Les mots/ Les images

Blog de la classe de 1L du lycée Rabelais de Meudon

françaisécriture personnelle › Les poètes de la Pléiade

Fil des billets

Une angoisse comme un désert...

5février

Aridité invivable portée là-bas                                              

Un mirage de phantasme peint un supplice                          

L’horizon là ne promet qu’un songe-malice                         

Profil d’un rien désespéré par ce coup bas                            

 

Harassé, lessivé, accablé, excédé                                          

Air infernal occupé par la soif de boire                                

Lieu infini conçu pour envier un espoir                                 

Désert violé par le sable comme blâmé                                 

 

L’angoisse me montre son visage pesant                               

Et de son hurlement inhumain, étouffant                               

Sort de mon corps blessé ma dangereuse plainte                     

 

La choquante alarme détruit mes sombres entrailles               

Dans ta folie tu célébras mes funérailles                                 

L’ombre devient mon monde et mon unique crainte             

Comme une goutte d'eau

11novembre

Comme une personne se fond dans la foule

La goutte d'eau a rejoint le fleuve

A présent elle n'est plus goutte transparente

Elle n'appartient plus à la pluie grise

Elle est devenue eau

Celle qui se fracasse sur des roches

Celle qui dérive sans fin et s'écorche indéfiniment avant de rejoindre la mer

Cette immensité qui s'emplit doucement de l'eau de la goutte et de celle des autres

Ainsi il se sentait goutte ce soir là

Seul

Parmi tous les autres

Il avait rejoint la masse et à présent il était toujours aussi

Seul

Seul

Dans cette nouvelle immensité

Seul

 Dans ce torrent d'évènements

Seul

A vivre son histoire

La sienne

Ou celle d'un autre ou d'une autre

Ils étaient seuls à le savoir, lui, Elle, au milieu de la foule.

 

Lewis

Anesthésie.

10novembre

Comme novembre efface

Un souvenir d'été,

Quand les nuages chassent

En sombre défilé

Du soleil toute trace 

Et tout rayon doré;

L'hirondelle trépasse 

En ce givre enivrée. 

La nature se tasse,

Par les vents malmenée,

Tant d'orages menacent 

Cette ville étouffée,

Et tous ces champs en face 

De ma chambre glacée;

Mes pensées sont de glace,

Loin de toi enfermées. 

Ainsi mes pleurs ressassent

Trop de douleurs portées

Par mon cœur qui se lasse 

De t'avoir trop rêvé;

Mon amour, sans bonheur, que faut-il que je fasse? 

Et ces heures qui passent 

M'ont toutes vue t'aimer,

Et quand je meurs sans grâce

De tout ce temps gâché;

Mon amour, sans rancœur, tristement je m'efface.

Léa. 

Et j'irais te chercher

7novembre

Comme on sent tomber, au mois de Janvier la pluie

Qui vient sans prévenir, qui claque sans frémir

Imitant par le son les accords de la lyre,

Et le temps qui s'en va, et le temps qui s'enfuit.

 

Et elle quitte le ciel, et elle quitte son lit,

Et son beau visage blanc, qui me fait ressentir,

Un sentiment que même Orphée ne peut pas dire,

En ce mois de Janvier je ne peux plus souffrir.

 

Ainsi toi tu m'a pris par le sens du désir,

Et dans un long soupir de toi je me languis,

Ainsi je sens l'envie de pouvoir te sentir.

 

Et j'irais te chercher jusqu'au fond des Enfers,

Et j'irais te chercher jusqu'aux confins des Cieux,

En t'attendant chérie, moi je n'ai que la pluie.

                                                                                                        David GOURNAY

 

La pléiade ou à la poursuite de l'image essentielle

7novembre

Après avoir analysé un sonnet de Ronsard, "Comme on voit sur la branche", et lu quelques autres poèmes construits sur une "image essentielle" (qui permet au poète de trouver dans le monde extérieur un symbole du sentiment qui l'agite), les 1L se sont bravement essayés eux aussi à la poésie. Les Muses sont des filles fantasques, paraît-il, mais beaucoup ont réussi à les amadouer.  Certains sont même allés jusqu'à écrire un sonnet, en faisant marcher droit leurs alexandrins, en polissant leurs rimes! D'autres ont préféré le vers libre ou le calligramme. Ils ont bien mérité de faire partie de la Pléiade et d'ajouter quelques satellites à la constellation des Sept Etoiles... 

Voici le poème de Ronsard

Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose

En sa belle jeunesse, en sa première fleur

Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,

Quand l’Aube de ses pleurs au point du jour l’arrose ;

 

La grâce dans sa feuille et l’amour se repose*

Embaumant les jardins et les arbres d’odeur ;

Mais battue ou de pluie ou d’excessive ardeur,

Languissante elle meurt feuille à feuille déclose.

 

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,

Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté

La Parque  t’a tuée, et cendre tu reposes.

 

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,

Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,

Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.

 

Ronsard Sur la mort de Marie, V (1578)

 

Et puis voici quelques unes de leurs trouvailles.