dure… Vos potes au collège, ils vous ont blagué.
Puisqu'il est raisonnable de penser que la vie existe dans l'univers ailleurs que sur notre terre, peut-on imaginer qu'une forme de vie "intelligente" s'interrogeant sur l'univers qui l'entoure et cherchant à le comprendre aboutirait-elle à quelque chose de semblable à notre explication de l'univers avec sa particularité propre. Je m'exprime mal..... Disons si les lois qui régissent le cosmos sont universelles est-il raisonnable de penser qu'une autre forme de vie dite "intelligente" pourrait elle aussi les découvrir ??... euh ma question est peut-être un peu stupide mais bon qu'en pensez-vous ? Mme Rogue lit-elle les copies ??
Le devenir
subjectif comme accès à l'Absolu (Kierkeegard). Le sujet cartésien,
kantien ou hégélien (comme accès au général) se dilue dans une universalité
abstraite qui au lieu de la vie ne propose qu'une fantasmagorie incapable de
répondre aux attentes du sujet. Aussi, le « devenir subjectif »
kierkegaardien pourrait paraître être la profession de foi d'un retour à la vie
esthétique. Il n'en est rien ‑quoique l'esthéticien soit moins éloigné que
l'éthicien du religieux. Pour comprendre cette conversion, ce saut qualitatif
dans la foi, il faut relire l'histoire biblique d'Abraham: Dieu demande au
"chevalier de la foi" de sacrifier son fils Isaac. Exigence absurde
dérogeant à toute justification, paradoxe supra‑rationnel. Pourtant, Abraham
obéira à Dieu. Telle est bien la foi, une obéissance sans condition à Dieu.
Cette obéissance aveugle n'est pas sans "crainte et tremblement",
mais seul Dieu est porteur de l'espoir de voir Isaac rendu à son père, comme
Regina à Soren... Il existe bien un dépassement de l'éthique où l'homme s'isole
des devoirs généraux pour se retrouver dans un face‑à‑face avec Dieu, dans un
rapport subjectif à Dieu que le christianisme commande
Être dogmatiste ce n'est pas seulement affirmer que nous pouvons atteindre le
fond des choses; c'est encore croire que la vérité peut être démontrée, dérivée
de certains principes immuables, de telle façon qu'elle s'impose invinciblement
à tout esprit et ne laisse aucune place au doute. Enfin le dogmatisme implique
que la totalité des choses qui existent peut être connue et expliquée. C'est ne
pas s'entendre soi-même que de parler de dogmatisme partiel le dogmatisme n'est
partiel que par accident. Sans doute, nul humain n'a jamais prétendu posséder
actuellement; toute la vérité : c'est que notre intelligence limitée ne peut
suivre jusqu'au bout la série infinie des applications de ses principes. Mais
si le dogmatisme était vrai, toute chose serait explicable, sinon expliquée;
rien n'échapperait à la loi d'universelle intelligibilité.
Ce triple caractère se retrouve dans tous les systèmes dogmatiques dont l'histoire de la philosophie fait mention. On a même prétendu que le dogmatisme est l'essence même de la philosophie, dont le Scepticisme n'aurtait été alors que la négation, et aussi les sciences, qui sous ce rapport ne diffèrent pas de la philosophie.
Le dogmatisme, en tant que système de croyances arrétées se concilie d'ailleurs parfaitement avec la liberté d'examen, qui est aussi l'une des conditions de la véritable Philosophie; car, bien compris, il est tout entier dans les résultats et non dans la méthode. Nous voulons dire par là que le philosophe, ne s'astreignant à jurer sur la parole d'aucun maître, cherche la vérité dans toute l'indépendance de sa pensée, mais s'y attache après l'avoir trouvée, et ne consent pas à la considérer comme une chose flottante et relative. Quoi de plus libre que la méthode cartésienne, et quoi de plus dogmatique que le Cartésianisme? C'est que Descartes ne commence par pratiquer et par recommander le doute que pour arriver à trouver par lui-même certaines vérités évidentes, sur lesquelles il puisse réédifier, comme sur une base solide, toute une nouvelle philosophie. Difficile sur les conditions de la certitude, nulle part il ne témoigne qu'il suppose l'intelligence humaine radicalement incapable de trouver. la vérité. La philosophie de Kant est marquée d'un caractère tout opposé. En refusant de se prononcer sur la valeur objective des principes fondamentaux de la connaissance, Kant s'est condamné à laisser planer un doute suprême sur tout ce que nous avons besoin de considérer comme des vérité. (B-e).
En verité je pense que la prof de philosophie ne lit pas les copies mais qu’elle note sur le nombre de page peut importe le contenu du texte.
