Illusion
et Platon :
Platon prend l'image d'un navire pour montrer la conséquence politique de
l'ignorance ignorée. Chaque marin se croit apte à mener le navire et se moque
de celui qui, conscient des difficultés du pilotage essaie d'en acquérir la
science. La foule traite de " bailleur aux étoiles " celui qui
réfléchit, théorise, cherche un appui scientifique à son action et donc doute
et ne se précipite pas. Elle pense posséder spontanément le savoir suffisamment
et n'a que faire des intellectuels.
Platon voit comme destin aux démocraties, lorsqu'elle se moque, voir supprime les élites (Socrate), la tyrannie.
Erreur et Descartes :Les méditations métaphysiques de Descartes sont plus difficiles que le Discours, car plus profondes. Elles ne procèdent pas du même esprit démocratique. Écrites en latin (puis traduites en 1647), elles s'adressent d'abord aux savants. C'est l'oeuvre philosophique la plus importante de Descartes. Elle est à l'origine d'une bonne partie de la philosophie moderne. On retient des six Méditations l'hypothèse du malin génie, l'image du morceau de cire, la preuve de l'existence de Dieu, et l'explication de la différence entre le corps et l'âme.
Dans la première méditation, Descartes reprend le thème du doute méthodique et lui donne une forme générale : il se peut qu'un malin génie nous trompe systématiquement sur tout et nous rende incapable de comprendre vraiment quoique ce soit.
Dans la deuxième méditation, il montre que même dans ce cas de doute extrême, il est certain que "je suis, s'il me trompe". En examinant un morceau de cire, Descartes montre que son intelligence vient de l'esprit et non des sens. Je suis un esprit qui voit, touche, sens, le morceau de cire.
Dans la troisième, il avance qu'un être fini ne peut pas avoir de conception de l'infini. Or, puisque nous avons une conception de l'infini en nous, il faut qu'elle y ait été mise par un être infini. Seul Dieu possède les attributs d'un être infini. Son existence est donc certaine.
Mais alors d'où vient l'erreur ? C'est l'objet de la quatrième méditation. Descartes y conclut que c'est la volonté qui est à l'origine de l'erreur, lorsque la volonté excède les possibilités de l'entendement. C'est alors que l'on fait preuve de précipitation dans son jugement.
Dans la cinquième, Descartes revient sur le problème de l'existence de Dieu, qu'il fait découler des perfections que je me vois contraint de lui attribuer lorsque je pense à lui. Dieu est le garant de la conception des idées claires et distinctes et donc le garant de ma propre raison.
Dans la dernière méditation, l'être humain apparaît comme une combinaison de l'âme et du corps. Le corps est une machine qui appartient au monde matériel, le monde des choses étendues (mesurables). Mes sens m'informent de ce monde matériel. Alors que l'âme, qui est mon véritable moi appartient à la chose pensante (au monde de l'esprit). Il faut y distinguer l'imagination (qui a partie liée avec les sens) et l'entendement (qui est pur).
Vérité :La vérité (du latin veritas) est un terme de philosophie qui exprime la qualité de ce qui est vrai. C'est la conformité de l'idée avec son objet, conformité de ce que l'on dit ou pense avec ce qui est réel.
La diversité des interprétations du mot a constitué dans le passé et jusqu'à maintenant bien des controverses. Et les réflexions de penseurs et de philosophes au cours des siècles constituent autant d'écoles différentes.
Méthode et Descartes : Le "Discours de la Méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences" est la première grande œuvre philosophique et scientifique écrite en français, et non en latin. Son auteur, René Descartes, veut être accessible à tous. Il jette les bases d'une révolution intellectuelle : contre la pensée prélogique des hommes de la Renaissance, il prône le doute méthodique et le recours à la raison. Sa première certitude étant l'existence du sujet pensant : "cogito ergo sum" ("je pense donc je suis").
Illusion des sens : On peut distinguer deux types d’illusion : le premier est l’illusion des sens, comme l’illusion d’optique – trompe-l’œil par exemple –, le mirage ou “l’illusion des amputés” (lorsqu’ils ressentent une douleur qu’ils localisent à l’endroit qu’occupait le membre amputé). Ce premier type d’illusion pose le problème de la confiance que nous pouvons faire en nos sens. Dans les exemples évoqués ci-dessus, peut-on dire, selon l’expression commune, que « nos sens nous trompent » ? Ne serait-ce pas plutôt notre esprit qui se trompe sur ce qu’il peut attendre des sens, qui ne font que nous transmettre des informations par des processus qui nous échappent parfois ? Il ne s’agit peut-être pas tant d’une sensation fausse que d’une interprétation fausse – mais impossible à dissiper – d’une sensation. Cette illusion est-elle donc bien celle des sens ?
