Comme à son habitude, Léon alla à Auchan vers 9 heures du matin pour être prêt quand les portes du supermarché s'ouvriraient enfin. Il faut savoir que Léon y passait la majorité de son temps. Un moyen pour lui de décompresser après une journée en tant que cobaye pour la science. Oui, Léon était très célèbre dans ce milieu. Passant les portiques de sécurité, il ne manqua pas de remarquer les dispositifs de contrôle installés dans tous les recoins les plus sombres du plafond : soit environ 347 caméras et une salle de contrôle manuel. Ensuite dans un ordre bien précis, il traversa les nombreux rayons qui lui faisaient face, en passant d'abord à côté du kiosque et enfin le rayon fournitures pour arriver devant la boucherie ! Mais si tout s’était passé comme prévu, il se serait dirigé vers Marcel, le grand chef de la charcuterie et aurait acheté deux ou trois steaks pour son plus grand plaisir. Or, et c’est bien ça le problème, Marcel n’était plus là. Ne sachant pas trop quoi faire face à cette situation, il se décida à rester figé sous l’œil avisé des caméras de sécurité…
Alfred(regardant les écrans de contrôle)- Tue-le, Léon ! Mais tue-le ! Il ne mérite que ça ! Tu as vu comment il te regarde avec son couteau en hache ? Il est assoiffé de sang et pas n’importe lequel ! Oui, t’as tout compris, le tien !! Marcel n’aurait jamais voulu que quelqu’un le remplace et surtout pas un homme qui s’appelle Alberto ! Il faut que tu fasses quelque chose. Les conser…
Norbert (arrivant par la droite)- Franchement, Alfred !
Alfred- Quoi, t’es pas d’accord ? Tu ne l’es jamais de toute façon !
Norbert- Mais c’est toujours pareil avec toi ! Léon va dans le magasin. Il découvre que quelque chose ne va pas et il en vient à vouloir tuer de pauvres gens, rhô… T’en a pas marre ?
Alfred- Norbert, sa vie est entre nos mains à chaque fois qu’il rentre dans un magasin. Et quoi ? De « pauvres gens » ? Non mais tu rigoles, j’espère ? Cet Armeno ou Alrito enfin je sais plus quoi, bref…Ce gars est dangereux ! Non mais regarde-le, là. Il a tout un équipement de torture à côté de lui. Sa façon de découper... la chair... aah! Tiens, je te parie que c’est de la chair humaine ! On vérifie ?
Norbert- C’est un boucher, Alfred. Il découpe des saucisses de veau pas des humains et ah oui, cet instrument de torture comme tu le dis si bien s’appelle un poussoir à saucisses. Et puis il a l’air très sympathique avec son nœud pap' !
Alfred- Ah ça c’est ce que tu crois ! Mais le dos tourné, il devient un monstre abominable aux yeux injectés de sang ! Et qu'est-ce qui te dit que ce n’est pas lui qui a tué Marcel pour avoir le poste, hein ?
Norbert- Mais nan ! Tu sais très bien que depuis quelques temps, il courrait après une roumaine du nom de Sofia ou Anna, je ne sais plus. Tu sais comment il était. Il a dû enfin réaliser son rêve de partir faire le tour du monde avec une jolie femme et un paquet de tranches de jambon pour survivre !
Alfred- Tu as toujours réponse à tout ! Mais heureusement, je n'écouterai pas ton avis insensé !
Norbert- C’est la meilleure celle là ! Et pourquoi donc ?
Alfred- Eh bien parce que c’est moi le chef !
Norbert- Ah oui ? Et depuis quand, s'il te plaît?
Alfred- Depuis toujours ! Regarde, c’est moi qui suis devant le poste de contrôle, pas toi.
Norbert- Je pourrais très bien me mettre à ta place si je le voulais. Tu t’es octroyé le titre de chef tout seul. Qui te dit que je ne pourrais pas me le donner aussi ?
Alfred- Oh je ne sais pas… Ah si tiens ! Parce que tu sais que tu es incapable de diriger de simples situations comme aller acheter des boîtes de conserve à Auchan !
Norbert- Et c’est toi qui dit ça ? Vais-je te rappeler qu’à chaque fois qu’on va quelque part, Léon veut tuer quelqu’un par ta faute ?
Alfred- Il le fait de sa propre volonté ! Je ne l’oblige à rien. Tu ne te rends vraiment pas compte du stress qu’on subit quand on est à ma place, c’est bien pour ça que je suis le chef et pas toi !
Norbert- C’est parce que tu t’inventes des problèmes quand il n’y en a aucun que tu stresses !
Alfred- Quand te rendras-tu compte que le monde est froid et sinistre dehors ! Je m’en sortirai très bien sans toi !
Norbert- Arrête ! Si je n’étais pas là à chaque fois pour arranger le coup, on se retrouverait tout le temps avec un massacre sur le dos.
Alfred- Hum...C'est bien quand on laisse les problèmes filer qu'ils reviennent plus coriaces qu'auparavant.
Norbert- Je n'évite pas les problèmes, je suis simplement raisonnable. C'est d'ailleurs une de mes plus grandes qualités. Allez, avoue que sans moi tu ne serais rien !
Alfred- Vantard insipide !
Norbert- Oh j'ai bien des raisons de me vanter. Tu ne peux pas savoir à quel point je rêverais de t'étriper parfois.
