ADO-RES:présentation des Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir.

Mémoires d'une jeune fille rangée est le premier des six tomes de l'autobiographie de Simone de Beauvoir. Ce récit est publié en 1958, il relate l'enfance de cette fameuse féministe, de sa naissance à son émancipation. Il sera suivi de La force de l'âge, La force des chose, Tout compte fait, Une mort très douce et La cérémonie des adieux.

Simone de Beauvoir, sa vie, son époque

L'évolution d'une vie

Simone de Beauvoir est née à Paris le 09 Janvier 1908. Celle qui se révélera plus tard une brillante écrivaine a été élevée dans une famille bourgeoise parisienne aux valeurs conformistes et religieuses. Cependant le jeune Simone décide de devenir athée dès ses 14 ans et se voue à une vie d'études et d'écriture. Elle étudie la philosophie à la Sorbonne où elle rencontre Jean Paul Sartre avec qui elle partagera sa vie. Elle obtient son agrégation de Philosophie en 1929 et enseigne à Marseille, Rouen puis Paris. Elle quitte néanmoins l'enseignement en 1943, ne trouvant pas dans ce métier les conditions à « une émancipation totale ».

Elle commence alors la carrière d'écrivaine à laquelle elle aspirait. Ardente avocate de l'existentialisme incarné par son compagnon Jean-Paul Sartre, elle soulève des questions afin de trouver un sens à la vie dans l'absurdité d'un monde dans lequel nous n'avons pas choisi de naître.

A partir de 1947,Simone de Beauvoir entreprend de nombreux voyages vers les États-Unis, l'Afrique ou encore les pays européens. C'est en 1950 que cette femme d'exception reçoit le prix Goncourt pour son roman Les Mandarins. Elle continue à voyager, en Chine, à Cuba, au Brésil et en Union soviétique tout en poursuivant la rédaction de ses mémoires et son action pour la libération de la femme.

En 1971, elle assure la direction d'une revue d'extrême gauche avec Sartre, « Les Temps Modernes ».

Simone de Beauvoir en 1948

Philosophe, essayiste, romancière et dramaturge, elle domine la littérature féminine de son temps. Ses ouvrages autobiographiques font revivre toute une génération, celle de Saint-Germain-des-Prés. Indignée de voir la femme traitée comme un objet érotique, elle n'a cessé de mener une lutte passionnée pour sa libération. Le Deuxième Sexe est devenu la bible du mouvement féministe mondial.

Après la mort de Sartre en 1980, la santé physique et mentale de Simone de Beauvoir se détériore à cause de sa dépendance à l'égard de l'alcool et des amphétamines. Elle meurt le 14 avril 1986 à l'âge de 78 ans et est enterrée dans la même tombe que son compagnon.

Le contexte historique:

Deux événements marquants se déroulent durant l'année 1958, date de publication de sa première autobiographie.

Tout d'abord, le 1er juin, l'Assemblée nationale accorde sa confiance au gouvernement formé par Charles de Gaulle. Cependant Mendès France, Mitterrand, une partie des socialistes et des radicaux et les communistes ont voté contre.

Ensuite, le 4 octobre, la Vème République est proclamée.

Résumé de l'oeuvre

Ce récit débute à la naissance même de Simone de Beauvoir, et à ses premiers souvenirs qu'elle parvient à nous décrire avec une facilité déconcertante.

Dés qu'elle a su lire elle s'est plongée dans des romans que ses parents lui sélectionnaient ou bien, plus tard, qu'elle choisissait elle même. Très jeune, elle a commencé a écrire de petites histoires; elle nous dit « Je ne savais trop si je souhaitais plus tard écrire des livres ou en vendre mais à mes yeux le monde ne contenait rien de plus précieux. ».

Par la suite, elle nous expose son parcours brillant au cours Désir ou elle a rencontré sa plus fidèle amie, Zaza; et à la Sorbonne où elle a coudoyé son futur compagnon, Jean Paul Sartre. Le livre se termine après l'obtention de son son agrégation et la mort de Zaza.

Le narrateur-personnage: une analyse marquante

L'auteur de cette autobiographie a, bien évidemment changé entre son enfance qu'elle nous relate ici, et le moment où elle a rédigé cette œuvre. Néanmoins, elle veut présenter les rapports enfant-adulte de son point de vue de fillette. En effet elle a recours au mécanisme du langage des enfants et à leur perception du monde pour donner plus de sincérité au souvenir de la fillette. Elle dit par exemple: « Le Mal gardait ses distances. Je n'imaginais ses suppôts qu'à travers des figures mythiques : le diable, la fée Carabosse , les sœurs de Cendrillon. »

Cependant on observe que l'adulte fait un bilan de sa vie lorsqu'elle nous rapporte « ainsi se passa toute mon enfance ».

Le projet autobiographique de l'auteur

Simone de Beauvoir a toujours voulu narrer son enfance et son amitié avec Zaza, particulièrement après la mort de celle-ci. On lit en effet : « J’ai toujours sournoisement imaginé que ma vie se déposait dans son moindre détail sur le ruban de quelque magnétophone géant et qu’un jour je déviderais tout mon passé. » C’est à cette vocation — sauver son passé du néant- qu'elle répond ici. Contrairement à Rousseau qui a écrit ces Confessions pour se justifier, Simone de Beauvoir, elle, a juste voulu se soulager d'un poids, la mort de son amie.

