Critique De Littoral
Littoral est un livre de Wajdi Mouawad, publié en 1999. Il s’inscrit dans une trilogie comprenant deux autres ouvrages: Incendies et Fôrets.
Le livre raconte les péripéties d’un jeune homme orphelin, Wilfrid, qui cherche à enterrer son père (jusqu’alors inconnu) dans son pays natal.
Ce choix difficile est contraignant, il se l’impose après que les membres de sa famille excluent la possibilité d’enterrer dans le caveau familial le cadavre.
Mais arrivé au pays (non nommé dans le texte) les cimetières sont pleins et les anciens proches de son père rejettent le cadavre.
C’est ainsi qu’il va faire la connaissance de personnages ayant tous leur histoire à raconter, dans ce pays déchiré par les blessures d’une guerre meurtrière.
C’est à travers de ce « voyage initiatique » que Wilfrid va chercher le fondement de son existence même, dans une relation étroite entre la vie et la mort.
Dans la mise en scène du Théâtre 71, la lumière et les sons sont très importants. C’est grâce aux jeux de lumières qu’on se retrouve à la fois dans une chambre, une colline, un désert en variant un éclairage aux néons, brut, blanc et froid, et des projecteurs avec des tons plus doux (orange sombre, violet) pour figurer des lieux plus vastes propres à l’imagination du spectateur. Les lumières sont accompagnées de sons (clavier, guitare et djembé) qui donnent aux scènes plus d’intensité et de relief. On peut remarquer qu’au fur et à mesure que la pièce se joue, les lumières deviennent de moins en moins agressives tout comme les sons deviennent plus doux, moins violents qu’au début. Cela va de pair avec le fait que Wilfrid se rapproche peu à peu d’une « vérité » absolue sur son existence.
Dans cette pièce, W.M joint deux mondes antagonistes: la vie et la mort, avec comme «littoral » la relation entre le père et le fils. Cette présence du père comme spectateur du destin de son fils, projette le spectateur (le vrai cette fois) dans une dimension étrange, faite de rêves (avec le chevalier) et de folie.
Les compagnons de route de Wilfrid sont la pour montrer au spectateur la situation de désespoir dans laquelle se trouvent les héros, tous marqués par la guerre: la mort de leurs parents, parfois provoquée par eux et leur haine envers leurs géniteurs amène cette fois-ci de la violence dans la pièce qui prend alors une tournure grave.
C’est à la fin de la pièce que les personnages, ayant maintenant un but commun, sont libérés du père de Wilfrid, de son corps en tout cas, dans une scène à la fois tragique et amusante, alliant la mort et la vie, la terre et la mer dans un moment d’ « apothéose » où tout se fini. Le chevalier part en même temps que le père, ce qui est dû au changement de Wilfrid qui n’a plus peur et se libère de ses craintes et ses questionnements sur ses origines.
Tout au long de la pièce, on retrouve le littoral, la frontière entre deux mondes (au sens propre entre la mer et la terre), celui des vivants incarné par Wilfrid et celui des morts, des rêves, représenté par le père mort et le chevalier. Si tout au long de la pièce, le père, continue à converser avec son fils, c’est peut-être que l’auteur veut nous montrer qu’on ne meurt jamais vraiment, en tout cas pas dans l’esprit des gens et que la vraie mort arrive quand nos regrets s‘en vont, comme une sorte de libération.