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Blog de la classe de 1L du lycée Rabelais de Meudon

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Critique de La Duchesse de Malfi (pas d'idée de titre)


Qu'est-ce qu'on va voir ce soir déjà ? La « Duchesse de Malfi » ? Ça me dit rien. Bon, l'affiche a l'air pas mal quand même : un crâne vert avec un nœud derrière sur fond fushia, ça contraste bien avec le titre quoi, on s'attendait plutôt à une esthétique dans le style « Princesse de Clèves » ou « Andromaque » : précieux ou épuré.

La pièce commence, et elle a tout l'air d'une pièce dite « classique » : décors sobres, costumes d'époques... Jusqu'à l'apparition de Ferdinand, un des frères de la Duchesse : cheveux en pétard, démarche aléatoire, il est un des premiers éléments de folie ou d'excentricité de la pièce. A partir de cet instant s'engage une lente « descente aux enfers » qui s'accompagne d'un dépouillement de la scène.

La seconde partie de la pièce est marquée par un changement de décor : il est à présent plus funèbre (un hibou empaillé, des squelettes...) et représente la prison dans laquelle est enfermée la Duchesse. Cette partie de la pièce est extrêmement riche en émotions qui sont aussi variées qu'intenses pour le public. S'ensuit le moment où les fous sont lâchés, un moment de pure folie où l'absurde et le sur-réel règnent en maître, ce qui provoque un décalage assez conséquent par rapport à la sobriété du début de la pièce. Un moment particulièrement marquant est lorsque la Duchesse découvre qu'elle sert la main d'un cadavre : son cris d'effroi et l'apparition fugace du mort derrière elle ont un pouvoir de terreur et d'angoisse mêlés à du dégoût sur le public (en tout cas sur moi).

Puis rapidement arrive le moment de l'exécution de la Duchesse : un moment d'une rare intensité, la salle est silencieuse, les gorgent se serrent (c'est le cas de le dire) et l'on assiste impuissant à sa mort.

Enfin après son assassinat, ses bourreaux s'enfoncent peu à peu encore plus dans la folie : certains regrettent, d'autres continuent de tuer, et cela aboutit à un bain de sang final riche en hémoglobine. Tous ces personnages qui, l'un après l'autre, agonisent en récitant un dernier monologue ont au bout du compte une force comique, grotesque même, car on est placé face à l'absurdité de leur situation et de leur mort.

Finalement, cette mise en scène complètement hallucinée et hallucinante, bien qu'inattendue pour une pièce de Webster, apporte un coté moderne et décalé (je pense par exemple à la séquence de danse hip-hop sous flashs stroboscopiques) très pertinent tout en gardant un regard critique et une analyse des jeux de pouvoirs et d'amour dans l'aristocratie du XVII siècle.

Grégoire.

Poema


                                                                                                                             En Madrid, comemos churros

Y visitamos la ciudad

Encontramos amigos

Con una gran amistad.

 

Visitamos famosos museos

por ejemplo el Reina Sofia

Abrimos nuestros ojos

y disfrutamos del clima.

Guardamos muchos recuerdos

y queremos volver

Para comer otros churros

Es todo lo que podamos querer

Madrid

 

 

       + ¡Madrid qué bella ciudad !

 

Madrid eres la ciudad del arte

Dónde no habla nunca de la muerte.

Hay todos los días un gran calor humano,

Madrid, ciudad donde se pone la mano

 

Madrid, bella ciudad de España

Eres una ciudad de gran cultura.

Estás conocida por tus celebros museos,

La Reina Sofia y el Prado atraen a los extranjeros

 

Has acogido al gran pintor, Pablo Picasso.

Con la famosa obra, Guernica en el museo de la Reina

En las calles descubrimos restaurantes y bares de tapas

Donde se comen jamón, lomo y se toman cervezas.

 

Madrid, te gusta la vida nocturna

Venir a cenar y mirar un espectaculo de baila

Escuchando los gritos y los zapatos de la gitana.

                                            Margaux DONNIOU.

Transeúnte de Madrid

Transeúnte de Madrid

 

****

 

¡ Bienvenida a Madrid, ciudad llena de riquezas históricas!

Entre un café con leche, los churros y las comidas,

Toma el tiempo de pasar a los museos del Prado y de Reína Sofía

 

Entre los coches, los metros y las idas y venidas de la gente,

Toma el tiempo para ir a la Plaza de España o Gran Via

Para hacer compras es la mejor idea.

¡ Bienvenida a Madrid, ciudad llena de luz y de vida !

 

¡ Bienvenida a Madrid, donde podéis cantar y bailar!

