On ne badine pas avec le passé
SCENE 1
Le Baron, un prêtre
Une chambre. Le Comte est alité. Le prêtre est assis à ses côtés.
Le Baron : N'a-t-on pas fait chercher mon fils et ma nièce il y a plusieurs jours déjà ? Pourquoi ne sont-ils pas encore arrivés ?
Le prêtre : Monsieur, le voyage est long, et je ne pense pas qu'ils aient hâte de se retrouver.
Le Baron : Cela fait plus de dix ans qu'ils ne se sont pas vus. Il faut oublier le passé. Et répondre aux dernières volontés d'un mourant.
Le prêtre, à part : Un mourant ! Je lui ai dit des centaines de fois qu'il n'avait qu'une petite fièvre et que l'on m'avait appelé pour rien. Mais il ne veux rien entendre, le vieillard ! (au Comte) J'entends venir. Peut-être sont-ce ceux que vous attendez ?
Camille, arrive en courant de jardin : Mon cher oncle, je suis venue dès que j'ai su ce qui vous arrivait ! Comme je me suis inquiétée pour vous ! J'avais peur de ne pas arriver à temps, de ne pas pouvoir vous revoir ! Mais tout va bien maintenant, je suis là...
Perdican, arrive tranquillement de cour : Bonsoir, père. J'ai entendu dire que vous étiez mal portant, j'ai voulu vérifier cela par moi-même. De quel mal souffrez-vous donc ?
Les regards de Camille et de Perdican se croisent. Ils se fixent, bouche bée.
Le Baron : Mes chers enfants, vous voilà enfin réunis ! Je peux à présent partir en paix...
Il retombe au fond de son lit.
Le prêtre, à part : Vieux sénile ! Il est vraiment persuadé de sa mort.
Perdican : Viens Camille, laissons le seul un instant.
Il l'entraine avec lui.
SCENE 2
Camille, Perdican
Camille : Eh bien, cousin ? Pour quoi voulez-vous me voir ?
Perdican : Tu m'as tant manqué, Camille !
Il s'avance vers elle, elle recule de plusieurs pas.
Camille : Ce n'est malheureusement pas réciproque.
Perdican : Qu'est-tu devenue, depuis tout ce temps ? Tu n'est pas vêtue comme une nonne.
Camille : Cela est simple : j'ai quitté le couvent.
Perdican : Est-ce possible ? Toi?
Camille : Je ne supportait plus d'être enfermée entre quatre murs avec la mort de Rosette sur la conscience. Quand je suis partie de cette prison, je suis montée à Paris, et j'y ai rencontré un homme haut placé et assez aimable, qui est tombé follement amoureux de moi. Ce mari-là, au moins, ne me décevra pas, et ne tuera point de pauvres enfants !
Perdican : Que veut tu dire ? Que tout ce qui s'est passé il y a dix ans de cela est de ma faute ?
Camille : Vous avez l'esprit vif.
Perdican : Et toi, Camille, toi? N'as tu rien fait dans cette histoire, toi, pauvre petite fille bien pieuse et bien sage ? C'est toi qui m'a repoussé, toi qui a écrit cette lettre à cette fille du couvent, toi qui a amené ta sœur de lait près de la fontaine !
Camille : Mais c'est vous qui l'avez séduite !
Perdican : Et tout cela parce que nous nous aimions !
Camille : Oui, nous nous aimions...
Ils se rapprochent l'un de l'autre et vont s'embrasser.
Perdican, se détourne d'elle : Non, tu est mariée, et je ne puis plus aimer.
Camille : Je doute que vous ayez jamais vraiment aimé.
Perdican : Je t' ai aimée. Mais cela n'a que trop eu de conséquences. Mon cœur est blessé à mort. Je ne cesse de repenser à toi depuis ce jour funeste. Je vis dans un petit manoir appartenant à mon père dans la campagne, isolé du monde comme un reclus. Je ne reçois de visite que les paysans qui m'apportent de quoi subsister. Mais je me suis fait à cette vie, et un deuxième échec me serais fatal.
Camille : Mon pauvre cousin, nos vies se sont apparemment inversées. Une vie de solitude et de recueillement s'ouvrait à moi, tandis que l'ont vous promettait de vivre heureux et riche. Notre destin cache parfois bien des mystères...
Perdican : Il n'y a pas de destin, Camille. Seuls nos choix peuvent déterminer notre avenir.
Un domestique, entre et ressort très vite : Monsieur, madame ! Venez vite !
Ils retournent tous les trois dans la chambre.
SCENE 3
Camille, Perdican, le Baron, le prêtre, le domestique
Le Baron : Mes enfants... Même avec vos défauts, je vous ai toujours aimés. Vous me manquerez beaucoup...
Il meurt.
Camille : Mon oncle !
Perdican : Père ! Non !
Le prêtre : Souvenons nous de ses dernières paroles, et puissent-elles nous guider dans l'avenir. Amen.
Agathe
Commentaires
J'aime bien l'idée du renversement de situation et le duo faussement comique du prêtre et du père. Joli titre aussi. Signe ton texte!