Le second type est l’illusion de l’esprit. C’est en ce deuxième sens qu’on dit de quelqu’un qu’il « se fait des illusions », c’est-à-dire qu’il « prend ses désirs pour des réalités. » Cette deuxième formule nous renseigne assez précisément sur ce qu’est l’illusion de l’esprit : une croyance issue d’un désir ; autrement dit, être le “jouet” d’une illusion, c’est croire que quelque chose est réel seulement parce qu’on désirerait que cela le soit. On pourrait alors expliquer en partie la force de l’illusion, c’est-à-dire sa résistance à une réfutation rationnelle, par la force du désir qui est à son origine : plus je désire une chose inexistante, voire chimérique, plus ma croyance illusoire en sa réalité pourra être forte.
A partir de ces remarques se pose une question philosophique : jusqu’à quel point l’homme peut-il être la “victime” de ses illusions ? On pourrait répondre : jusqu’à la folie, si l’on veut admettre que le fou se définit comme vivant justement dans un monde illusoire et non dans ce qu’on appelle la réalité. Mais une telle réponse ne résout pas la question de la fréquence ou de la rareté des personnes illusionnées ; en effet, si l’illusion se caractérise notamment par le fait qu’elle n’apparaît pas immédiatement comme telle à celui qui la subit, qu’elle peut même ne jamais se révéler en tant qu’illusion, personne ne peut, en toute rigueur, affirmer qu’il n’est victime d’aucune illusion. C’est bien sûr davantage à l’illusion de l’esprit que nous nous référons ici, car l’illusion des sens est souvent moins durable car plus facile à “démasquer”.
En fait, l’illusion la plus forte est celle dont il n’existe aucune désillusion possible. Pour certains par exemple, la foi religieuse serait l’illusion suprême : la croyance en Dieu et celles qui l’accompagnent généralement (un être tout-puissant et infiniment bon, l’immortalité de l’âme, le paradis et l’enfer pour ceux qui les méritent respectivement, …) se rapportent précisément à ce qu’il y a de plus désirable parmi tout ce que les hommes peuvent espérer, sans qu’aucune justification rationnelle n’en confirme l’existence. Il n’en reste pas moins qu’aucune véritable désillusion ne peut mettre fin à de telles croyances, puisqu’elles se situent précisément hors de toute expérience. C’est la raison pour laquelle nul ne peut affirmer qu’elles sont bien des illusions, ou plutôt qu’elles ne sont que des illusions, sans conformité à la réalité. En effet, croire ce qui m’arrange pour la seule raison que cela m’arrange, c’est bien être dans l’illusion, mais cela n’empêche pas que, par chance, la réalité soit conforme à mes désirs, sans que je le sache vraiment. C’est pourquoi on peut enfin se demander si l’illusion, qui réconforte, n’est pas parfois préférable à la réalité, qui peut être désespérante – pour peu que l’on soit à l’abri de la désillusion.
L’illusion est-elle une erreur ? Vous connaissez le proverbe
« l’erreur est humaine ». « Que dit cette expression, que dit-elle de l’erreur,
et que dit-elle de l’humain ? » En quoi l’erreur est-elle humaine ? Quelle est
la positivité de l’erreur ? En quoi la non prise en compte de l’erreur et de sa
positivité est-elle finalement inhumaine ? L’erreur n’est certes pas synonyme
de faute, et pourtant on les assimile souvent. La faute n’est pas seulement une
erreur que l’on condamne moralement : bien souvent l’erreur de l’Autre est
constitutive de la faute. Il s’agirait donc au moins de déculpabiliser
l’erreur, non pas afin de valoriser l’erreur au détriment de la vérité, mais il
s’agirait d’aller au-dela de la faute, il s’agirait d’aller vers la
civilisation en reconnaissant les vertus civilisatrices de l’erreur elle-même,
en tant qu’elle fait partie intégrante de toute recherche.
Donc l’erreur est humaine, mais à quel « niveau » elle est humaine ? Quel genre
d’erreur ? Toute sorte d’erreur ? On le voit bien, il nous faut commencer par
définir l’erreur. Un brin d’étymologie. Erreur vient du latin « error », course
à l’aventure, et de « errare », errer. En français l’erreur n’est pas un terme
formidablement ambigu ou polysémique, tout simplement parce que cela semble le
contraire de la vérité, dans ses deux dimensions principales, à savoir vérité
logique et expérimentale. 2 plus 2 égale 5 est une erreur de calcul, un
jugement contraire à la logique mathématique. Il neige aujourd’hui est une
erreur, un jugement contraire à la réalité des faits. De ce double point de
vue, l’erreur est une privation de connaissance, ce qui est un phénomène humain
en effet. Mais de ce point de vue, nous n’aurons aucune difficulté à souligner
la positivité de l’erreur : puisque ne se trompe que celui qui cherche la
vérité, la vérité a besoin de l’erreur pour apparaître. L’erreur n’est qu’une
vérité en gestation, à partir du moment où l’on admet (comme il convient) que
l’éclosion de la vérité est un processus historique et laborieux, collectif, et
pas forcément linéaire. Je m’appuierai sur deux domaines classiques pour
réhabiliter l’erreur : celui de science et celui de la politique. Je montrerai,
comme le rappelle Patrice Desmons avec Bachelard, que la science va d’erreur en
erreur, je montrerai que la démocratie elle-même va d’erreur en erreur, et
comment ceux qui n’acceptent pas l’erreur, qui n’acceptent ni la possibilité de
l’erreur ni la possibilité de corriger l’erreur sont précisément
anti-démocrates, parce qu’ils croient en une vérité absolue, dogmatique.
