Michel Leiris naît à Paris en 1901 dans une famille aisée. Il se dirige vers le monde littéraire et artistique en adhérant au mouvement littéraire du surréalisme. De 1931 à 1933, il participe à la mission ethnologique et linguistique Dakar-Djibouti en tant que secrétaire archiviste, un moment de sa vie qu'il cite dans l'Age d'homme sans pour autant le détailler. Il écrit ensuite l'Afrique fantôme (en 1934) dans lequel il associe l'autobiographie et l'ethnographie, et expose pour la première fois sa vie. De 1930 à 1935, il écrit au fur et à mesure l'Age d'homme. Ce texte autobiographique est le plus célèbre de Leiris et est considéré comme un exemple du genre : il contient effectivement toutes les manies de l'autobiographe et son titre fait référence à la fin de l'ouvrage. L'auteur termine son récit lorsqu'il aura considéré avoir atteint l'âge d'homme. En 1940, Leiris rédige La Règle du jeu dont le dernier tome a été publié en 1976, une oeuvre littéraire considérée comme la plus importante de Leiris puisqu'il y raconte les moments très marquants de sa vie comme ses conquêtes amoureuses, ses tentatives de suicide ou ses voyages.
     Il meurt en 1990 en laissant de nombreux ouvrages, principalement autobiographiques ou de poésie, derrière lui et l'on retrouve une oeuvre importante,
Le Journal, publié en 1992 dont une grande partie est rassemblée par la suite dans la Pléiade en 2001.

     L'Âge d'homme de Leiris est une autobiographie centrée sur l'enfance de Leiris et en particulier sur sa jeunesse. Dès le premier chapitre, l'auteur nous précise son âge au moment du récit, l'objectif qu'il tentera d'atteindre, le jugement qu'il porte sur son physique et sur son éducation. À trente-quatre ans, il écrit un livre autobiographique entièrement vrai où aucun épisode de sa jeunesse ne sera caché. Il évoque ses défauts physiques, son comportement timide qui l'a retardé dans ses conquêtes sentimentales et sexuelles et évoque également quelques uns de ses rêves et fantasmes tout en comparant sa vie, son entourage et lui-même à Judith et Lucrèce, deux femmes différentes par leur histoire : une qui tue, l'autre qui se tue, ou bien l'une qui domine, l'autre qui est dominée. Voilà le parallèle sur lequel se base le récit de Leiris.

     Leiris écrit son oeuvre sans se soucier d'être ridicule. Il fait face à la réalité en disant la vérité concernant sa personnalité, allant jusqu'à faire une description parfois péjorative de lui-même. Assistant à l'accouchement de sa soeur de treize ans son aînée et écoeuré par cette scène marquante, il réalise qu'il ne souhaite pas avoir d'enfant. Michel Leiris se pose beaucoup de questions lorsqu'il est encore enfant. Par exemple, il se demande comment les enfants naissent ou bien comment les jouets de Noël rentrent par la cheminée. Il lui arrive de faire des expériences et des constatations comme une définition de l'infini qu'il s'approprie en analysant une boîte de cacao où se trouve une femme tenant un pot où se trouve la même image de cette femme tenant un pot... Suite à ces découvertes, Michel se sent plus mûr et se sent également grandi. Il propose finalement une analyse de beaucoup de points qui font référence à des faits que tout le monde connait et répond parfois à des questions essentielles. Il parle aussi de l'évolution de ses connaissances notamment sexuelles en parlant de ses premières manifestations, des explications des mots "courtisane", "prostituée" ou "homosexuel" qui, au fur et à mesure, lui font découvrir la sexualité sous toutes les formes.
     Tout au long du récit, il nous fait part de ses goûts pour le théâtre et les pièces tragiques (il cite Shakespeare et d'autres auteurs tragiques), ou encore l'opéra auquel il associe sa tante Lise, cantatrice incarnant des femmes fatales aux histoires tragiques. 
     Leiris se compare en permanence à Lucrèce, jeune fille romaine violée qui se donne la mort par la suite, qui est dominée, pure, douce, et Judith, héroïne biblique, qui au contraire entreprend les choses, tue, et que Leiris définit comme désarmante. C'est elle qui décapite Holopherne, autre personnage biblique que Leiris ne cesse d'évoquer dans son autobiographie et auquel il s'identifie. Leiris consacre trois grands chapitres de son oeuvre à ces différents personnages. "Lucrèce" est un chapitre qui associe des éléments de sa vie en référence à la douleur et l'impuissance. "Judith" est un chapitre qui compare ce personnage à la tante de l'auteur, toutes les deux imposantes, ayant un rôle dominant et enfin, les chapitres d'Holopherne évoquent la douleur, la souffrance,les coups et blessures qui ont marqué la vie de l'auteur. Leiris, par le biais de l'Age d'homme, fait face au malaise qu'il a pu avoir durant sa jeunesse. Il raconte avoir songé plusieurs fois au suicide, s'être scarifié ou penser se rendre stérile à maintes reprises. Il se sentait parfois impuissant physiquement et avait honte. Il se dit aussi trop émotif et sentimental en matière d'amour, ce qui l'a retardé dans ses conquêtes et ses rapports avec les femmes et se rend compte qu'il n'est pas apte à aimer et que quelques éléments l'en empêchent : la peur, la lassitude, l'idée obsédante de la mort et sa timidité qui semble prendre le dessus facilement. On constate, grâce à la description de sa rencontre avec Kay, qu'il éprouve tout de même des sentiments profonds mais qu'il est quasiment incapable de les montrer. C'est alors qu'il se demande "Pourrais-je aimer ?". Il parvient à se marier en 1926, avec discrétion.