Donde la música viene del corazón,

Una capital del sol y de nostalgia de irrisión

 

Ir de vacaciones, viaje de escuela, a la vuelta

la situación no cambia,

Toda la gente sigue igual,

Dejar su equipaje, y disfrutar del tiempo,

¡ Bienvenida a Madrid, y viva España!


Nelly H

On ne badine pas avec l'amour 2000.

 M. Blazius essuya du dos de sa main la goutte de sueur qui lui dégoulinait le long de la joue. Il poussa un long soupir en pensant au bar parisien qu’il avait quitté deux jours plus tôt et où l’on servait du bon vin à toute heure de la journée pour un prix raisonnable. Il allait devoir se faire une raison : ces temps étaient finis, l’éducation de Perdican était terminée et il rentrait en Bourgogne. Tout compte fait, il avait hâte d’arriver, la chaleur devenait étouffante et la soif lui procurait une sensation des plus désagréables au fond de la gorge. Il manqua de s’étrangler de soulagement lorsqu’il aperçut enfin les hautes grilles de la demeure des Baron. Il enfonça la pédale et le cabriolet  fit une entrée fracassante sur la petite place devant l’immense bâtisse. Déjà, les bonnes et les cuisiniers s’amassaient autour de lui et l’assaillaient de questions. On lui demandait des nouvelles de Paris, la dernière tendance, la boîte de nuit en vogue, mais Perdican restait le centre de leurs préoccupations. Comment allait-il, où était-il, avait-il beaucoup changé depuis toutes ses années ?

« Attendez un instant, nous parlerons lorsque j’aurais bu » annonça-t-il en sortant de la voiture. Il claqua la porte et suivit le personnel au complet dans la cuisine. Blazius s’affala sur une chaise en bois et on lui apporta une bière. Voilà bien longtemps qu’il n’avait pas pris autant de plaisir à boire. Il prit une cigarette et l’alluma, puis sortit s’asseoir sur les marches du perron pour chanter les louanges de Perdican.

« Tu vois, Mylène, quatre licences à la fois ! Littérature, histoire, botanique et culture antique ! Ce garçon est brillant, les filles vont se l’arracher ! »

                                                ...

« Vous êtes arrivée, Madame. » déclara le chauffeur. Il avait arrêté le taxi juste devant les grilles et souriait à Mme Pluche qui, assise sur la banquette arrière, était occupée à resserrer son châle autour de ses épaules car la climatisation la rendait malade à tous les coups.

« Combien je vous dois ? » demanda-t-elle avec un regard soupçonneux pour le compteur kilométrique.

« Cinquante euros, s’il vous plait. »  

Mme Pluche fouilla dans son porte feuille et en sortit trois billets qu’elle donna au chauffeur avant de sortir avec soulagement de l’énorme Audi en tenant fermement son sac à main contre son ventre –une habitude prise à Paris, on ne savait jamais avec tous ces petits voyous... Elle tira sur le bas de sa jupe, remit son brushing en place et se dirigea directement vers les cuisines où elle secoua ces paresseux pour qu’ils lui apportent un verre d’eau fraîche. Tout en buvant, Pluche décrivit Camille et les progrès formidables qu’elle  avait accomplis. Camille avait été élevée chez les religieuses depuis son plus jeune âge, elle ne manquait aucune messe et se montrait sage comme une image. Elle en profita pour pester contre les cuisiniers car le verre était sale.

                                                           ...

Sur la place de l’Eglise, deux hommes d’une cinquantaine d’années discutaient sur un banc en regardant les gens rentrer et sortir de la boulangerie, une baguette sous le bras et un gâteau car on était dimanche matin et les gens achetaient toujours des gâteaux le dimanche matin.

« Je vous l’ai toujours dit Monsieur Baron, ce Blazius sent l’alcool à plein nez. » disait le curé en grimaçant. « Cet homme n’a rien de très sain. »

« Voyons, Bridaine, il est le précepteur de mon fils, je ne veux pas croire que mon fils ait pu être élevé par un alcoolique, ce que vous dites n’a pas de sens ! »

Au grand désespoir de Baron, le curé n’en démordait pas. Il aurait juré sur la Sainte Bible que Blazius était un alcoolique. Mais Bridaine était un excellent ami, aussi Baron dévia-t-il la conversation sur Pluche. La dévotion surannée de la gouvernante de sa nièce pour la religion ravissait Bridaine et ils finirent par parler du mariage de Camille et Perdican. Baron attendait leur union avec impatience, il était persuadé qu’ils s’aimaient depuis le berceau.

