"J'aurais voulu que cet instant dûrat toujours..." par Mordsmoi
C’était une de ces paisibles journées comme j’en passe tous les étés, dans le camping familial depuis plus de quarante ans, près des Alpes. L’air était doux; pour une fois il n’y avait pas de bise, celle qui soulève votre robe, vous dénudant devant les rares personnes présentes sur la plage de cailloux. Cette année là, le temps fut clément. Tous les matins, alors que je m’éveillais lentement après une soirée parfois trop arrosée, quelques rayons de soleil chauffaient agréablement ma peau hâlée et une belle journée commençait. J’enfilais ma robe de mousseline blanche et marchait pieds nus dans l’herbe arrosée par la fraîcheur de la nuit. J’étais accueillie par les sourires chaleureux de mon entourage et des baguettes de pain encore chaudes m’attendaient sur la table. Mes journées se ressemblaient : je me levais en fin de matinée pour aller sur le bateau de mon grand père où nous parcourions le lac en long et en large, une de mes sœurs ou moi-même dans l’eau, tirée à l’arrière par le puissant moteur. Puis je déjeunais tardivement, en famille pour mieux retrouver mes amis l’après-midi. Parfois je partais en voilier avec celui que j’aimais ou, quand le temps le permettait, nous faisions de la planche à voile. Lorsque la chaleur était étouffante, nous allions tous nous désaltérer dans l’eau fraîche du lac. Le soir, nous dansions sur de vieux tubes ou nous faisions des feux de camps sur la plage. Nous étions des Français, des Belges, des Suisses, des Hollandais à nous retrouver chaque année, et chaque nouvelle rencontre enrichissait notre quotidien. Le paysage était si varié qu’il offrait tout à portée de main : un lac vert émeraude où il est possible d’exercer diverses activités, de grandes étendues d’herbe entrecoupées par des chemins terreux, idéaux pour les ballades matinales. Au loin, nous pouvions apercevoir des montagnes bleues à la cime blanche, ainsi que de grandes forêts vierges. Cet endroit est idyllique pour moi car il rassemble tout ce dont j’ai besoin : de la bonne nourriture (chaque après-midi, nous mangions de moelleuses madeleines accompagnées de crème chantilly), un beau paysage bien qu’il soit loin de l’image qu’on se fait de l’endroit paradisiaque en bord de mer, la famille qu’on ne voit que quelques fois par an, des amis d’enfance avec qui on partage de mémorables souvenirs et surtout, celui que je considérais comme l’amour de ma vie. C’est en ce jour que je me rendis compte que j’avais tout pour être heureuse; en ce moment présent. Nous étions lui et moi sur le ponton, allongés à regarder les étoiles et nous n’entendions qu’une vague musique au loin. J’étais si bien lovée auprès de lui que je ne désirais rien de plus que l’agréable journée que je venais de passer et cette soirée aux côtés de celui que j’aimais; jamais rien ne m’avait autant comblée. C’est dans la chaleur de cette nuit de pleine lune que je me dit « je voudrais que cet instant durât toujours. » Cependant, je devais rentrer à minuit et les vacances s’achevaient bientôt. J’avais mis six ans à conquérir son cœur et déjà il allait m’échapper, rattrapé par le temps. Et pourtant, même si l’année d’après il ne m’appartenait plus, je n’ai jamais regretté les plus beaux instants de ma vie dans la douceur de ces longues soirées d’été.
&Voltaire.
Mon père et ma belle mère se sont mariés cette année. Et pour fêter ça dignement, ils nous ont emmenés au Monténégro pour une semaine, pays d’origine de mon père. Beaucoup de nos amis avaient été conviés, ainsi que leurs enfants, ce qui m’assurait une semaine en bonne compagnie. Mais je ne pensais pas qu’elle serait si enviable : en effet, le fils d’un couple d’amis proches était aussi du voyage. Pour que vous compreniez quelle a été ma réaction quand je l’ai vu, il faudrait que je vous le décrive ; je me contenterai de dire qu’il correspond à mon idéal masculin aussi bien sur le plan physique qu’intellectuel. L’endroit aussi était paradisiaque : un tout petit village composé en grande partie de restaurants, presque sur la mer. En face de nous se trouvaient les grandes villes monténégrines, accessibles uniquement en bateau. De plus, mes amis et moi jouissions d’une liberté totale : les adultes avaient leurs occupations, nous les nôtres. Un endroit sublime, l’homme de mes rêves, mes amis, la liberté de mes faits et gestes : que demander de plus ? Je crois bien qu’à ce moment là, j’aurai pu m’écrier : « Je voudrai que cet instant durât toujours ! »
Pannonique
Commentaires
Désolé, je publie vos textes avec un peu de retard. Ils m'avaient échappé. Dommage, parce qu'ils sont jolis.