A partir de Socrate, la science est définie comme ayant pour objet l'universel; elle est immuable, indéfectible, nécessaire comme l'Être lui-même. Les successeurs de Socrate appliquent cette idée de la science à l'univers entier; et tous les philosophes grecs, à l'exception des écoles sceptiques, demeurèrent fidèles à cette conception. Sans doute, il y a, selon eux, bien des manières d'enchaîner entre elles les vérités qui constituent la science : tantôt c'est le lien de principe à conséquence comme dans les démonstrations mathématiques, tantôt c'est le rapport des genres et des espèces ,comme dans les démonstrations proprement syllogistiques; tantôt c'est le rapport de causalité, d'où est venue la maxime si souvent répétée, Vere scire per causas scire.
Mais quelle que soit la
diversité des systèmes, chez les Epicuriens et chez les Stoïciens aussi bien
que chez Aristote, l'esprit est toujours considéré comme capable de connaître
la vérité absolue : la science s'étend à tout, et elle s'appuie sur des
principes, des dogmes, posés comme des vérités inébranlables : les vérités
particulières qui en dérivent participent des mêmes caractères, et doivent
s'imposer à l'esprit. Le dogmatisme arrive à sa forme la plus parfaite et la
mieux définie avec saint Thomas : on osait comment
Chez les modernes, le dogmatisme, en ce qu'il a d'essentiel, ne change pas. Descartes veut remplacer la philosophie d'Aristote et de l'École, mais c'est en lui substituant un corps de doctrine qui, pour reposer sur des principes différents, n'en est pas moins démontrable, et dans la pensée du philosophe, définitif et inébranlable : c'est pourquoi il a attaché à la question de la certitude une si grande importance qu'on peut bien dire que toute sa métaphysique est une théorie de la certitude. Cette certitude s'impose; l'esprit humain est infaillibIe, quand il ne se laisse pas égarer par la volonté, et si Descartes avait vécu assez longtemps, il aurait essayé de constituer la science totale.
Malebranche, Spinoza, Leibniz, sont d'accord avec lui sur la conception générale de la science. Il faut arriver jusqu'à Kant pour rencontrer une doctrine différente. Encore devons-nous ajouter que si Kant limite le champ de l'esprit humain, s'il en exclut les questions métaphysiques, s'il définit la science autrement que ne l'avaient fait ses prédécesseurs, la science positive, telle qu'il la conçoit, limitée à des phénomènes et des lois, présente encore les mêmes caractères qu'autrefois. Elle est nécessaire, et, en un sens, absolue. Sa nécessité ne provient plus d'une prétendue intuition de l'être en soi : elle dépend des lois essentielles de l'esprit humain; mais elle n'en est pas moins inébranlable. Et les successeurs directs de Kant, en essayant de reconstituer la métaphysique, se sont placés de nouveau à un point de vue très voisin de celui de l'ancien dogmatisme.
Cependant, cette conception de la science, admise par tant et de si grands philosophes, présente de graves difficultés. D'abord la diversité irréductible des systèmes qui tous prétendent atteindre la vérité absolue, suffit à prouver que cette prétention n'est pas toujours justifiée. De plus, dès l'Antiquité, la critique avait attaqué les notions essentielles sur lesquelles repose le dogmatisme; elle avait ébranlé les fondements d'une science que le dogmatisme déclarait inébranlable. Les subtiles et profondes analyses d'Énésidème avaient signalé les contradictions que renferment l'idée de cause, l'idée de nécessité, l'idée même de la vérité : enfin la possibilité d'une démonstration quelconque était révoquée en doute par l'école sceptique. De même chez les modernes, et par des arguments analogues, Berkeley, Hume, Kant, assignaient à l'esprit humain les limites qu'il ne peut franchir, rabattaient ses prétentions et le réveillaient de son sommeil dogmatique. A la suite de ces philosophes, quoique les partisans de l'ancien dogmatisme soient loin d'avoir disparu, beaucoup de nos contemporains, appartenant d'ailleurs aux écoles les plus diverses, au positivisme, au criticisme néo-kantien, à l'évolutionisme, ont adopté le principe de la relativité de la connaissance : ce qui est la négation expresse du dogmatisme tel que l'avait jusqu'ici connu la philosophie.
Cependant la science existe. Il n'y a pas un esprit sérieux qui conteste que depuis deux siècles la méthode expérimentale ait mis l'humanité en possession d'un grand nombre de vérités certaines. Bien plus : cet accord de tous les esprits que l'ancien dogmatisme avait vraiment poursuivi, la science moderne l'a réalisé sans difficulté. On peut bien dire que c'est là un dogmatisme, puisqu'on affirme la vérité, qu'on la prouve, qu'on l'impose aux esprits les plus divers en la leur proposant; c'est même en un sens le vrai et le seul dogmatisme. Peut-être cependant vaudrait-il mieux abandonner ce vieux mot, qui éveille des idées surannées et fausses. Si on le-conserve il faut se souvenir que le dogmatisme moderne est animé d'un tout autre esprit, et a une tout autre signification que l'ancien.