« Je voudrais que vous les marriez, Bridaine » annonça Baron d’un ton cérémonieux. « Vous êtes mon meilleur ami, vous méritez cet honneur ! »

Une Mercedes se gara en face d’eux sur la place et Perdican en sortit, un sourire radieux aux lèvres. Retirant d’un geste vif ses lunettes de soleil, il courut embrasser son père sur les deux joues. Il serrait la main du curé lorsqu’un taxi se gara à côté de sa voiture. Le chauffeur ouvrit la porte à une femme qui en sortit, le remercia d’un regard et s’avança vers eux d’un pas élégant. Perdican dût cligner des yeux plusieurs fois pour reconnaître Camille. Un chignon strict retenait les cheveux bruns de sa cousine, une robe bleu marine descendait jusqu’à ses mollets et une petite croix en or reposait sur la peau blanche de son cou. Elle les salua d’un signe de tête lorsqu’elle fut près d’eux.

« Bonjour. » dit-elle d’une petite voix claire.

« Embrasse-moi Camillou ! » s’exclama Baron avec une joie non dissimulée.

« Tu as bien grandi, petite cousine ! » constata Perdican  « Tu es resplendissante ! »

« Embrasse donc ton cousin ! » continua son oncle.

Camille restait en retrait et refusa poliment :

« Ce n’est pas dans mes manières.»

                                        ...

Baron versa le sucre dans son café et continua le monologue dont il accablait Pluche depuis une demi-heure. Il savait qu’elle ne l’écoutait pas mais il ne s’adressait pas vraiment à elle. 

« Vraiment, je ne comprends pas. Ne pas embrasser son cousin, c’est d’un autre âge, enfin ! D’où sort-elle donc cette petite ? Que lui a-t-on mis dans le crâne ? Je suis déçu, moi qui me faisais une joie de ces retrouvailles, je ne sais plus quoi en penser... »

Pluche lui jeta un regard agacé. De toute évidence, elle aurait préféré que Baron la laissât tranquille mais rien ne pouvait le résoudre à rester seul dans un tel moment de déception.

« Venez donc, Pluche, rentrons, je dois vous parler de finances. »

Ils se levèrent en silence et marchèrent à une distance respectable l’un de l’autre jusqu’à la maison. Baron était plongé dans ses pensées et il sursauta lorsqu’il entendit des éclats de voix en provenance du salon. Pluche s’était figée et écoutait, aussi l’imita-t-il. Il reconnut la voix de Perdican et redoubla d'attention.

« Tu aurais quand même pu m’embrasser, cela ne te coûtait rien ! » tempêtait-il.

« Cela ne t’aurait rien apporté, je ne suis pas ici pour me perdre dans des effusions de joie. Je pars demain.»

Perdican poussa un long soupir. Il aurait tout fait pour qu’elle lui sourît mais elle restait froide comme une statue de marbre. Elle avait refusé toutes les promenades qu’il lui avait proposées, les dîners dans les restaurants les plus luxueux de la région, les visites de musées... il était désespéré. Comment avait-elle pu changer à ce point ?

Il sortit du salon, désemparé, et lança un regard noir à Pluche et à Baron qui se trouvaient là. En montant dans sa chambre, Perdican réfléchissait. Il ouvrit la porte et tomba nez à nez avec tout ce qu’il avait laissé à son dernier passage, pendant les vacances de Noël. Il s’assit à son bureau et alluma son ordinateur pour consulter ses mails, puis se ravisa. Il avait beaucoup trop de soucis en tête pour s’embêter avec le stress du boulot. Depuis six mois, il travaillait d’arrache-pied et avait besoin d’une pause. Il se releva et décida de prendre encore un peu l’air, cet air de campagne qui lui avait tant manqué à Paris. Perdican redescendit quatre à quatre les marches et partit sur le chemin du village ou il avait appris à faire du vélo. Le paysage de vignes s’étendait à perte de vue et il se perdit dans un océan de souvenirs d’enfance  ranimés par l’odeur des figuiers de Maître Boubou. Maître Boubou était le fermier qui lui avait appris à ne pas tomber à bicyclette. Perdican n’avait jamais été très doué mais il avait laborieusement parcouru pendant des années le même chemin, les mêmes côtes sans fin où il s’efforçait de ne pas mettre pied à terre de peur de recevoir des coups de bâton.

