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28 mars 2010

Critique de Littoral par François Pala

Critique De Littoral

Littoral est un livre de Wajdi Mouawad, publié en 1999. Il s’inscrit dans une trilogie comprenant deux autres ouvrages: Incendies et Fôrets.

Le livre raconte les péripéties d’un jeune homme orphelin, Wilfrid, qui cherche à enterrer son père (jusqu’alors inconnu) dans son pays natal. 

Ce choix difficile est contraignant, il se l’impose après que les membres de sa famille excluent la possibilité d’enterrer dans le caveau familial le cadavre. 

Mais arrivé au pays (non nommé dans le texte) les cimetières sont pleins et les anciens proches de son père rejettent le cadavre. 

C’est ainsi qu’il va faire la connaissance de personnages ayant tous leur histoire à raconter, dans ce pays déchiré par les blessures d’une guerre meurtrière. 

C’est à travers de ce « voyage initiatique » que Wilfrid va chercher le fondement de son existence même, dans une relation étroite entre la vie et la mort.

Dans la mise en scène du Théâtre 71, la lumière et les sons sont très importants. C’est grâce aux jeux de lumières qu’on se retrouve à la fois dans une chambre, une colline, un désert en variant un éclairage aux néons, brut, blanc et froid, et des projecteurs avec des tons plus doux (orange sombre, violet) pour figurer des lieux plus vastes propres à l’imagination du spectateur. Les lumières sont accompagnées de sons (clavier, guitare et djembé) qui donnent aux scènes plus d’intensité et de relief. On peut remarquer qu’au fur et à mesure que la pièce se joue, les lumières deviennent de moins en moins agressives tout comme les sons deviennent plus doux, moins violents qu’au début. Cela va de pair avec le fait que Wilfrid se rapproche peu à peu d’une « vérité » absolue sur son existence.

Dans cette pièce, W.M joint deux mondes antagonistes: la vie et la mort, avec comme «littoral » la relation entre le père et le fils. Cette présence du père comme spectateur du destin de son fils, projette le spectateur (le vrai cette fois) dans une dimension étrange, faite de rêves (avec le chevalier) et de folie. 

Les compagnons de route de Wilfrid sont la pour montrer au spectateur la situation de désespoir dans laquelle se trouvent les héros, tous marqués par la guerre: la mort de leurs parents, parfois provoquée par eux et leur haine envers leurs géniteurs amène cette fois-ci de la violence dans la pièce qui prend alors une tournure grave.

C’est à la fin de la pièce que les personnages, ayant maintenant un but commun, sont libérés du père de Wilfrid, de son corps en tout cas, dans une scène à la fois tragique et amusante, alliant la mort et la vie, la terre et la mer dans un moment d’ « apothéose » où tout se fini. Le chevalier part en même temps que le père, ce qui est dû au changement de Wilfrid qui n’a plus peur et se libère de ses craintes et ses questionnements sur ses origines.

Tout au long de la pièce, on retrouve le littoral, la frontière entre deux mondes (au sens propre entre la mer et la terre), celui des vivants incarné par Wilfrid et celui des morts, des rêves, représenté par le père mort et le chevalier. Si tout au long de la pièce, le père, continue à converser avec son fils, c’est peut-être que l’auteur veut nous montrer qu’on ne meurt jamais vraiment, en tout cas pas dans l’esprit des gens et que la vraie mort arrive quand nos regrets s‘en vont, comme une sorte de libération.

21 mars 2010

Ciritque de Littoral par Victor Marchand

 

(photo de Thibaut Baron trouvée ici)

« Nous, c'est quoi notre rapport à notre père ? » C'est ainsi que Wajdi Mouawad, l'auteur de Forêts et d'Incendies définit l'interrogation au cœur de Littoral.  La figure paternelle, cher à l'auteur, est en effet celle qui va pousser Wilfrid, jeune homme dans la vingtaine, à se poser des questions sur sa propre existence; ce qui le conduira enterrer son père dans sa terre natale, dévastée par la guerre. 

  Dés les premiers instants, Mouawad dérange, déstabilise, brouille nos nos repères habituels spectateur. Il n'hésite pas en effet à faire bouger et parler les morts ( le père observe et commente ce qui se passe autour de lui comme si de rien n'était) et à briser l'illusion théâtrale (en plein milieu d'une scène tragique, les acteurs se demandent entre eux si le changement de lieu a été effectué et s'ils se trouvent ou bien chez Wilfrid, ou bien aux funérailles du père de celui-ci).

  On peut distinguer deux parties distinctes dans Littoral. La première partie est marquée par un fort côté artistique presque expérimental qui prend ici tout son sens. Mouawad n'hésite par à utiliser de la peinture à même le corps des acteurs pour intensifier certaines scènes. C'est le cas notamment de la scène où la mère de Wilfrid meurt en lui donnant naissance; celle-ci déverse alors sur elle un pot de peinture rouge sur son visage, symbolisant ainsi le flot de sang.

  En outre, l'auteur a choisi de personnifier les pensées et les peurs de Wilfrid en un chevalier étrange, part d'enfance de celui-ci, qui le protège contre la réalité du monde qu'il doit affronter.

La deuxième partie commence alors que le décor qui formait un mur bascule littéralement, ce qui peut être interprété comme un retour à la source de l'être qu'il est. Débute ensuite un voyage initiatique dont le but pour Wilfrid est d'enterrer son père. Sur son chemin, il rencontre plusieurs personnages qui ont également perdu leur famille, et qui décident de l'accompagner jusqu'au littoral.

