C'est donc à l'Atelier du Proscenium que Jean-Marie Russo a décidé de poser ses bagages (et ses comédiens) durant plus d'un mois pour jouer, "et faire découvrir à des jeunes" une des plus belles oeuvres du théâtre contemporain qui est "En attendant Godot" de Samuel Beckett.

Cette pièce est jouée par une petite troupe meudonnaise (5 personnes dont Jean-Marie Russo le metteur en scène) qui réalise un travail incroyable. Pendant près de deux heures ils jouent sans interruption cette pièce qui est très physique et aussi émouvante. On est touchés par la douleur d'Estragon et on réagit à l'indifférence de Vladimir ainsi qu'à la méchanceté de Pozzo. Par ailleurs, l'accent irlandais de Paddy Sherlock, dans le rôle d'Estragon, colle bien à son personnage fragile.
Cependant, petit bémol  à la réussite de cette pièce : le décor. Il est composé de rien, ou presque. Un arbre stylisé fait de deux tiges de métal où finiront par s'allumer des lumières vertes représentant quelques feuilles. Sans oublier la dizaine de cubes blancs symbolisant une route de campagne déserte.Pourtant reconnaissons que ce décor épuré atteint bien son but : "laisser au public la liberté d'imaginer le cadre". De même, les costumes, complètement hétéroclites, ne "marquent" pas les personnages et laissent libre court à l'imagination.

En bref, voilà une pièce de théâtre qui évoque la mort, le suicide, le but, l'absence de but, l'amitié, le rêve, la solitude, l'escalavage... Thèmes intemporels.
A voir absolument.

Yéris

 

Tout d’abord le thème de l’attente de Godot, personnage dont l’identité est inconnue, souligne l’aspect dramatique de la vie humaine. En effet, durant cette attente, les deux personnages principaux de la pièce, Vladimir et Estragon, tentent désespérément de trouver une occupation ou même un simple sujet de conversation ; ce qui rend le dialogue entre eux rapidement absurde, voireridicule. Mais l’écriture de cette pièce datant d’après la guerre laisse suggérer la confusion des hommes sur leur existence à cette époque, d’où l’absurdité de la pièce. Les personnages principaux, Vladimir et Estragon sont distinctement deux représentants symboliques des différents caractères humains ; tantôt égoïstes, solidaires, ouverts d’esprit, individualistes, tirant profit des situations où se lamentant sur leur sort etc...

Pozzo et son serviteur Lucky sont deux personnages qui apparaissent à un moment donné pour divertir Vladimir et Estragon, comme on pourrait le penser, mais aussi pour présenter deux personnages opposés de la société ; D’abord Pozzo présenté comme un être « vide intérieurement », dépourvu de sensibilité, représentant la perversité humaine matérialiste, il semble être en position de pouvoir au près de son serviteur qu’il tient en laisse. La laisse est inutile, cependant ce n’est qu’un artifice qui donne l’impression à Pozzo d’être en possession d’un autre homme qu’il pense sincèrement inférieur à lui. Nous avons donc ici l’homme dominant et l’homme dominé. Cependant, bien qu’étant la représentation à la fois tragique et pathétique de l’homme victime de la mentalité inhumaine de la société, Lucky est au pouvoir, le maître face à Pozzo qui s’avère dépendant de lui.

Concernant le décor, il est abstrait, toutes les scènes se déroulent dans un non-lieu, seul un arbre constitue le décor, cet arbre étant le plus neutre possible il ne ressemble à aucune espèce d’arbre, ce qui laisse ici au spectateur la possibilité d’une représentation personnelle du cadre de la scène.

Aussi, la pièce est constituée de deux actes, qui sont en fait deux journées consécutives, ce qui souligne la monotonie de la vie humaine et l’importance de l’espoir dans la vie de l’homme.

Les repères spatio-temporels étant neutres, il ne s’agit pas de distinguer un lieu ou une époque précise mais d’y observer ce qui s’y passe.

 

Personnellement j’ai trouvé cette pièce bien interprétée, avec humour, j'ai trouvé que son absurdité était un atout, une excellente façon de dénoncer (?) l’homme.

 

Fanny

 

Avant de me demander si cette pièce m'avait plu, je me suis d'abord demandé si je l'avais comprise. Il se trouve que j'ai trouvé la pièce tellement absurde que l'histoire en elle même est assez compliquée à suivre, mais qui attend-on, et pourquoi n'arrive-t-il pas ?! On comprend cependant qui sont les personnages principaux, et l'ambiguïté de leurs rapports m'a plu, le lien étrange qu'ils ont, presque fraternel et amoureux à la fois. Mais les personnages secondaires sortent de nulle part, sont hauts en couleurs (dans le cas de Pozzo et Lucky) un point que je n'ai pas apprécié. Je n'ai pas aimé non plus le fait que l'histoire n'ait ni queue ni tête : d'où viennent les personnages, où dorment-ils, comment vivent-ils, sont-ils tous fous ... ?

Je suis peut-être trop carrée dans mes idées mais le fait de devoir me poser des questions sur une chose absurde sans obtenir de réponses me perturbe beaucoup. C'est pour cette raison en particulier que mon avis sur la pièce reste mitigé. Mais c'est tout de même intéressant d'aller voir des choses qui sortent de l'ordinaire. Je trouve seulement dommage de devoir se concentrer pour comprendre une pièce incompréhensible!

Sarah