Le film « Some like it hot» (1959), du réalisateur Billy Wilder met en scène Joe et Jerry, deux simples musiciens de jazz de Chicago. Ceux-ci sont témoins de crimes (règlement de compte entre gang) et doivent s'enfuir afin de sauver leur vie. Alors qu'ils sont poursuivis par la Mafia, ils se déguisent en femme et intègrent un orchestre féminin de jazz. Ils font la rencontre de Sugar, un idéal féminin, avec qui ils se lient d'amitié, ou d'amour. Ce film est un mélange de deux genres bien distincts : le film noir et la comédie. C'est en effet dans des circonstances dramatiques que le jeu des acteurs suscite les rires, ainsi que le déguisement et le travestissement qui engendrent une succession de mensonges délirants. Ce classique du cinéma est sans doute original par ce mélange de genres cinématographiques, mais également par la prise de risque du réalisateur au sujet du travestissement, encore "tabou" dans la société.
Travestissement & déguisement :
Ils sont présents tout au long du film. Tout d'abord, il y a ce fameux travestissement de Joe & Jerry, un passage radical d'hommes en femmes, qu'ils manient tant bien que mal et qui rend en grande partie le film comique. Les deux hommes sont maladroits, apprennent petit à petit leur nouveau rôle de femme comme marcher en talons, imiter une voix féminine, et surtout, avoir les mots et l'attitude d'une femme. Joe, plus retiré du groupe et prudent, ne s'aventure pas autant que son compagnon Jerry qui semble profiter pleinement de son nouveau statut de femme. En effet, il n'hésite pas à sympathiser avec Sugar, à participer aux activités collectives (notamment la baignade en mer)... En revanche, Jerry se contente de son simple travestissement pendant que Joe joue un nouveau rôle, après s'être travesti, il se déguise en Junior, un millionnaire afin de séduire Sugar. C'est alors qu'il enchaine deux rôles, entre une musicienne et un riche homme propriétaire d'un bateau. Il est amusant de voir comment il s'y prend pour intervertir les rôles et les risques qu'il prend. Par exemple, il passe de musicienne en homme en changeant complètement de vêtement (déguisement) mais en oubliant d'enlever ses boucles d'oreilles. Nous, spectacteurs, l'avons remarqué dès qu'il est prêt et qu'il s'en va pour retrouver sa belle, et nous inquiétons pour lui car après s'être attachés au personnage, nous avons peur qu'enfin la réalité soit découverte et que Sugar apprenne la véritable identité de celui-ci. Wilder nous fait attendre jusqu'au dernier moment, celui ou Sugar et Joe se retrouvent, Joe retire rapidement ses boucles d'oreilles. Le spectateur est soulagé.
Ensuite, on peut constater que le personnage de Sugar n'est pas sincère et se doit de mentir. Elle dit ne pas boire, pourtant elle le fait. Elle dit avoir fait le Conservatoire, elle ne l'a pas fait. Elle reprend alors les répliques de ses camarades qui disent également avoir fait le Conservatoire. Il s'agit d'une circulation de mensonges.
Constatons que le personnage d'Osgood, le vrai millionnaire de l'histoire, n'a pas besoin d'avoir un deuxième rôle, il n'est que trop caricatural. Cela suffit pour lui.
Cette façon d'introduire le travestissement dans un film a aussi pour objectif d'évoquer les particularités de l'homme et la femme. A travers les deux musiciens, Billy Wilder nous montre les difficultés à changer de sexe. Les deux personnages perçoivent la façon dont l'homme se comporte vis-à-vis des femmes, c'est-à-dire qu'il peut avoir une attitude agaçante, une manière de séduire pas toujours délicate, et Joe et Jerry sont alors furieux d'être à leur tour "dragués". Il montre aussi à quelle point la femme peut être naïve. L'amour rend effectivement aveugle puisque Sugar ne se rend pas compte de la supercherie de Joe, d'ailleurs elle ne se rend pas compte non plus que les deux musiciennes ne sont pas véritables,
Et cela tout au long de "Some like it hot".