Qu'est-ce qu'on va voir ce soir déjà ? La « Duchesse de Malfi » ? Ça me dit rien. Bon, l'affiche a l'air pas mal quand même : un crâne vert avec un nœud derrière sur fond fushia, ça contraste bien avec le titre quoi, on s'attendait plutôt à une esthétique dans le style « Princesse de Clèves » ou « Andromaque » : précieux ou épuré.
La pièce commence, et elle a tout l'air d'une pièce dite « classique » : décors sobres, costumes d'époques... Jusqu'à l'apparition de Ferdinand, un des frères de la Duchesse : cheveux en pétard, démarche aléatoire, il est un des premiers éléments de folie ou d'excentricité de la pièce. A partir de cet instant s'engage une lente « descente aux enfers » qui s'accompagne d'un dépouillement de la scène.
La seconde partie de la pièce est marquée par un changement de décor : il est à présent plus funèbre (un hibou empaillé, des squelettes...) et représente la prison dans laquelle est enfermée la Duchesse. Cette partie de la pièce est extrêmement riche en émotions qui sont aussi variées qu'intenses pour le public. S'ensuit le moment où les fous sont lâchés, un moment de pure folie où l'absurde et le sur-réel règnent en maître, ce qui provoque un décalage assez conséquent par rapport à la sobriété du début de la pièce. Un moment particulièrement marquant est lorsque la Duchesse découvre qu'elle sert la main d'un cadavre : son cris d'effroi et l'apparition fugace du mort derrière elle ont un pouvoir de terreur et d'angoisse mêlés à du dégoût sur le public (en tout cas sur moi).
Puis rapidement arrive le moment de l'exécution de la Duchesse : un moment d'une rare intensité, la salle est silencieuse, les gorgent se serrent (c'est le cas de le dire) et l'on assiste impuissant à sa mort.
Enfin après son assassinat, ses bourreaux s'enfoncent peu à peu encore plus dans la folie : certains regrettent, d'autres continuent de tuer, et cela aboutit à un bain de sang final riche en hémoglobine. Tous ces personnages qui, l'un après l'autre, agonisent en récitant un dernier monologue ont au bout du compte une force comique, grotesque même, car on est placé face à l'absurdité de leur situation et de leur mort.
Finalement, cette mise en scène complètement hallucinée et hallucinante, bien qu'inattendue pour une pièce de Webster, apporte un coté moderne et décalé (je pense par exemple à la séquence de danse hip-hop sous flashs stroboscopiques) très pertinent tout en gardant un regard critique et une analyse des jeux de pouvoirs et d'amour dans l'aristocratie du XVII siècle.
Grégoire.