Perdican continua ainsi sa promenade et accéléra le pas lorsqu’il entendit de la musique un peu plus loin. Il connaissait chaque personne à cinquante kilomètres à la ronde, aussi ne doutait-il pas que ce fut une connaissance. Assise derrière un arbre, Rosette avait posé son portable dans l’herbe et un morceau de hard rock emplissait l’air autour d’elle. Elle sursauta lorsqu’elle s’aperçut de sa présence et éteignit la musique d’un geste vif. Elle se leva et lui adressa un sourire radieux. Perdican songea qu’elle aussi avait bien changé. Il avait d’abord failli ne pas la reconnaître. Ses yeux écrasés de maquillage noir contrastaient avec la blancheur de sa peau et une série de piercings ornaient sa lèvre inférieure.

« Perdican ! » s’écria-t-elle « ça fait longtemps, tu as grandi ! »

Ils parlèrent de choses et d’autres pendant une vingtaine de minutes, puis repartirent chacun de leur côté en se promettant d’aller boire un café ensemble un de ces jours.

                                             ...

Allongée seule sur son lit, Camille pensait à Perdican et à leur mariage qui n’aurait pas lieu. De toute manière, rien ne la ferait changer d’avis, rien. Elle était cependant bien triste de partir ainsi et regrettait de ne pas avoir pu parler à Perdican de ses projets. Elle voulait qu’il la comprenne, qu’il sache pourquoi elle le rejetait ainsi, qu'il ne pense pas qu’elle avait cessé de l’aimer comme un frère. Camille enfila un gilet car le soir arrivait et l’air devenait plus frais, puis elle prit son téléphone et envoya un message à Perdican. « Rendez-vous à minuit à la petite fontaine. Camille. » Il allait trouver cela étrange. Tant mieux, ainsi il viendrait, ne serait-ce que par curiosité. Elle posa le téléphone et alla prendre un bain avant de dîner. En se glissant dans l’eau chaude, elle songeait à la mine déconfite qu’affichait Perdican lorsqu’il la voyait. Elle ne se sentait pas à sa place dans cette maison et avait hâte de retourner au couvent. La vie là-bas lui paraissait avoir un sens bien défini et cela la rassurait. On n’était pas déçue lorsqu’on vivait au couvent car on savait que rien n’arriverait, pas de grand amour, pas de bonheur inattendu, rien. On savait que l’amour et le bonheur sur terre n’étaient qu’illusions et que le seul amour possible était celui de Dieu, de même que le seul bonheur que l’on pouvait espérer aurait lieu après la mort. On était là pour prier et on priait. On donnait toute son âme et tout son cœur à Dieu car il n’y avait personne d’autre qui en fût digne.  On faisait ce à quoi on était destinée et on en était heureuse, isolée et protégée des absurdités de ce monde.

Camille se sécha, s’habilla et descendit dîner. On l’avait placée entre Pluche et son oncle, face à Perdican. Elle s’assit et mangea sans rien dire, à peine attentive à ce qui se disait autour d’elle. Elle entendit le curé Bridaine parler de latin avec Perdican mais comme elle n’y comprenait rien cela l’ennuya au plus haut point. Baron et Blazius parlaient de politique, ce qui ne l’intéressait pas non plus. Plusieurs fois, son regard croisa celui de Perdican et elle détourna les yeux pour cacher son trouble. Ce repas était interminable et elle se demanda si, dans l’hypothèse où ils finiraient de manger après minuit, le rendez vous fixé à Perdican tiendrait toujours. Ils sortirent à onze heures et demie, au plus grand soulagement de Camille. Pluche remonta immédiatement dans sa chambre tandis que Bridaine rentrait au village. Baron et Blazius fumaient de gros cigares dans la cuisine en sirotant un digestif, la discussion politique s’éternisait et le personnel alla se coucher.

Perdican et Camille prirent silencieusement la direction de la fontaine. Camille laissa son cousin marcher devant elle pour qu’il ne la voie pas se recoiffer discrètement. Ils s’assirent sur un banc et se regardèrent, gênés. Camille s’excusa de ne pas l’avoir embrassé le matin même et déposa une bise sur sa joue. Puis, comme il gardait le silence, elle s’excusa de tout : d’avoir été si brusque, de ne pas être comme les autres femmes de son époque, si libérées et frivoles, d’être timide, pudique, et décevante. Surtout décevante. Elle lui dit combien elle était triste de l’avoir déçu et lui demanda la permission de lui poser une question.

« Je t’écoute » dit-il après un moment d’hésitation. Il sentait que ces excuses comptaient peu pour elle, comparées à la question qu’elle allait poser et qui semblait tant lui tenir à cœur.

« Tu l’as peut-être deviné, mon avenir est à l’Eglise. Je voulais te demander... Trouves-tu que j’ai raison de me faire religieuse ? »

Perdican, sous le choc, ne sut d’abord quoi répondre. Puis, comme une évidence, il déclara que non, bien sûr que non, il était évident qu’elle avait tort et que la vie, l’amour, le bonheur et même les plus tristes moments de l’existence qu’elle gâchait valaient plus qu’une croyance.

