ACTE IV
SCENE PREMIERE (Dans le château) Grippine
(Le Baron est mort, Grippine, sa maîtresse depuis deux ans, informe la famille de cette terrible nouvelle. Elle rédige la lettre à envoyer).
Grippine. Mon Dieu, pourquoi tant de malheur ?
Comment vais-je annoncer la mort de mon amant, leur père, leur oncle, leur seule famille. Est-ce la faute de cette maudite servante ? A-t-elle, avant de mourir, transmis le choléra à mon bien aimé ? Diantre, qu’elle aille au diable ! (Une larme coule sur sa joue). Je l’aimais, il m’aimait, la mort nous sépare maintenant. Courage Grippine, tu dois écrire cette lettre, c’est ton devoir.
(Elle donne rendez-vous aux membres de la famille pour la cérémonie qui se tient dans le parc du château).
SCENE 2 (Dans le parc du château) Perdican, Maître Blazius.
(Tous vêtus de noir, ils se regroupent dans le parc. Camille et Dame Pluche sont près du cercueil, elles prient. Perdican et Maître Blazius, à l’entrée, regardent les passants).
Perdican. As-tu vu Camille et sa gouvernante ? Ne devaient-elles pas être présentes ? Je pensais que Grippine avait accompli son devoir, mais je me suis trompé. Comment mon père a-t-il pu passer ses dernières années avec cette femme qui ne l’aime pas, mais qui aime sa fortune ? Lui qui ne manque pas d’intelligence, l’amour l’a-t-il rendu aveugle ? A-t-il prévenu Maitre Bridaine pour les obsèques ?
Maître Blazius. Camille prie avec Dame Pluche, elles viennent d’arriver, mais ne vont pas tarder à repartir pour voyager cette nuit.
Perdican. Voilà dix ans que je ne l’ai pas vu, regarde, comme elle est belle…c’est une vraie femme. Partirait-elle s’en venir me voir ? A-t-elle encore des remords, pour Rosette, qui est morte il y a bien onze ans ! Il m’a fallu deux ans pour me remettre de la disparition de Camille, la voilà réapparue, vais-je la reperdre une seconde fois ? Non ! (Il sort un morceau de papier et écrit un mot). Tiens Blazius apporte ce mot à Camille, dis lui bien que sa vie en dépend, je dois lui parler sur le champ.
Maître Blazius. (Prend le mot) Bien, j’y vais de ce pas.
SCENE 3 (Dans le parc du château) Camille, Dame Pluche, Maître Blazius
Maître Blazius. Mesdames, je vous prie de m’excuser de vous déranger dans un pareil moment, mais Perdican m’a demandé d’apporter ce mot à Mademoiselle Camille de toute urgence.
Camille. (Lit le mot et le donne à Dame Pluche qui s’en empare aussitôt). Perdican, dites-vous ? Que me veut-il ? N’a-t-il pas fait assez de mal comme ça ? Je ne veux plus le voir ! Ramenez lui son mot et qu’il me laisse en paix, me voilà nonne depuis dix ans, la vie en a décidée ainsi, je ne changerai plus.
Dame Pluche. Ma fille, c’est peut-être important, il veut sûrement s’excuser du mal qu’il a causé, ne lui en voulez pas, acceptez son pardon.
Camille. Comment peux-tu dire ça Pluche, il a tué Rosette, la mort ne mérite aucun pardon. Désolée, c’est au dessus de mes forces, on a joué avec nos sentiments, ces retrouvailles ne pourraient être que désagréables pour moi comme pour lui. La vie que je mène aujourd’hui est le fruit de ce déchirement et de ce malheur. Son pardon dis-tu, je n’y crois pas un mot.
Maître Blazius. Pardonnez-moi, mais cela a l’air important car il me revient maintenant en tête qu’il a insisté sur le fait que je devais apporter ce billet de toute URGENCE, je me suis dépêché et me voilà.
Dame Pluche. (Sourit à Maitre Blazius) Vois-tu Camille, si Monsieur dit que cela est important, c’est ton devoir d’aller le voir.
Camille. N’exagérons rien, je…je…je veux bien aller le voir mais qui n’attende rien de ma part.
SCENE 4 (A la petite fontaine) Perdican, Camille
Perdican. Camille ! Te voilà, tu es encore plus belle qu’avant. Je suis très heureux de te revoir, si tu savais comme j’attendais ce moment depuis tant années, je n’ai fait que penser à toi.
Camille.Bonjour cousin, sachez que ce n’est pas réciproque, faites vite, je dois retourner au couvent où je vis maintenant depuis longtemps. Qu’avez-vous à me dire de si important ? Je pense que la dernière fois nous nous sommes tout dit.
Perdican. Camille s’il te plaît, ne réagis pas ainsi, te souviens-tu du temps où tu disais « Nous nous reverrons dans dix ans et nous en reparlerons » et bien voilà nous y sommes. Je te demande pardon de tout le mal que j’ai pu te faire, si tu savais comme je regrette, j’ai été stupide, prétentieux, malhonnête, comment me faire pardonner ? S’il te plaît Camille, je t’aime, je t’aime plus que tout au monde. Tu es maintenant ma seule famille (s’effondre en sanglots, à genoux devant Camille) sans toi la vie n’a plus aucun sens.J’ai fait des études de médecine pour faire plaisir à mon père, il est mort. Camille, Camille épouse-moi, je t’aime, nous sommes faits pour finir nos jours ensemble, tu le sais!
Camille. Perdican, je suis religieuse! Me voilà mariée à Dieu pour la vie… tu n’y changeras rien c’est ainsi c’est MA vie. Je t’aime Perdican adieu, je dois te laisser maintenant et t’oublier à jamais.
Perdican. NON !
(Perdican tomba, mort de chagrin)
Camille. Non ! (Elle s’écroule sur son corps) Dieu pourquoi l’avez-vous tué, il méritait de vivre, je l’aimais, certes, mais je retournais au couvent. Me voilà seule, vraiment seule, est-ce possible d’être aussi malheureuse ? Je n’ai connu l’Amour qu’une seule fois, la vie est injuste ! Moi qui n’ai jamais badiné avec l’Amour.
(Camille mourra deux mois plus tard).
Margaux
Fin.