Le résumé de texte

 

 

I- Définition[1] et présentation de l’exercice

Deux banques de concours d’entrée aux écoles d’ingénieurs, C.C.P. et Centrale, demandent de résumer un texte argumentatif sur le thème annuel : la plupart du temps, il s’agit d’un extrait d’essai.

 

            L’exercice de résumé est un exercice formel ne ce qu’il répond à des consignes précises, qu’il faut impérativement connaître et respecter :

-               d’abord le nombre de mots est clairement indiqué dans le libellé : les concours CCP proposent de résumer d’un texte d’environ 800 mots en 100 mots + ou – 10% ; le texte proposé aux concours centrale est beaucoup + long (1300-1500 mots) et doit être résumé en 200 ou 250 mots + ou – 10 %, selon les années.

-               Ensuite le respect du système énonciatif et du point de vue de l’auteur : le résumé est un condensé fidèle de la pensée d’un auteur et non un commentaire ou une analyse de texte. Vous ne devez donc ni interpréter ni compléter le texte en y ajoutant vos idées, mais vous tenir strictement et objectivement aux idées de l’auteur, dans le texte. Cela implique que vous ne changiez pas le système énonciatif du texte, dont vous essayerez de restituer le ton/ registre, s’il a un caractère polémique, ironique, littéraire marqué. Vous vous mettrez donc à la place de l’auteur, sans employer de formules telles que « l’auteur dit/ explique/ montre que » : si le texte est tout entier à la 1ère personne, reprenez ce « je » à votre compte ; si un net changement d’énonciation (passage de la 3ème à la 1ère personne du singulier ou du pluriel) témoigne d’une opposition forte entre la restitution critique d’une pensée réfutée et la formulation d’une thèse défendue par l’auteur, pronoms et modes verbaux devront le faire sentir dans votre résumé, faute de quoi vous risquez de faire se contredire l’auteur dont vous résumerez la pensée.

-               Que vous restituiez fidèlement la pensée d’un auteur n’implique cependant ni paraphrase ni collage de citations : un résumé de texte est une reformulation concise, mais claire et autonome. Le bon résumé est celui qui donne accès à la pensée de l’auteur à quelqu’un qui ne lirait pas le texte de départ.

-               Enfin un texte argumentatif n’étant pas une juxtaposition d’idées indépendantes les unes des autres, mais un mouvement de pensée cohérent et rigoureux, l’agencement de vos phrases (coordination, subordination, ponctuation expressive, utilisation de participes à valeur logique) et de vos paragraphes (autant de § que de parties dans le texte et non des phrases § calquant les § parfois nombreux du texte de départ) dégagera la structure du texte, la progression du raisonnement.  

 

ó Le résumé n’est donc ni un commentaire, ni une analyse de texte, encore moins une paraphrase ou un condensé par montage de citations.

C’est la reformulation synthétique des idées et d’un raisonnement dans un texte clair et autonome.

 

      Le caractère formateur de cet exercice, qui demande d’une part de bien comprendre la pensée d’autrui et de la restituer objectivement, sans critique ni ajout, d’autre part de maîtriser l’expression écrite pour aboutir à une rédaction correcte, claire et précise, explique qu’on le retrouve dans d’autres concours ou examens, dans quasiment toutes les  filières, sous la forme de résumés, puis de notes de synthèse.

            La compréhension met en jeu des qualités de lecture, dont le 1er support reste la culture personnelle. Seule la fréquentation assidue d’auteurs exigeants, de discours denses et rigoureux vous aidera à comprendre vite un texte souvent abstrait.

La rédaction demande un vocabulaire précis, un sens de l’abstraction et des qualités d agencement du texte et des phrases.

 

 

      Les principaux critères d’évaluation sont donc :

-               la  compréhension du texte, jusque dans ses passages plus ardus, s’il y en a.

-               la capacité à en restituer objectivement, mais succinctement le contenu, sans déformer la pensée de l’auteur, mais en sélectionnant l’essentiel de l’accessoire.

-               la faculté de rédiger un texte concis, précis, et autonome, dont le découpage en § et la syntaxe restituent un mouvement de pensée.

 

II- Méthodologie

1-      A l’issue d’une 1ère, voire d’une 2ème lecture, cursive, du texte, au cours de laquelle on pourra commencer à souligner les mots/ phrases clés et à encadrer les mots de liaison importants, on se posera un certain nombre de questions, dont les réponses pourront être notées au brouillon ou au bas du texte même :

a)      Le système énonciatif du texte a-t-il quelque chose de particulier dont je doive tenir compte dans mon résumé :

-               texte à la 1ère personne ?

