Les mots/ Les images

Blog de la classe de 1L du lycée Rabelais de Meudon

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« Au vent mauvais » ou pour démarrer la réflexion sur la réécriture


-Allez d’abord chercher, par exemple sur Wikisource, le texte du poème de Paul Verlaine, intitulé « Chanson d’automne » et publié dans Poèmes Saturniens en 1866.

-Puis écoutez la chanson de Serge Gainsbourg « Je suis venu te dire que je m’en vais » (écrite en 1973) ici ou

 Vous pourrez facilement en trouver les paroles. Par exemple ici.


- Enfin, répondez brièvement aux questions suivantes:

1)Repérez les références (allusions, citations) que Gainsbourg fait au poème de Verlaine.

2)En quoi Gainsbourg introduit-il un changement par rapport au poème de Verlaine, que ce soit dans la situation d’énonciation (qui parle à qui ?) ou dans le thème (de quoi )?

3)Puisqu’il ne traite pas tout à fait de la même situation pourquoi, à votre avis, Gainsbourg a-t-il éprouvé le besoin de mentionner Verlaine ?

4)Voici une définition de la notion d’ « intertextualité »

« On appelle intertextualité la relation qui unit un texte littéraire à d'autres textes préexistants auxquels il s'oppose ou fait écho. »

En quoi est-elle illustrée par le jeu entre les deux textes précédents ?

5)Du poème ou de la chanson, lequel préférez-vous ? Pourquoi ?

 

Et vous pouvez prolonger la réflexion en lisant l’article suivant.

A vendredi.

CB

L'affiche rouge

Pour préparer l'étude du poème d'Aragon, voici quelques liens utiles :

Lire la suite...

-sans titre-

Nous vivons dans un mensonge

Arrimé à nos yeux

Détruisant les songes

Qui nous parviennent des cieux

La nature indiffère

Comme un spectacle banal

A qui l'ont défère

L'évidence du mal

Cherchez dans les nuages

Un mouton disgracieux

Car pour son être un hommage

Est plus beau que vos vœux

Les rêvent dépérissent

Au profond de vos âmes

C'est la fiction tentatrice

Qui attire vos rames

Alors à chacun soyez

D'un instinct humain

Des hommes choyés

Par l'amour de leur prochain.

samuel leuchter

Anthologies poétiques : un conseil

En parcourant les premières anthologies qui m'ont été rendues, je suis frappé d'une chose dans vos appréciations personnelles : vous commentez ces poèmes comme s'il s'agissait de textes argumentatifs, vous abordez les idées mais pas la façon poétique dont l'auteur les exprime. N'oubliez pas qu'un poète pense par images, qu'il unit les mots pour leur beauté sonore et pas simplement pour leur sens immédiat, qu'il est un musicien plus qu'un logicien.

D'où un conseil pour ceux qui travaillent encore sur leur anthologie. Essayez dans vos appréciations de répondre à la question : en quoi ce texte est-il poétique? Quels sont les aspects poétiques qui dans ce texte m'ont touché(e)?

Et n'oubliez pas d'illustrer votre "bouquet de poèmes".

Comme une goutte d'eau

Comme une personne se fond dans la foule

La goutte d'eau a rejoint le fleuve

A présent elle n'est plus goutte transparente

Elle n'appartient plus à la pluie grise

Elle est devenue eau

Celle qui se fracasse sur des roches

Celle qui dérive sans fin et s'écorche indéfiniment avant de rejoindre la mer

Cette immensité qui s'emplit doucement de l'eau de la goutte et de celle des autres

Ainsi il se sentait goutte ce soir là

Seul

Parmi tous les autres

Il avait rejoint la masse et à présent il était toujours aussi

Seul

Seul

Dans cette nouvelle immensité

Seul

 Dans ce torrent d'évènements

Seul

A vivre son histoire

La sienne

Ou celle d'un autre ou d'une autre

Ils étaient seuls à le savoir, lui, Elle, au milieu de la foule.

 

Lewis

Anesthésie.

Comme novembre efface

Un souvenir d'été,

Quand les nuages chassent

En sombre défilé

Du soleil toute trace 

Et tout rayon doré;

L'hirondelle trépasse 

En ce givre enivrée. 

La nature se tasse,

Par les vents malmenée,

Tant d'orages menacent 

Cette ville étouffée,

Et tous ces champs en face 

De ma chambre glacée;

Mes pensées sont de glace,

Loin de toi enfermées. 

Ainsi mes pleurs ressassent

Trop de douleurs portées

Par mon cœur qui se lasse 

De t'avoir trop rêvé;

Mon amour, sans bonheur, que faut-il que je fasse? 