Elle lui parla alors de son amie Louise, rencontrée au couvent, des souffrances que les hommes avaient infligées à cette pauvre fille, souffrances qu’elle, Camille, refusait de subir. Perdican l’écouta jusqu’au bout et s’en alla sans un mot lorsqu’elle eut fini. Camille ne savait plus quoi penser. Son cœur battait plus fort que d’habitude et elle n’avait plus qu’une envie : que Perdican revienne, qu’il la regarde, qu’il lui parle, qu’il lui dise n’importe quoi pourvu qu’il soit près d’elle, il pouvait lui faire la morale jusqu’au matin si cela lui chantait, mais par pitié qu’il revienne...

Elle resta longtemps assise là dans l’espoir qu’il vienne la retrouver, puis dut se rendre à l’évidence et remonta dans sa chambre. Il ne reviendrait pas. Dans son for intérieur, depuis qu’elle avait envoyé ce message, elle avait espéré sans se l’avouer qu’il la convainque, qu’il lui déclare son amour et elle aurait peut-être accepté de rester, de faire de sa vie ce que n’importe qui en aurait fait et d’oublier sa vocation religieuse. Elle laissa s’envoler ses beaux espoirs en s’allongeant sur son lit et songea qu’elle avait décidément raison de dédier sa vie à Dieu, car ce monde de souffrance n’était pas fait pour elle. En lui apprenant ce qu’elle allait faire de sa vie, elle avait du rendre Perdican fou de chagrin. Elle en était désolée et sortit aussitôt son ordinateur pour se connecter à sa messagerie instantanée. Bien évidemment, aucun de ses contacts n’était connecté et elle se vit contrainte d’envoyer un texto à Louise pour pouvoir lui raconter sa désolation envers ce pauvre Perdican. Accablée de fatigue, ses doigts se trompaient de touche une fois sur deux et elle tapa son message à l’aveuglette car ses yeux se fermaient malgré elle. La journée avait été longue et riche en émotions. En appuyant sur le bouton d’envoi, elle eut un étrange pressentiment, puis s’endormit.

                                           ...

Perdican se réveilla vers onze heures du matin et les souvenirs mirent quelques instants à lui revenir. Il avait très mal dormi, d’un sommeil entrecoupé de cauchemars et ne désirait plus rien d’autre qu’une grosse tartine de Nutella. Il se leva, se passa de l’eau fraîche sur le visage et s’habilla. Appuyant sur la touche centrale de son Smartphone pour regarder ses messages, il en trouva un de Camille. Perdican soupira. Allait-elle encore lui parler de religion, d’offrir sa vie à Dieu et d’autres bêtises ? Le message mit du temps à s’ouvrir : il était très long. Il commençait par « Ma chère Louise ». Perdican sourit en songeant qu’il allait savoir ce que ces religieuses se disaient entre elles. Il lut la suite du texte sans faire de pause et leva au ciel des yeux désemparés lorsqu’il eut terminé. Vraiment ? Avait-il l’air si affligé du départ de Camille ? Eh bien, il lui montrerait que non, il ne se laisserait pas déshonorer ainsi par sa propre cousine. Il prit l’air le plus décontracté possible et descendit au salon en sifflotant. Camille n’était pas encore levée, ou était sortie -toujours est-il qu’elle n’était pas là. Il mangea calmement son petit déjeuner et prit sa voiture pour faire un tour au village. Perdican roula toutes fenêtres ouvertes à pleine vitesse sur la petite route de campagne et s’arrêta devant la maison de Rosette. Il n’eut pas besoin de klaxonner, elle était déjà dehors et courut vers lui. Avec son éternelle joie, elle accepta la promenade qu’il lui proposait et grimpa sur le siège passager. Perdican la conduisit jusqu’à la maison, gara la Mercedes dans la petite cour et en fit le tour pour ouvrir la portière à Rosette. Elle hésita, puis laissa son sac à main sur le siège, prit la main que Perdican lui tendait et le suivit jusque devant la petite fontaine. Perdican savait que cette fontaine était juste sous la fenêtre de Camille et il redoubla de compliments pour Rosette, ses yeux, ses piercings qui lui allaient si bien, et ce tatouage sur son épaule, ses cheveux si soyeux, cette teinture noire sur ses cheveux qui la rendait si jolie... Il l’embrassait et elle se laissait faire, il lui disait qu’il l’aimait et elle souriait, il lui promit de l’aimer toujours et lui annonça qu'il l’emmenait à Venise la semaine suivante si elle voulait bien le suivre. Rosette était gentille : si Camille ne revenait pas sur sa décision il serait ravi de la rendre heureuse.

