Encadrées par Mme Pèlegrin animatrice d'ateliers d'écriture, des élèves ont écrit ces textes
Ce que je vois, ce que je ressens, ce que je fais, ce qu’on me fait
(Imprimante)
Mon nom est RICOH, je suis une grosse imprimante grise et blanche dans la salle 209.
Tous les jours, je vois des élèves et des professeurs s’approcher de moi pour récupérer leurs impressions, mais ils ne savent pas ce qui se passe en moi avant de cracher leur feuille que ce soit couleur ou noir.
Lorsque l’ordinateur m’envoie l’information, je ressens un gros frisson qui passe dans tout mon mécanisme, ensuite je dois bien aligner mes cartouches, bien choisir la couleur et qu’elle soit bien nette pour ne pas déplaire à celui qui vient chercher sa feuille. Parfois, vu que je n’ai plus d’encre ou plus de feuille, ils ouvrent mon tiroir à feuille et ma porte pour changer l’encre. Enfin, lorsque je ne vais pas assez vite à leur goût, je reçois des insultes des élèves et parfois quelques coups.
Livre
Bonjour, je suis livre. Je ne suis pas mot, ni encre, ni feuille, mais les trois, donc livre.
On m’a créé, imaginé,conçu, pour vous divertir. Ce qu’on ressent en étant livre ? Et bien ce que vous vous ressentez quand vous nous lisez, l’histoire on la connait par cœur, à chaque fois que vous lisez un mot je le lis avec vous. Je vois votre regard stupéfait, impatient, heureux, et je m’imprègne de vos sentiments. Parfois on m’oublie deux jours, deux semaines, deux ans, et je me sens bien seul, alors j’imagine une autre version de l’histoire. D’autres fois on me vend, je voyage, je vois de nouveaux visages, je sens de nouvelles mains et de nouveaux souffles.
Aujourd’hui je vous vois vous, à écrire sur d’autres objets, j’ai entendu votre professeur vous dire d’écrire sur mes compères, c’est un bien étrange devoir que vous faites là. Je suis ouvert mais pour rien, on ne m’utilise pas vraiment, et ça me donne froid, alors merci de me fermer.
Je suis ce que je suis
J’ai froid, j’ai chaud, j’ai mal aux yeux, j’ai mal à la tête, je suis intelligente, je suis fatiguée. Ils sont bien gentils ces élèves mais moi je voudrais bien dormir, en plus il y a le vent qui me fait devenir tout froid, puis tout le monde me touche, j’en ai vu des mains de filles avec des bagues, des ongles de toutes les couleurs, petites ou grandes, des mains d’homme avec leur doigts de travers, gros ou maigres. Les oiseaux qui me regardent, j’ai besoin d’intimité quand même ; en plus je dois souvent prendre ma douche avec la pluie. Je peux draguer les filles des classes, elles me regardent tout le temps. Je sais, je sais, je suis la plus belle fenêtre de la salle, on ne me résiste pas.
Il ne fait pas très beau j’aimerais bien un peu de soleil pour pouvoir bronzer et briller. Je suis pressée d’être cet été pour pouvoir être ouverte.
JE SUIS UN STYLO
Madame Collin m’a posée sur la table du centre. Je regarde autour de moi, je vois des jeunes filles en train d’utiliser mes cousins, mes frères, et peut être même mes sœurs. Moi je suis en repos. Pour vous je ne suis qu’un objet un petit stylo parmi tant d’autres, mais en vérité j’ai moi aussi une vie. Mon sang, c’est mon encre, c’est grâce à lui que je vis. J’habite dans une trousse où on respire à peine, encombrée, on est une vingtaine. Comme vous j’ai des parents. Je travaille pour Madame Collin qui a usé presque tout mon encre ; pour tout vous dire, je ne sais pas combien de temps il me reste à vivre mais plus beaucoup.
La Mouche
Je suis piégée dans cette salle, sombre, sans issue. A espérer que quelqu’un ouvre la porte, je me déplace dans cette salle de cours. Posée sur une table, je passe du tableau à la fenêtre. Je vois cette grande étendue bleue couverte de petits cotons blancs. Et là j’entends un bruit… des pas, oui ce sont des pas !
Je me pose sans bruit sur le tableau blanc : des élèves. Un, deux, trois…Qui s’installent aux emplacements, c'est-à-dire aux chaises que le professeur leur attribue. Je laisse échapper un Bzzzz. Je me dirige vers la porte pour tenter de m’échapper mais trop tard, la porte se referme. Je perçois alors des voix : le professeur fait son cours.
Je me sens si petite autour de tous ces géants, c’est à peine si l’on me voit. Je déploie mes ailes et vient alors me poser sur l’épaule d’une jeune fille. Celle-ci secoue ses boucles blondes et pouffe de rire. Un jeune garçon à côté d’elle me fixe. Il a dû lui dire que j’étais posée sur elle car la jeune fille me pousse légèrement du revers de la main. Je me retrouve devant une autre jeune fille, je me mets à virevolter autour de son visage. Agacée, elle me pousse brutalement avec son cahier. Je retombe sur une table où je vois l’ensemble de la classe mais une chose me tracasse : je sens une ombre au-dessus de moi, immobile et c’est seulement quand je lève les yeux qu’un livre s’abat sur moi.