     Comme Rousseau, Leiris s'engage à n'évoquer que la vérité et à ne cacher en aucun cas les faits, même les plus humiliants et difficiles à partager. On le remarque par son récit et ces quelques éléments assez intimes. Leiris se pose aussi beaucoup de questions à propos de son enfance et analyse parfois la situation lorsqu'il écrit, adulte. Il est également confronté au défaut de mémoire, en ne sachant pas développer les détails, comme l'âge qu'il avait au moment de l'évènement raconté ou le nombre de personnes présentes au moment de faits. Mais lorsqu'il s'agit de parler de faits marquants comme une grande rencontre amoureuse, il détaille le récit comme s'il avait besoin qu'on connaisse un maximum d'éléments afin de mieux comprendre ses émotions.

     Son autobiographie est organisée de façon intéressante. Tous les éléments de sa jeunesse sont évoqués dans un chapitre regroupant les faits par thèmes tandis que d'autres autobiographes écrivent leur récit de façon chronologique. L'Age d'homme est une autobiographie minutieuse car Leiris évoque beaucoup d'éléments intéressants sur sa jeunesse parfois de façon dévalorisante mais toujours mûrement réfléchie car il s'agit de retracer des moments forts d'une enfance, donc parfois des faits enfouis et lointains.
     C'est aussi de manière originale que Leiris écrit l'Age d'homme. Chaque épisode sa vie est reconstitué et tout chapitre débute par un extrait d'une oeuvre, un rêve raconté, un passage de journal intime de l'auteur, qui ont pour objectif de donner une idée de ce qui attend le lecteur car ces introductions sont des points de départ des chapitres qui suivent. Un de ces passages est une note du journal intime de Leiris, manière très perspicace d'intégrer une introduction de chapitre pour prouver la réalisation d'une véritable autobiographie, dans laquelle il fait une analyse de sa propre personnalité. Il précise dans son livre qu'il n'avait pas pour projet de devenir écrivain autobiographe car il évoque la difficulté qu'il avait à écrire mais nous parle tout de même de son goût pour la poésie moderne.

     Son enfance est heureuse grâce à la présence de son frère ami, mais sa jeunesse semble instable et c'est une partie de sa vie où il se pose beaucoup de questions qui concernent finalement une grand nombre de personnes. Leiris tente à de nombreuses reprises de se suicider. On peut évoquer plusieurs remises en questions de son existence, notamment lorsqu'il parle du souhait de sa mère d'avoir une fille avant sa naissance. Puis l'opération de sa gorge est un moment de sa vie douloureux. Il lui permet d'analyser le comportement des adultes envers lui qu'il juge trompeur. Ce jour-là, il eut très mal et raconte qu'il est allé jusqu'à se comparer à un animal qu'on amène à l'abattoir. Un récit qui interpelle le lecteur sur le malaise qu'évoque constamment l'auteur. 
     Leiris parle très souvent des femmes et du désir qu'il éprouve à être en contact avec elles. On se rend compte alors que Leiris peut en dire beaucoup au sujet de l'amour et des femmes et d'ailleurs fait un parallèle intéressant : il compare deux femmes, Lucrèce et Judith qui ont toutes les deux des caractères différents mais qui correspondent à la conception de la femme selon Leiris. Il considère la femme comme douce, pure mais évoque en constaste un côté plus sombre, méprisant et cruel que peut aussi avoir la femme. Il décrit sans peur sa vie sentimentale, ses trop fortes émotions qui l'ont empêché de perdre sa virginité. En effet, Leiris se présente comme un homme sensible et manquant parfois de courage pour s'impliquer dans des relations et exprimer ses sentiments. Il affirme, dans un extrait du livre lorsqu'il parle de son amour pour Kay, que la chose la plus censée qu'il a pu dire est "J'aimerais qu'on nous enterre ensemble".
      D'autre part, pourquoi Leiris a tenté à maintes reprises de se suicider ? Il dit : "j'en viens à m'apercevoir qu'il n'y aurait pour me sauver qu'une certaine ferveur mais que décidément, ce monde manque d'une chose POUR QUOI JE SERAIS CAPABLE DE MOURIR". En se remettant en question, il se demande ce qui le retient de vivre et tente de chercher lui-même les choses pour lesquelles il serait capable de mourir. Une question dont il connait la réponse.

     D'autres citations :

"Comme beaucoup d'autres, j'ai fait ma descente aux enfers et comme quelques-uns, j'en suis plus ou moins ressorti. " Cette phrase située dans le premier chapitre, est symbolique. Leiris utilise la métaphore de la descente aux enfers pour nous montrer que par la suite, il en remonte puisqu'à trente-quatre ans, Leiris s'admet enfin heureux et expose un certain combat contre la vie et ses inconvénients.

Enfin, il conclut son ouvrage par une phrase représentative de sa personnalité lorsque sa compagne lui reproche sa façon de s'habiller. La phrase "J'explique à mon amie comment il est nécessaire de construire un mur autour de soi, à l'aide du vêtement." est une façon de nous dire qu'il n'est pas affirmé par sa tenue vestimentaire mais qu'au contraire, il se protège car il complexe sans doute. C'est alors un miroir de l'intégralité du texte. Leiris s'est alors trouvé dans le vêtement et achève ce livre en pensant effectivement avoir atteint l'âge d'homme.
On peut aussi penser que, si justement Leiris s'est jusque là enfermé derrière le mur qu'il a construit, il tente avec cette confession autobiographique de détruire ce mur. Il ne se protège pas derrière un vêtement, il se met à nu.