Mais voilà, je n’ai pas l’intention de m’en tenir à l’erreur, au sens classique
que je viens de définir. D’abord parce que si l’erreur est le contraire de la
vérité, il faut prendre la vérité dans son sens pleinement humain. Et la vérité
n’est pas seulement logique ou expérimentale, elle est aussi profondément
subjective. C’est en quoi elle est elle-même humaine et non surhumaine. Lorsque
Descartes affirme que, pour tout être humain, « je pense donc je suis », « je
suis un être pensant » est la première des vérités, justement ce n’est pas une
vérité comme les autres, c’est une évidence qui a la structure d’une certitude : je sais que c’est
vrai, et ce n’est pas une vérité seulement logique. Pour penser, il faut être –
ça c’est logique -, mais pour marcher aussi, il faut être – c’est encore
logique. Mais que le fait de penser seul
me donne la certitude d’exister et d’être moi-même, il s‘agit là d’une
conviction plus que logique, d’une certitude « subjective » en ce sens qu’elle
est précisément fondatrice pour le sujet. Une certitude qui ne laisse place à
aucune illusion. Or justement, l’illusion est peut-être la dimension
subjective, la dimension humaine par excellence de l’erreur. Notez que
l’illusion n’est pas le contraire exact de la certitude, le contraire de la
certitude est le doute. L’illusion serait plutôt une manière de pallier le
doute, et chacun sait bien qu’une certitude peut très bien être illusoire. Mais
en quoi l’illusion est-elle particulièrement humaine,
excusable, et même nécessaire ? L’illusion n’est pas le produit de
l’intelligence, du jugement, comme c’est le cas de l’erreur (l’erreur est un
mauvais jugement), elle est le produit de l’imagination. C’est en quoi elle est
subjective, et plus humaine que l’erreur, laquelle est seulement «
fonctionnelle » si l’on peut dire.
Mais j’ai annoncé également un troisième concept : celui d’hallucination.
Justement, cela va me servir à recentrer le phénomène de l’illusion, en tant
qu’imaginaire, dans sa positivité propre. Ce qui compte, c’est de structurer
ensemble les phénomènes de l’erreur, de l’illusion, et de l’hallucination. Pour
cela, je vais utiliser la structuration lacanienne bien connue,
Réel-Imaginaire-Symbolique. Ce sont, selon Lacan, les trois dimensions
constitutive du Sujet, et l’on peut penser que c'est l'imaginaire (donc
l'illusion, comme on va le voir) qui assure la consistance de l'ensemble. Comme
telle, l'erreur serait plutôt en rapport avec le symbolique, tandis que
l'illusion serait le propre de l'imaginaire, pendant que l'hallucination,
enfin, serait très exactement l'apparence
du réel, ou plutôt une apparence se présentant comme Le réel pour
le sujet concerné (souvent psychotique, en l’occurrence). Mon propos sera de
démontrer que si "l'erreur est humaine", c'est principalement en tant
qu'illusion, en tant qu'elle a un rapport avec l'imaginaire et aussi (comme on
le verra avec Freud) avec le Désir. La vérité en effet (qui a priori est le
contraire exact de l'erreur) n'a pas de consistance suffisante au plan
existentiel, elle s'avère très vite impuissante, voire « inhumaine » en tant
que telle. L'illusion, quoique négative et dangereuse sous bien des aspects,
est positive dans un sens beaucoup plus profond que la simple erreur : je
dirais tout simplement qu'elle humanise l'erreur - et peut-être même la vérité.
Je vais me concentrer dans un premier temps sur l'erreur proprement dite. Je
vais rappeler la très classique analyse cartésienne de l’erreur ; ce sera une
révision utile pour mieux cerner en même temps le concept de vérité. Je
montrerai alors la positivité de l’erreur sur le plan épistémologique et sur le
plan politique. Dans un second temps, je me pencherai sur l’illusion, en la
comparant notamment avec l’apparence (concept nettement différent) : sa
dimension humaine et subjective, sa positivité n’en ressortira que mieux. Enfin
il sera question de l'hallucination en tant que structure particulière : ni
erreur, ni illusion, mais apparence
réelle pour le sujet. Ainsi l'illusion, entre l'erreur et
l'hallucination, serait bien une marque de l'humanité...


Sujet : Peut-on dire d'une civilisation qu'elle est supérieure à une
autre ?