« Et si tu restes aussi douce et souriante, Rosette, on se mariera » ajouta-t-il avec fougue.

Rosette éclata de rire et se jeta à son cou.

« Oh, Perdican » murmura-t-elle « On ne m’a jamais rien dit de si adorable ! »

Au dessus d’eux, cachée derrière les volets fermés de sa chambre, Camille écoutait et trouvait ridicule le petit jeu de son cousin. Elle avait pitié de Rosette qui lui était une amie très chère et elle décida d’essayer de faire de son mieux pour arranger les choses.

 

Le soleil se couchait derrière les collines et teintait le ciel d’une pâle couleur rosâtre lorsque Camille se faufila dehors, tenant dans sa main une lampe torche encore éteinte. Elle se dirigea vers la petite cour où elle enfourcha son vélo et partit sur le chemin du village. Un quart d’heure plus tard, elle arriva à côté du bar tabac où elle reconnut Maître Boubou qui jouait au poker avec Bridaine. Elle contourna l’Eglise pour ne pas être vue et frappa chez Rosette. Camille doutait que ce fût une bonne idée mais elle était sûre et certaine que Perdican mentait à cette pauvre fille qui souffrirait lorsqu’elle découvrirait la terrible vérité. La porte s’ouvrit sur une jeune fille que Camille reconnut comme étant Rosette et qui lui adressa un sourire radieux. Ce sourire, c’était bien Rosette. Elle l’avait eu sous les yeux durant toutes les vacances scolaires de son enfance et ces fossettes qui se creusaient sous l’effet du bonheur étaient un des seuls souvenirs qui tenaient à cœur à Camille. Rosette n’était pas très belle, mais elle savait inonder son entourage de sa propre joie de vivre, ce qui en faisait une fille extraordinaire. Camille lui rendit son sourire puis reprit un air grave car ce qu’elle venait annoncer n’avait rien de joyeux.

« Bonjour Rosette, comment vas-tu ? » demanda-t-elle avec politesse.

Comme Rosette était sur le point de répondre que tout allait à merveille, Camille la coupa d’un geste de la main, déclara qu’elle avait quelque chose d’important à lui dire et lui expliqua rapidement ses soupçons au sujet de Perdican. Au fil de ses paroles, Camille voyait le visage de Rosette se décomposer et ce visage était si expressif qu'elle en souffrait elle-même. Elles étaient restées sur le seuil de la maison et en sortirent, marchant lentement au gré de leurs pensées, pensées qui allaient au même homme et suscitaient dans leurs poitrines une douleur terrible, bien qu’elle n’eût pas la même cause. Rosette torturait son cœur de doute et de déception, de honte aussi car elle se trouvait idiote d’être tombée dans le piège de cet homme simplement parce qu’elle le connaissait bien et ne l’aurait jamais soupçonné d’une telle cruauté. Mais si Camille mentait ? Si l’on pouvait croire Perdican cruel, on pouvait bien croire Camille menteuse. Pourtant pourquoi aurait-elle menti ? Par jalousie ? Non, bien sûr que non puisque Camille repartait bientôt au couvent et avait refusé toutes les avances de son cousin. Alors pourquoi ? Non, décidément, ce devait être vrai, bien qu’elle ne voulût pas y croire et que le doute persista comme bloqué dans ses pensées par une force détestable.

Camille ne voulait pas se croire amoureuse de Perdican. Et pourtant, elle n’avait jamais ressentit une telle douleur, une telle jalousie et une telle tristesse.

« Qu’est ce qui te fait penser cela ? » demanda Rosette que l’ombre d’un espoir habitait encore.

« Si tu veux, je peux te montrer »

Et pour la deuxième fois, elle envoya un message à Perdican. Un deuxième rendez-vous qui ne présageait rien de bon. Elle été certaine que son cousin faisait tout pour la rendre jalouse : elle savait bien qu’il n’aimait pas Rosette.

                                                     ...

Comme le lui avait indiqué Camille, Rosette se cacha derrière le rideau du bureau et fit bien attention de ne pas bouger. Elle ferma les yeux et essaya de chasser toutes ses pensées de sa tête. Le désespoir faisait couler les larmes qu’elle avait retenues à grand peine devant Camille. Et il entra. Sa cousine se précipita vers lui en lui disant qu’elle l’aimait, qu’elle ne partait plus. Rosette suivait la scène comme dans un rêve, le monde se dérobait sous ses pieds, des larmes noires inondaient son visage tandis qu’elle s’accrochait au rideau pour ne pas tomber.

