De Julie LE GALL 3°7

A Aix-en-Provence le Mardi 24 Août 1915

Mon très cher et tendre amour,

Cela fait plusieurs jours que je me retrouve sans nouvelles de vous. Je ne me fais guère de soucis. Je sais à quel point vous êtes courageux et fier de servir notre chère patrie qu'est la France. Je suis persuadée qu'à l'instant même où je vous écris, vous vous battez avec sagesse. Si vous saviez à quel point tout le monde vous encourage et vous aime ici.

Hier après-midi, je me suis promenée avec votre mère près du château de Pertuis. Nous y avons rencontré votre vieil ami Pierre rentré, unijambiste, de guerre un ou deux mois auparavant. Il m'a semblé heureux d'apprendre des nouvelles de vous et triste de ne pouvoir vous serrer dans ses bras. Il m'a chargée de vous passer le bonjour et de vous dire qu'il croit en cette guerre et en notre victoire. Pour être honnête, il m'a confié qu'il comptait bien retourner sur le front avec ou sans l'accord de ses supérieurs. Après notre retour, je me suis rendue chez nos voisins. Les pauvres, ils ont perdu toutes leurs récoltes à cause des taupes. Je ne peux vous cacher que nous avons tous bien ri en apprenant la nouvelle. Qui aurait pu croire que les Martin pleureraient à cause de taupes en ces temps de guerre. Bien après dans la soirée, votre petite nièce, Lucie, a fait ses premiers pas et votre sœur en a pleuré toute la nuit. Malheureusement, pas uniquement de joie. Il faut dire qu'elle avait tant espéré que vous et votre beau-frère seriez rentrés pour partager ce beau moment avec nous. Mais je savais que derrière son chagrin, se cachait une grande fierté. Chaque jour, elle raconte à Lucie son enfance passée à vos côtés.

A part cela, tout va pour le mieux. Le boulanger d'en face à rouvert hier. La toux de votre père, qui comme vous le savez durait depuis plus d'un mois, s'est miraculeusement arrêtée très tôt dans la matinée lors de sa promenade quotidienne avec le chien de chasse dans les bois. Le médecin n'a cessé de répéter pendant le déjeuner que la médecine n'a fait qu'évoluer depuis le début de la guerre et que bientôt toutes les maladies n'auront plus aucun secret pour lui et ses confrères. Votre tante, Justine, toujours aussi pessimiste a rétorqué qu'elle n'y croyait pas et que tous ceux qui auraient survécu à cette guerre mourront d'une prochaine pandémie. Encore merci à votre mère de l'avoir fait taire. Votre mère est une grande dame. Je n'aurais pu tolérer une autre parole de cette femme.

Je dois, à mon plus grand regret, vous dire au revoir et achever cette lettre mon doux Jean. Votre père, qui ne tousse plus et s'en vante, m'a obligée et, je n'ai point refusé, de partir avec lui en montagne faire une randonnée et dormir à la belle étoile. J'espère pouvoir trouver très vite du temps pour vous écrire. Ici, nous pensons tous à vous et vous souhaitons bien du courage. Je sais que vous n'en manquez pas. Je souhaite avoir très vite de vos nouvelles et vous avoir bientôt à mes côtés. Je vous embrasse bien fort.

Votre bien aimée,

Marie

PS: Je n'ai pas oublié votre promesse de mariage. Ne l'oubliez pas non plus. Cet événement hante mon esprit nuit et jour et renforce mon amour pour vous. Je vous aime et vous aimerai toujours.