Toujours à l'inverse de Rousseau, elle ne nous jure pas sa sincérité dans un pacte autobiographique mais préfère utiliser des phrases telles que « aussi loin que je m'en souvienne ». Elle utilise des éléments extérieurs pour décrire sa vie de manière la plus objective possible, elle fait des recherches sur son sujet, qui n’est autre qu’elle-même; par exemple elle cherche des photos d'elle bébé afin de nous préciser comment elle était.

De plus, Simone de Beauvoir ne nous avoue rien de sa sexualité, à part qu'elle veut rester chaste pour l'Amour de sa vie. Elle attend la même chose de ce dernier. Cependant il lui est arrivée de fréquenter des bars où elle a cotoyé des femmes aux mœurs légères. Rousseau, lui, a avoué qu'il était masochiste et que cette « perversion » s'est révélée lorsqu'il avait huit ans.

La critique:

Ce livre m'a énormément plu. J'ai particulièrement apprécié les moments où elle nous décrit son amitié avec Zaza, son amour naïf pour Jacques, et les romans qu'elle a aimés; cela m'a d'ailleurs donné envie de lire Le Grand Meaulnes d'Alain Fournier puisque ce roman l'a passionnée.

Certaines phrases ont retenu mon attention, surtout la première qui rejoint mes idées : «Il m'était plus facile de penser un monde sans créateur qu'un créateur chargé de toutes les contradictions du monde.», «Je trouvais d'autant plus affreux de mourir que je ne voyais pas de raison de vivre. » , « Ensemble nous avions lutté contre le destin fangeux qui nous guettait et j'ai pensé longtemps que j'avais payé ma liberté de sa mort. » et enfin « C'est si total une présence, c'est si radical, l'absence: entre les deux nul passage ne semblait possible. »

Cependant j'ai trouvé certains passages assez longs, notamment lorsqu'elle est à l'université et qu'elle nous décrit ses journées de révision et ses vacances loin de ses amis.


Un passage

« Le jour où j'entrais en quatrième-première -j'allais sur mes dix ans- le tabouret voisin du mien était occupé par une nouvelle: une petite noiraude, aux cheveux coupés courts. En attendant Mademoiselle, et à la sortie de la classe, nous causâmes. Elle s'appelait Élisabeth Mabille, elle avait mon âge. Ses études, commencées en famille, avaient été interrompues par un grave accident: à la campagne, en faisant cuire des pommes de terre, elle avait mis le feu à sa robe; la cuisse brûlée au troisième degré, elle avait hurlé pendant des nuits; elle était restée couchée toute une année; sous la jupe plissée, la chair était encore boursouflée. Il ne m'était jamais rien arrivé de si important: elle me parut tout de suite un personnage. La manière dont elle parlait aux professeurs m'étonna; son naturel contrastait avec la voix stéréotypée des autres élèves. Dans la semaine qui suivit, elle acheva de me séduire : elle singeait à merveille Mademoiselle Bodet; tout ce qu'elle disait était intéressant ou drôle.

Malgré les lacunes dues à son oisiveté forcée, Élisabeth se rangea bientôt parmi les premières de la classe; aux compostions je la battais de justesse. Notre émulation plut à nos institutrices : elles encouragèrent notre amitié. A la séance récréative qui avait lieu chaque année, aux environs de Noël, on nous fit jouer ensemble une saynête. En robe rose, le visage encadré d'anglaises, j'incarnais Madame de Sévigné; Élisabeth tenait le rôle d'un jeune cousin turbulent. Son costume garçonnier lui seyait et elle charma l'auditoire par sa vivacité et son aisance. Le travail des répétitions, notre tête à tête sous les feux de la rampe, resserrèrent encore nos liens; on nous appela désormais: « les deux inséparables. »

Mon père et ma mère s'interrogèrent longtemps sur les différentes branches de diverses familles Mabille dont ils avaient entendu parler; ils conclurent qu'ils avaient avec les parents d'Élisabeth de vagues relations communes. Son père était ingénieur des chemins de fer, très haut placé; sa mère, née Larivière, appartenait à une dynastie de catholiques militants.[...] Elle apparaissait parfois, rue Jacob. C'était une belle quadragénaire, brune, aux yeux de feu, au sourire appuyé, qui portait autour de son cou un ruban de velours fermé par un bijou ancien. Elle tempérait par une soigneuse amabilité son aisance de souveraine. Elle conquit maman en l'appelant « Petite madame », et en lui disant qu'elle paraissait ma sœur aînée. On nous autorisa, Elizabeth et moi à jouer l'une chez l'autre. »

Ce passage me paraît intéressant car il décrit l'apparition de l'amie la plus important de la jeunesse de Simone de Beauvoir et de son admiration pour celle ci. De plus on voit ici à quel point les parents décidaient de la vie sociale de leurs enfants en leur permettant ou pas de fréquenter des ami(e)s.

                                                                                                                               Mylène