-               texte changeant brutalement, mais significativement, de système énonciatif ?

-               texte reposant sur une opposition très nette entre la reformulation critique de la pensée de tiers et le développement de la thèse de l’auteur.

 

b)      Le registre du texte est-il si marqué que je doive m’efforcer de restituer le ton dans mon résumé ?

-               texte très polémique

-               réquisitoire ou plaidoyer

-               texte ironique, satirique

-               lyrisme .

 

c)      Y a-t-il des passages abscons ou ardus, sur lesquels il va falloir s’appesantir dans le travail de préparation, et dont il vaut mieux ne pas éluder la difficulté ? On me pardonnera + de m’être battu avec une difficulté non totalement résolue que de l’avoir délibérément ignorée.

 

d)      Surtout, et à noter impérativement :

-               Quel(le) est le thème, la question, la problématique  abordé(e) par le texte? Répondre »le mal » ne suffira pas; il faut préciser : l’origine/ l’universalité/ la banalité/ l’énigme… du mal.

-               Quelle(s) est/ sont la/ les thèse(s) en présence et où est/sont-elle(s) formulée(s)?: Y a-t-il une thèse réfutée ? Si oui, laquelle ? Reformulez-la et, si elle est formulée au début du texte, observez comment on passe de la réfutation de cette antithèse à la formulation de la thèse de l’auteur ?

Quelle est la thèse de l’auteur ? Repérez-la et reformulez la.

 

e)      Terminer cette 1ère approche en dégageant la structure d’ensemble du texte, sur, en marge de ce texte et/ ou, si vous le souhaitez, sur votre feuille de brouillon.

-               Regroupez par une accolade les § du texte ou séparer d’un trait horizontal de couleur les différentes parties du texte, de manière à en faire ressortir la progression d’ensemble ó Votre résumé aura autant de § que d’unités de sens ainsi repérées. C’est très facile pour les textes de plan critique (antithèse/ thèse),  dialectique (reformulation critique de la thèse adverse/ réfutation de cette antithèse/ développement de la thèse de l’auteur), comparatif, analytique (rare), ou thématique (encore + rare). C’est + délicat quand le mouvement de la pensée est souple.

-               Indiquez dans la marge ce à quoi correspond chaque partie ainsi délimitée et reformulez-en l’idée directrice : introduction/ préambule =………… ; thèse adverse :…………………… ; réfutation : …………………. ; thèse de l’auteur : ……………………… ; conclusion/ résumé : ……………….

 

2-      A partir de là, reprenez votre texte pour en faire une lecture analytique active, orientée vers la préparation du résumé. Pour cela, 2 techniques, adossées dans tous les cas à repérage des arguments (soulignés et séparés par des barres transversales), des liens logiques (encadrés), des exemples/ citations (biffés si, illustratifs, ils peuvent être supprimés, délimités d’une manière ou d’une autre dans le cas contraire), d’éventuelles reprises dont il faudra se demander quelles variations elles apportent.

 

a)      Noter, au brouillon, le plan de l’argumentation, en numérotant les arguments, déjà brièvement reformulés, et en explicitant les liens logiques.

 

b)      Présenter ce plan sous la forme d’un tableau de structure, comme le propose Philippe Lavergne sur son site http://www.site-magister.com/prepas/

 

Unités de sens

Arguments

Exemples

 

 

 

 

 

3-      Rédiger le résumé au brouillon en veillant :

a)      à respecter le nombre de mots et à produire un résumé équilibré. Pour cela :

-               aérez votre brouillon.

-               Une fois terminé le résumé d’une unité de sens, comptez vos mots et rectifiez en conséquence.

-               Si vous n’avez au total pas assez de mots, cherchez quelles idées vous avez oubliées.

-               Si vous avez trop de mots, commencez par chercher une formulation + économique des idées, songez que deux arguments peuvent être formulés dans une seule phrase par le biais de connecteurs logiques ou d’une ponctuation expressive, puis regardez si vous n’avez pas manqué d’esprit de synthèse et retenu trop de détail.

 

b)      à respecter la règle de reformulation. Pour cela :

-               détachez-vous de la lettre du texte de départ : on ne résume pas des phrases, mais des idées.

-               Cherchez la formulation la + économique, la + dense, d’une idée. Cela nécessite souvent d’employer un vocabulaire abstrait.

 

c)      à restituer la progression du raisonnement.

-               un § de résumé correspondra à une unité de sens.

-               La ponctuation, la syntaxe et l’enchaînement des phrases restituera et/ ou explicitera l’enchaînement des idées.