« Camille, enfin, tu es redevenue ma Camille ! Viens, mon ange, viens vite dans mes bras, que je t’embrasse aussi fort que je t’aime ! »

Rosette s’accrochait si fort au rideau que la barre qui le soutenait céda, tomba sur sa tête et la douleur qui s’ensuivit fit disparaître tout le reste.  

                                                    ...

A l’arrière de l’ambulance, Perdican se laissait ronger par la culpabilité. La pensée qu’il était désormais seul lui traversa l’esprit mais il s’efforça de la chasser car c’était de sa faute et qu’il ne devait s’en prendre qu’à lui-même. C’était quand même un peu de la faute de Camille, mais elle était partie et les accusations n’avaient plus lieu d’être. Le véhicule quittait la maison et Perdican regarda une dernière fois l’immense bâtisse devant laquelle Bridaine et Blazius, que peu de choses semblaient déranger, se partageaient une bière au soleil.

 Léa.

Peut-on choisir sa vie ? Qu’est-ce qui nous en empêche le monde ou nous-même ?

   Premièrement je pense que la pièce de Beckett « en attendant Godot » introduit bien la problématique du choix de sa vie en nous révélant l’absurdité du monde et de la vie humaine. Cette attente représente la vie et les futilités que l’homme trouve pour s’occuper.

En se basant sur cette idée on observe dans « Fantasio » de Musset que le personnage d’Elsbeth pose aussi cette question du choix de sa vie du fait de son rang social qui l’oblige à un mariage pour éviter que son royaume soit en guerre. Son rang social n’étant pas un choix personnel mais une fatalité imposée par sa naissance; le monde semble donc être ce qui l’empêche de choisir sa vie. Cependant une deuxième cause est possible, à savoir Elsebeth elle-même, elle veut empêcher la guerre de s'abattre sur son royaume et fait donc le choix d’accepter la situation, ce qui est en fait un sacrifice. Le personnage de Fantasio dans cette même pièce fait preuve d’une grande désinvolture face à sa propre vie, il ne veut pas de profession fixe, il se donne lui-même le choix de ce qu’il devient en se faisant bouffon à la cour. Son rang social ne lui pose pas de problème, c’est lui qui se donne la liberté de faire ses choix. Les choix de vie dépendent donc aussi de la façon dont la personne considère l’ordre établi par le monde, si celle-ci s’y soumet au risque de le subir ou si elle ne s’en soucie pas, le considérant comme sans importance au risque d’être dépourvue de tous biens matériels.

De même dans « On ne badine pas avec l’amour ». Camille, doutant de son avenir au couvent compte tenu de la possibilité d’un mariage avec son cousin Perdican, se lance dans une quête instinctive du bonheur en s’interrogeant. L’enseignement religieux ne lui a fait connaître que les inconvénients de l’amour et des hommes qui banalisent l'infidélité. Mais sa discussion avec Perdican sur le sujet, notamment dans la scène de la fontaine, lui suggère finalement d'accepter l’imperfection et de l’absurdité d’une relation amoureuse infidèle et vouée à l’échec; car n’ayant pas vécu ce que les bonnes sœurs lui ont enseigné, Camille pense faire elle-même le choix de s’abstenir des souffrances d’un amour infidèle alors qu’elle a en fait laissé les bonnes sœurs faire ce choix à sa place. Comme Perdican l’énonce justement lors sa dernière réplique dans la scène cinq de l’acte deux :

« Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu'on te fera de ces récits hideux qui t'ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : “ J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »

Le refus d’accepter la vie humaine comme étant imparfaite laisse donc finalement le monde choisir notre vie à notre place, cependant le fait de ne pas accepter est un choix de notre part.  « Andromaque » de Racine se terminant par une sorte de suicide plus ou moins collectif, qui concerne en tous cas la majorité des personnages principaux, montre que le refus d’accepter la vie imparfait à laquelle nous sommes soumis est un choix mortel.

 Fanny

Anesthésie.

Comme novembre efface

Un souvenir d'été,

Quand les nuages chassent

En sombre défilé

Du soleil toute trace 

Et tout rayon doré;

L'hirondelle trépasse 

En ce givre enivrée. 

La nature se tasse,

Par les vents malmenée,

Tant d'orages menacent 

Cette ville étouffée,

Et tous ces champs en face 

De ma chambre glacée;

Mes pensées sont de glace,

Loin de toi enfermées. 

Ainsi mes pleurs ressassent

Trop de douleurs portées

Par mon cœur qui se lasse 

De t'avoir trop rêvé;

Mon amour, sans bonheur, que faut-il que je fasse? 