Alfred- Je ne vois vraiment pas ce qu'on peut me reprocher ! Mais je t'en prie, lance toi ! Essaie de trouver une faille chez moi et peut-être qu'après tu auras le droit à une place dans le livre des records. Je vois déjà le titre : "Norbert, celui qui a réussi à trouver le SEUL et RIDICULE petit défaut chez Alfred, le Magnifique !" Peut-être un peu trop long...Alors ?
Norbert- Et bien justement, nous y sommes.
Alfred- Ça c'est ce que j'appelle une parole sans fondement !
Norbert- Tu ne vois donc rien, alors ?...Moi, je n'oublie jamais.
Alfred- C'est dingue ! T'as une espèce de tic dans la mâchoire quand tu prends un air sérieux. Regarde, t'as les lèvres toutes tendues. Il faut vraiment que tu prennes de l'aspirine. Je te jure, ça te détendrai...Mais euh, tu disais ?
Norbert- Non, rien. C'est "sans" importance...Et puis de toute façon, tu ne comprendrais pas.
Alfred- Mais si vas-y, exprime toi ! Je veux être l'épaule sur laquelle tu t'épanche. Je t'écoute, parles.
Norbert- C'est que...Tu te crois supérieur...Je nous sors toujours de la galère et jamais un merci de ta part, tu crois que je devrais le prendre comment ? Je passe mon temps à me vanter parce que je voudrais bien qu'un jour, j'arrive à avoir de l'importance à tes yeux. Mais bien sûr, tu continues à penser que c'est toi le meilleur et que tu trouves toujours la solution...Eh bien...Tu veux que je te dise ?! J'en ai marre !
Un silence.
Alfred- Je crois qu'on a un grave problème de synchro... Je ne vois mais alors pas du tout ce que tu essaies de me dire.
Norbert- Je te l’avais bien dit…. J’en avais déjà parlé à Colette d’ailleurs.
Alfred- Colette ? La fille de la tête de Roger ?
Norbert- Oui, celle qui est dans son hémisphère gauche. Et je lui ai dit que je voulais partir pour une autre tête mais elle pense que je prends ça trop à cœur.
Alfred- Peut-être qu’elle a raison…
Norbert- Ne me traite pas de cinglé. Tu vois, tu t’y prends toujours de la même manière. Tu me fais passer pour le nul en m'étranglant et en me secouant. Oui, puis tu ris, tu t’amuses avec moi et là au moment où j’essaie de me mettre à ton niveau…Oui là, d’un seul coup, tu me jette de ton estrade... Je ne demande rien pourtant, juste un regard. Mais non, Monsieur me laisse juste tomber...
Alfred- Tu crois vraiment que je le fais exprès ?
Norbert- Oh non. Tu ne t’en rends pas compte, c’est tout.
Alfred- Heureusement alors…
Norbert- Non, c’est pire. Tu passes au dessus de tout. Tu m’oublies comme si j’étais un raté pour continuer à être…dans ton monde, où tu es le héros et tu sauves Léon de la catastrophe.
Alfred- Ne tournes pas autour du pot !
Norbert- Tu es toujours heureux !
Alfred- Et alors ?
Norbert- « Et alors ? » Tu m’expose ton bonheur. Ce bonheur si parfait et inexistant à la fois.
Alfred- Ce n’est pas de ma faute si tu es jaloux de moi.
Norbert- Non ce n’est pas un bonheur qu’on rêverait d’avoir même si tu aimerais que les autres t’envient. C’est un bonheur incompréhensible où il vaut mieux rester à l’écart pour ne pas se faire ronger par le ver de la haine.
Alfred- Tu es fou !… J’avais pourtant l’impression que tout allait bien entre nous. Je ne pensais pas que partant d’une histoire de charcutier, enfin, de boucher, on en arriverait là...
Norbert- J’ai bien peur que si.
Alfred- Mais c'est de ta faute aussi ! Tu mets toujours des guillemets partout et ça prend une tournure démesurée.
Norbert- Parce que tout prend des proportions énormes avec toi. Tu es si incompréhensible.
Alfred- Et toi alors...Si tout est si clair chez moi, pourquoi pas chez toi ?
Norbert- C’est pareil pour moi, tu sais.
Un silence.
Norbert- Je crois qu’on ne peut plus continuer comme ça. Eh puis tu as peut-être raison… Je devrais partir d’ici.
Alfred- Où irais-tu ?!
Norbert- Je ne sais pas… Dans une autre tête avec un autre compagnon.
Alfred- Mais tu ne peux pas!
Norbert- Pourquoi pas ?
Alfred- Parce que… Parce que je suis ton frère. Et des jumeaux ne devraient pas à avoir se séparer... C’est contre nature ! Je le sais parce que j’avais cherché des informations à ce sujet dans l’encyclopédie 17 volumes que j’avais reçus par l’oreille. Nous sommes nés avec Léon et nous mourrons avec lui. Tu ne peux donc pas. Tu…Tu ne pourrais pas, n’est ce pas ?
Norbert- Non…
Alfred- Oui ?
Norbert- Non.
On a dû appeler les policiers pour faire partir Léon qui était resté dans le magasin sans bouger de sa place jusqu’à l’heure de fermeture.
Mad Hatter, Lullaby & Lisa