Laissons les pauvres où ils devraient être
Par Giovanni Scalisi le 06 janvier 2010, 14:17 - Société - Lien permanent
Le gouvernement demande aux grandes écoles, celles qui sélectionnent leurs élèves, d'avoir un objectif de 30% d'élèves boursier, en somme 30% de pauvres. Le but, réduire les inégalités sociales qui font qu'un élève issue d'un milieu défavorisé ne le reste pas, et atteigne la classe favorisé. Actuellement, c'est l'inverse qui se produit :
- Un enfant d'une famille défavorisé à les plus grande chance de rester « pauvre », on appelle ça « la reproduction sociale ».
- A l'inverse, un enfant d'une famille favorisé a toute les chances de rester dans le même milieu.
Certains, veulent permettre à un enfant d'une classe sociale basse d'atteindre la classe favorisée, c'est le fameux ascenseur social.
Il suffit de voir les chiffres officiels du ministère de l'Éducation National qui font froid dans le dos...
Seulement 34,1 % des lycéens issues de catégories sociales basse atteignent le bac dans une série générale, tandis que 75,6 % de lycéens de catégorie social haute sont dans une série générale. Il y a un écart de 41,5 %, entre pauvre/riches.
Puis dans l'accession à l'enseignement supérieur, un peu moins de 40 % de lycéens « pauvres » y vont, contre, un peu plus de 70 % de lycéens « riches ». [Chiffres MEN, L'état de l'école en France, octobre 2008]
« L'ascenseur social est en panne en France », c'est indéniable, et pourtant, certains sont décidés à continuer dans l'élitisme le plus agaçant possible dans un système qui se bat pourtant contre les inégalités sociales (l'éducation). Les grandes écoles réunies en association à l'allure d'un club privé de lobbystes (CGE), publient un communiqué de presse dans lequel ils s'opposent à la politique du gouvernement d'atteindre 30 % de bacheliers de milieu défavorisé, car ils feraient baisser le niveau de ces écoles hyper-sélectives, les pauvres grandes écoles... Un pauvre serait à priori pas suffisamment intelligent pour suivre un enseignement d'excellence.
Pour Richard Descoings, directeur de Science Po Paris c'est « la réaction antisociale dans toute sa franchise ! », en parlant du communiqué de presse de la CGE (Conférence des grandes écoles).
Décidément la reproduction sociale n'est pas prête de s'arrêter.
Commentaires
Un court extrait d'un témoignage écrit par A Weiler... il y a plus d'un demi siècle. Je ne reprends que la première phrase de l'article
"L'origine sociale des élèves est diverse : les enfants d'ingénieurs, de cheminots, d'instituteurs, d'employés, de commerçants représentent la majorité, avec un petit nombre d'enfants de familles vouées aux carrières libérales d'une part et de quelques enfants d'ouvriers d'autre part. Près de 40 % des mères de nos élèves exercent un métier, ordinairement à Paris. Notre établissement correspond à une population de moyenne et de petite bourgeoisie, susceptible de suivre les études des élèves, mais d'une façon assez limitée, surtout dans le domaine de la culture générale."
Compenser par un système éducatif innovant les discriminations induites par les inégalités sociales : Les "Classes nouvelles" ont été expérimentées dans ce Lycée de Montgeron. Et il ne fallait pas attendre l'accès aux grandes écoles pour les traiter : cela commençait dès la classe de sixième.
60 ans plus tard ou en est on ? quel progrès !
"Laissons les pauvres où ils devraient être" ne pouvait trouver meilleure place que dans les colonnes de ce blog, une sorte de boucle de l'histoire.
A méditer
Moi ce qui me chiffonne, c'est que l'on parle des catégories sociales hautes et basses (comme le font tous les grands journaux d'ailleurs), mais les catégories sociales moyennes/basses (j'entends par là les familles situés à la limité de la catégorie moyenne mais aux plus faibles revenus) sont un peu ignorés.
Malheureusement, de mon point de vue, ce sont ces dernières qui sont les plus défavorisées car de 1, étant bas dans la catégorie sociale moyenne, ils pourraient limite être considérés comme basse tout court, et de 2 ils n'ont aucun accès aux aides (bon d'accord peu variées mais aides quand même) apportées aux catégories sociales basses.
Je pense que l'on oublie trop souvent ceux dont leur appellation (cat. soc. moyenne) leur donne un statut qu'ils ne devraient pas du tout avoir, les désavantageant socialement et économiquement.