(photo de Thibaut Baron)

« J'avais envie de faire un spectacle qui mettrait en scène trois personnages » nous dit Mouawad: l'Idiot de Dostoïevski, qui cherche à venger son père; Œdipe, qui a tué le sien; et Hamlet de Shakespeare, qui lui ne l'a pas connu. On retrouve donc ces trois personnages dans Littoral.

 Mais Wadji Mouawad va plus loin en critiquant "ces pères qui ont sacrifiés leurs fils » en les envoyant à la guerre, comme le dit l'un des personnage qui suggère: « les parents, on devrait les éventrer ».

  Dés lors, comment interpréter le titre de la pièce, Littoral ? Nous savons tous que ce terme désigne « la zone située en bordure de mer » (Hachette) c'est à dire ce qui relie la mer à la terre; un ensemble à un autre. On peut donc y voir l'un des autres thèmes de la pièce, à savoir la relation entre les vivants et les morts, comme en témoigne l'omniprésence du défunt père qui semble bien vivant sur scène et qui est pourtant mort. En définitive, Wajdi Mouawad interroge donc le spectateur sur la place que tient le père dans une famille ainsi que sur nos rapports avec celui-ci. 

22 novembre 2009

KIWI » par Mathilde Enixon

Kiwi , nous a été présenté au théâtre 71 de Malakoff le 20 octobre dernier. Cette pièce écrite et mise en scène par Daniel Danis, raconte l’histoire d’une «famille» d’adolescents dont chaque membre porte un nom de fruit ou de légume. Le personnage éponyme de cette pièce baptisé Kiwi dès son arrivée dans cette famille, tente de survivre dans un monde où misère, drogue et prostitution font désormais partie de son quotidien.
 
Deux écrans, une caméra infrarouge, deux acteurs. Voici les seuls éléments qu’a choisis  Daniel Danis pour représenter l’environnement de Kiwi. Tandis que les deux acteurs, jouant respectivement Kiwi et son ami Litchi, évoluent sur scène dans un noir presque complet, une caméra retranscrit sur deux écrans le jeu de scène, permettant au public d’observer leur visage en détail. Un jeu important sur le son permet de déformer les voix pour les rendre plus effrayantes, d’entendre les soupirs, les  respirations. Cette mise en image des acteurs donne une dimension très sombre à la pièce et plonge les spectateurs plus intimement dans la vie de ses personnages. Ces gros plans sur les visages, les regards, créent un lien direct avec le public, à qui les protagonistes s’adressent  en racontant leur histoire. Leurs récits sont parfois entrecoupés d’images d’archives illustrant des bidonvilles, des visages déformés par la douleur ou le rire, des enfants errant dans bâtiments délabrés. En choisissant d’utiliser des techniques cinématographiques, Daniel Danis se débarrasse de plusieurs problèmes de mise en scène comme faire jouer une quinzaine d’adolescents sur scène, mais donne une intensité à la pièce qui est presque déstabilisante pour le spectateur confronté à ces témoignages d’enfants sur un monde qui ne devrait pas être le leur.
 
Il était intéressant de voir Kiwi en ce début d’année sachant qu’il s’agit de la pièce sur laquelle nous avons choisi de travailler. Cependant il sera difficile de s’inspirer de cette mise en scène pour préparer notre travail pour des problèmes de décor. Néanmoins, en jouant cette pièce nous réaliserons peut être  la première idée de Daniel Danis qui était de voir évoluer sur scène une bande d’adolescents  aux noms de fruits.

Mathilde ENIXON

08 novembre 2009

"Kiwi", par Angélique Benoit

Kiwi est une pièce écrite et mise en scène par Daniel Danis, auteur québécois. Elle raconte l’histoire d’une jeune fille mise à la rue par son oncle. Elle est recueillie par un groupe d’enfants des rues, dont la particularité est que chaque membre de la « famille » porte un nom de fruit. Ainsi la jeune fille  porte désormais le nom de Kiwi. Avec sa « famille », elle découvrira le vol et la prostitution mais aussi l’espoir d’une vie meilleure.

 

La mise en scène est intéressante puisque originale. En effet Danis apporte à sa pièce une dimension cinématographique, en filmant, sur scène, les deux acteurs. Je trouve que ce mélange film-théâtre donne un aspect réel et humain à la pièce. On voit les personnages en gros plan, on entend leur souffle et la simplicité du décor nous permet de visualiser les bidonvilles et la misère de la rue. De plus le jeu des acteurs est  simple et juste. Ils  arrivent à créer le froid, la faim et la fatigue parfois sans même parler. De part et d’autre de la scène il y a deux toiles blanches ; là sont projetés à la fois les acteurs filmés sur le moment, et aussi des images d’archives représentant les bidonvilles. Les toiles ne permettent pas seulement de rendre la pièce plausible. En effet, elles illustrent aussi la poésie du texte de Danis. Par exemple quand tous les amis de Kiwi et Litchi –l’amoureux de Kiwi- meurent, on ne voit pas cette  scène, elle nous est racontée par les deux protagonistes. Sur les panneaux blancs, on peut voir des vêtements couleurs sang, tomber un à un jusqu'à remplir les toile de rouge. En somme cette mise en scène représente parfaitement l’univers de Daniel Danis. Le seul reproche est que cette mise en scène est un peu trop sombre, comme si l’espoir  était impossible pour Kiwi.

 

Voir cette pièce était à double tranchant. En effet nous allons la jouer nous-même. La voir  aurait pu nous empêcher de la jouer autrement que nous l’avons vue. Mais la mise en scène n’est pas faite pour notre groupe : nous sommes vingt-quatre et n’avons pas la possibilité d’inclure le film dans notre pièce. Voir Kiwi et surtout, entendre le texte de Daniel Danis nous a permis de prendre du recul par rapport à la pièce, de mieux la comprendre et de réussir à nous l’approprier.

Angélique BENOIT