Et ces heures qui passent 

M'ont toutes vue t'aimer,

Et quand je meurs sans grâce

De tout ce temps gâché;

Mon amour, sans rancœur, tristement je m'efface.

Léa. 

Et j'irais te chercher

Comme on sent tomber, au mois de Janvier la pluie

Qui vient sans prévenir, qui claque sans frémir

Imitant par le son les accords de la lyre,

Et le temps qui s'en va, et le temps qui s'enfuit.

 

Et elle quitte le ciel, et elle quitte son lit,

Et son beau visage blanc, qui me fait ressentir,

Un sentiment que même Orphée ne peut pas dire,

En ce mois de Janvier je ne peux plus souffrir.

 

Ainsi toi tu m'a pris par le sens du désir,

Et dans un long soupir de toi je me languis,

Ainsi je sens l'envie de pouvoir te sentir.

 

Et j'irais te chercher jusqu'au fond des Enfers,

Et j'irais te chercher jusqu'aux confins des Cieux,

En t'attendant chérie, moi je n'ai que la pluie.

                                                                                                        David GOURNAY

 

La pléiade ou à la poursuite de l'image essentielle

Après avoir analysé un sonnet de Ronsard, "Comme on voit sur la branche", et lu quelques autres poèmes construits sur une "image essentielle" (qui permet au poète de trouver dans le monde extérieur un symbole du sentiment qui l'agite), les 1L se sont bravement essayés eux aussi à la poésie. Les Muses sont des filles fantasques, paraît-il, mais beaucoup ont réussi à les amadouer.  Certains sont même allés jusqu'à écrire un sonnet, en faisant marcher droit leurs alexandrins, en polissant leurs rimes! D'autres ont préféré le vers libre ou le calligramme. Ils ont bien mérité de faire partie de la Pléiade et d'ajouter quelques satellites à la constellation des Sept Etoiles... 

Voici le poème de Ronsard

Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose

En sa belle jeunesse, en sa première fleur

Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,

Quand l’Aube de ses pleurs au point du jour l’arrose ;

 

La grâce dans sa feuille et l’amour se repose*

Embaumant les jardins et les arbres d’odeur ;

Mais battue ou de pluie ou d’excessive ardeur,

Languissante elle meurt feuille à feuille déclose.

 

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,

Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté

La Parque  t’a tuée, et cendre tu reposes.

 

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,

Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,

Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.

 

Ronsard Sur la mort de Marie, V (1578)

 

Et puis voici quelques unes de leurs trouvailles.

L.

Le temps passe mais ton image reste

Et mon cœur chasse les mots qui blessent.

Je n'attends rien de toi à part que tu me laisses,

Que ma tête classe tes moindres gestes.

Mais rien n'égale la pureté de tes yeux :

Ils ne sont que le reflet des cieux.

Et rien ne remplace ton regard mystérieux

Qui rendait le mien si chaleureux.

Et rien n'efface ton sourire immuable

Qui rend ma vie de plus en plus insupportable.

Et j'ai beau fermer les yeux,

Et j'ai beau prier Dieu !

Si l'infini devait porter un nom

Je lui donnerai le tien.

Si mon cœur devait trouver une raison,

Ce serait de rester tien.

Une "Illumination"

Jude ou le loup


  La Peur a cessé de parler. Je ne la regarde plus, mais je sais qu’elle m’observe, inquiète peut-être.

Je vis la seconde et la tâte. Les salles et les couloirs sont derrière moi, le bunker qui m’étouffait, je l’ai trompé. Et du fin fond de la chaleur tropicale, par delà l’espoir vomitif et le cauchemar de la nausée, loin derrière l’amour abusif de ma ceinture de sécurité ; moi je fixe les marches ; transportée par le désir incertain de ne plus vouloir les monter.

 Elles se relaient et bercent mon chagrin, cet infâme hypocrite, de leur roulement clair et blanc.

 A côté il y a les arbres. Et leur foule, improbable, saisit un angle douloureusement frontalier de mon œil.

 Ça griffe, ça geint, ça craque. Par-dessus et par-dessous. Tout contre ma course.

  L’excroissance merveilleuse du parfum de la liberté sur ma langue ; et la tendre douleur du froid s’amusant à séduire mes jambes. Toute la folie du monde applaudit à mon passage.

Et  même la colère de la bourrasque, prétentieuse prétendante, ne peut se lester de ma chute.

 Elle s’enlise, s’émousse et s’épuise, et je vole, au côté de mes camarades, cadavres et loups.

Mais la Peur, siège conducteur, a repris ses esprits, après tout : gérer, elle sait faire. On se met à discuter, de tout et de rien.