 

4-Recopier le résumé en veillant :

- à la correction orthographique, grammaticale et syntaxique.

- à procéder au décompte des mots : barres déciverbales, barres tous les 20 mots, ou tous les 50 mots (Centrale).

- à préciser loyalement le nombre de mots employés à la fin du résumé.

 

 ! Comment procéder au décompte des mots ?

« On entendra par mot l’unité typographique limitée par deux blancs, par deux signes typographiques, par un signe typographique et un blanc ou l’inverse » (I.O.)

 « C’est-à-dire » compte donc pour 4 mots.

 La seule exception est l’emploi du « t » dite euphonique : « y a-t-il » compte pour 3 mots. Dans le cas des mots composés, l’usage est moins tranché.

Les chiffres, les dates et les pourcentages sont comptés pour un mot.

En cas de doute, comptez les mots à votre détriment et, ramenez, par précaution, la marge supérieure à 5%.

 

III- Foire aux questions

1-Comment distinguer l’essentiel de l’accessoire ?

 - En fonction du degré de réduction exigé : le choix sera + drastique pour un résumé au 10ème que pour un résumé au 5ème.

-  En fonction du thème, des thèses en présence et de la hiérarchisation des arguments: on restituera les grands mouvements de la pensée, en fonction de la problématique observée et on pourra sacrifier certains détails du raisonnement, les incidentes, certains arguments secondaires, surtout si le texte est long et le coefficient de réduction attendu forts. 

 

2- Comment repérer la progression argumentative et les idées importantes d’un texte ?

- En faisant attention aux introductions et aux conclusions: souvent un auteur expose la thèse qu’il va défendre ou réfuter au début du texte, qu’il conclut sur la formulation synthétique des acquis du raisonnement.

- En observant la disposition graphique du texte  ou en regroupant les § d’un texte éclaté: un saut de ligne ou un découpage de texte en 3 ou 4 grands § peuvent être aussi des indices fort de structuration du raisonnement. Dans le cas d’un texte aux § éclatés, il faut au contraire regrouper ces § pour dégager les grands mouvements du texte.

- En encadrant les connecteurs logiques qui précisent le mode de raisonnement : inductif ; déductif ; explicatif ; critique (par opposition ou par concession) ; par comparaison/ analogie etc.

 

3-Que faire des exemples et des citations ?

- On ne gardera pas trace des exemples purement illustratifs ; on reformulera l’idée qui se dégage d’un exemple argumentatif assez amplement développé ; dans le cas d’une énumération d’exemples, on pourra chercher un terme englobant.

- Comme pour les exemples, on ne gardera trace des citations, reformulées synthétiquement, que si, longues, ces références à des autorités intellectuelles sont capitales pour restituer la pensée de l’auteur.

 

4- Comment éviter de cumuler deux écueils en produisant un résumé déséquilibré, dont le crédit de mots est dépensé dès le résumé de la 1ère moitié du texte ?

- En ne cherchant pas à rédiger le résumé avant d’avoir lu et analysé le texte dans sa globalité.

- En faisant précéder la rédaction d’une 1ère reformulation partielle des idées.

- En comptant régulièrement le nombre de mots et en vérifiant, étape par étape, qu’il est proportionnel à la zone de texte résumé.

 

Conclusion : le résumé entrant pour 1/3 dans la note globale, les critères d’ d’évaluation sont les suivants.

 

Qualités attendues et testées

 

Facteurs pénalisants

-         Bonne compréhension du texte, pris en charge jusque dans ses opacités.

-         Restitution rigoureuse du schéma argumentatif, jusque dans la présentation, lisible en §. 

-         Reformulation personnelle et synthétique.

-         Texte de résumé cohérent et autonome.

-         Respect impératif du format.

 

-    Expression concise, claire et correcte. 

-         Contresens, omission d’arguments,  élision des passages délicats.

-         Absence de logique ou de liens logiques ; résumé monolithique ou, au contraire, § éclatés.

-         Collage/ Montage de citations.

 

-    Résumé de phrases et non d’idées.

 

-         Dépassement illicite…crypté ou masqué derrière un affichage erroné.

-         Vocabulaire imprécis. Langue insuffisamment maîtrisées.

 

 



[1] Dans son ouvrage de méthode publié chez Ellipses, Y Stalloni rappelle les définitions des mots « résumé » et « contraction » dans le  dictionnaire Robert : « résumer », c’est « reprendre en – de mots, en + court, ce qui a été dit ; « contracter », c’est « réduire le volume (d’un corps) sans en réduire la masse ».