Et ces heures qui passent 

M'ont toutes vue t'aimer,

Et quand je meurs sans grâce

De tout ce temps gâché;

Mon amour, sans rancœur, tristement je m'efface.

Léa. 

Et j'irais te chercher

Comme on sent tomber, au mois de Janvier la pluie

Qui vient sans prévenir, qui claque sans frémir

Imitant par le son les accords de la lyre,

Et le temps qui s'en va, et le temps qui s'enfuit.

 

Et elle quitte le ciel, et elle quitte son lit,

Et son beau visage blanc, qui me fait ressentir,

Un sentiment que même Orphée ne peut pas dire,

En ce mois de Janvier je ne peux plus souffrir.

 

Ainsi toi tu m'a pris par le sens du désir,

Et dans un long soupir de toi je me languis,

Ainsi je sens l'envie de pouvoir te sentir.

 

Et j'irais te chercher jusqu'au fond des Enfers,

Et j'irais te chercher jusqu'aux confins des Cieux,

En t'attendant chérie, moi je n'ai que la pluie.

                                                                                                        David GOURNAY

 

La pléiade ou à la poursuite de l'image essentielle

Après avoir analysé un sonnet de Ronsard, "Comme on voit sur la branche", et lu quelques autres poèmes construits sur une "image essentielle" (qui permet au poète de trouver dans le monde extérieur un symbole du sentiment qui l'agite), les 1L se sont bravement essayés eux aussi à la poésie. Les Muses sont des filles fantasques, paraît-il, mais beaucoup ont réussi à les amadouer.  Certains sont même allés jusqu'à écrire un sonnet, en faisant marcher droit leurs alexandrins, en polissant leurs rimes! D'autres ont préféré le vers libre ou le calligramme. Ils ont bien mérité de faire partie de la Pléiade et d'ajouter quelques satellites à la constellation des Sept Etoiles... 

Voici le poème de Ronsard

Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose

En sa belle jeunesse, en sa première fleur

Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,

Quand l’Aube de ses pleurs au point du jour l’arrose ;

 

La grâce dans sa feuille et l’amour se repose*

Embaumant les jardins et les arbres d’odeur ;

Mais battue ou de pluie ou d’excessive ardeur,

Languissante elle meurt feuille à feuille déclose.

 

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,

Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté

La Parque  t’a tuée, et cendre tu reposes.

 

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,

Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,

Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.

 

Ronsard Sur la mort de Marie, V (1578)

 

Et puis voici quelques unes de leurs trouvailles.

La Danse du Diable

Oui… toi. Je te sens aussi, ne t’inquiète pas.  Je sens tout ce que tu fais. Je peux voir le désir et l’envie au fond des tes yeux. Viens, approche-toi… laisse-toi tenter... tu sais, les graines que je plante très profondément pousseront… supprime la gêne et l’hésitation.
Un jour, tu verras… tu oseras te soumettre à moi. Oui, allez, allez, maintenant tente ta chance !
C’est ça… dansons !
Tu me traites de serpent ? Tu n’as peut-être pas tout à fait tort… le serpent est tentateur. Tout comme le Diable, n’est-ce pas ? Mais ne pense pas à ça... Laisse-moi libérer ton esprit. N’aie pas peur… J’ai tout ce dont tu as envie. Je vais nourrir ta faim. Je vais faire de tes rêves une réalité.
Un jour, tu verras… tu oseras enfin venir à moi. Oui, allez, allez, maintenant tente ta chance…
C’ est ça… viens danser !

Viens danser !

Alors, qu’est-ce que tu attends ? Allez… écoute l’orchestre… il est là pour toi. Tous ces musiciens te poussent dans mes bras. Cet air qu’ils jouent… n’est –il pas magnifique ? Cela ne te donne-t-il pas l’envie de danser ? Si ? Alors, danse, encore, danse, danse, dansons ! C’est ça ! Allez, approche-toi ! Laisse-moi te guider ! Ne reste pas en arrière. Goûte donc le plaisir de l’amour… Pourquoi tu n’oses pas venir ? Avoir peur de l’amour est comme avoir peur du bonheur. Alors viens…
Et un jour, tu verras… tu oseras enfin te soumettre à moi. Oui, allez, allez, viens tenter ta chance… c’est ça… nous danserons…

Comment ? Mon nom ? Je m’appelle le Diable, mais tout le monde me surnomme Héroïne car je danse pour sauver les gens comme toi. Considère-moi comme ta libératrice. Je suis ton héroïne.

C’est amusant de te voir enfin approcher… haha !