D'abord il a cessé de prétendre à connaître l'être en soi, l'absolu : les phénomènes et leurs lois sont le seul objet de la science positive. En outre, ces lois mêmes qui gouvernent les phénomènes, on a cessé de les considérer comme apodictiquement démontrées.
Les scientifiques sont toujours persuadés que la nature obéit à des lois et que ces lois ne changent pas. Mais la connaissance que nous avons de ces lois peut changer : le savant ne se fait pas scrupule d'admettre que telle loi aujourd'hui reconnue par tout le monde peut demain cesser d'être tenue pour vraie si un fait nouveau vient la contredire. Cependant notre confiance dans la vérité de la science n'en est nullement ébranlée. Pratiquement, nous affirmons les lois de la physique avec une fermeté au moins égale à celle des scolastiques quand ils-croyaient aux qualités occultes. Mais théoriquement la différence est très grande. Nous n'avons plus la prétention de démontrer la vérité à priori, de la déduire de principes absolus : nous avons renoncé à voir les choses, comme on disait, sous forme d'éternité, ainsi que peut les voir Dieu lui-même.
Notre conception de la puissance de l'esprit humain est plus modeste. Si la vérité est immuable, la connaissance que nous en avons change, parce qu'elle ne lui est pas toujours adéquate : nous avons le sentiment que notre science a toujours quelque chose d'imparfait: elle est dans le devenir; elle se fait et se perfectionne au jour le jour : il y a en elle quelque chose de provisoire, et, si l'on veut, un élément d'incertitude; la vérité n'est jamais pour nous qu'une hypothèse vérifiée. En un mot, nous avons changé l'idée même de la certitude. La certitude telle que la définissait l'ancien dogmatisme est comme un idéal dont nous pouvons essayer de nous rapprocher celle dont nous nous contentons est moins ambitieuse. Le sens commun lui donne le nom de certitude, et c'est son droit, puisqu'elle est une adhésion pleine et entière à des idées tenues pour vraies. Cependant il ne faut pas se dissimuler qu'elle est ce que les anciens philosophes appelaient croyance et que le dogmatisme de la science moderne est précisément ce qu'ils désignaient, non sans dédain, par le nom de probabilisme. Mais les mots importent peu. Il se trouve qu'en diminuant ses prétentions, l'esprit humain a obtenu un meilleur succès : en limitant ses ambitions il les a mieux satisfaites, et on accordera peut-être qu'un probabilisme bien justifié vaut mieux qu'un orgueilleux et vain dogmatisme.
L'objection qu'on a cent fois opposée à cette théorie, c'est qu'en renonçant à justifier les principes de la science, elle laisse la science elle-même dans l'incertitude; qu'elle se limite à un monde d'apparences et n'atteint pas l'être véritable, qu'elle est une abdication de l'esprit humain. Mais si nos prétentions à atteindre l'absolu sont vaines, il vaut mieux renoncer à connaître l'inconnaissable que nous faire illusion et nous payer de mots. Pour justifier les principes de la science, il faudrait trouver des vérités plus incontestablement certaines que la science elle-même : et jusqu'ici il ne paraît pas qu'on y soit parvenu. Mais peutêtre n'est-il pas nécessaire de renoncer à ces hautes ambitions. Il est probable que rien n'empêchera jamais l'esprit humain de poser les grands problèmes de la métaphysique. Mais il peut essayer de les résoudre en appliquant la même méthode qui lui a si bien réussi dans les sciences : je veux dire en faisant des hypothèses dont la règle suprême est de concorder avec les faits. La métaphysique ainsi envisagée ne prétend plus tenir les autres sciences sous sa dépendance; sans les régenter, elle les complète et les achève. Elle ne se fait pas d'illusions sur la nature des connaissances qu'elle atteint; c'est de propos délibéré qu'elle substitue la croyance à la certitude et le probabilisme au dogmatisme. Enfin, si on songe que les sciences inductives tendent de plus en plus à devenir déductives, que la physique se rapproche chaque jour davantage de la mathématique, rien n'interdit d'espérer qu'un jour viendra où l'esprit humain, par le progrès des sciences positives, sera capable de dégager les vérités primordiales d'où tout dérive. Le rêve de l'ancien dogmatisme serait alors réalisé ; la science, par une marche inverse de celle qu'elle a si longtemps-suivie, deviendrait ce qu'elle a cru qu'elle était. Mais si ce retour est possible, c'est à la condition que la science ait parcouru jusqu'au bout la vois dans laquelle elle est entrée. En attendant, le probabilisme restera pour l'esprit humain la plus grande approximation de la vérité: et le plus sûr sera longtemps encore de s'en contenter. (Victor Brochard).

Vérité
