Fiche Technique :
Titre du livre : Acide sulfurique
Auteur : Amélie Nothomb
Editeur : Albin Michel
Collection : Le Livre de Poche
Age du lecteur : Il faut s’y connaître un minimum sur la Deuxième Guerre et avoir la maturité nécessaire pour comprendre le but de ce livre.
Type de livre : dystopie
Résumé :
Une émission de « téléréalité » - bien que ce terme ne soit pas très bien approprié dans ce cas là- nommée « Concentration » consiste à rafler des gens au hasard pour les mettre dans le rôle de détenus de camps concentrationnaires comme lors de la deuxième guerre mondiale, les maltraiter, les tuer, les torturer par des kapos encore une fois recrutés au hasard et visiblement de nature assez simple et barbare. La seule différence avec les camps originaux est que cette fois, tout est filmé ! Les organisateurs de cette émission veulent montrer la déshumanisation et la violence gratuite infligée aux prisonniers et faire de leur agonie un spectacle. L’émission atteint des pics d’audience jamais égalée et ne cesse de fidéliser de nouveaux téléspectateurs.
Au milieu de cette barbarie, que fait cette sublime jeune femme fière et digne, affublée du matricule CKZ 114, qui redonne du courage aux autres détenus et qui obsède la kapo Zdena, avide de connaître son nom et de l’avoir pour elle seule ?
Comment la prisonnière se révolte contre le programme télévisé et les téléspectateurs qui le regardent ? Arrivera-t-elle à faire survivre ses camarades d’infortune à l’aide de Zdena ?
Mon avis :
J’adore les dystopies et celle-ci ne fait pas exception*. Le style d’Amélie Nothomb est très agréable à lire. Il permet de faire passer beaucoup de choses, comme ce sujet sensible qui est la discrimination des Juifs pendant la guerre, qu’elle tourne de manière à montrer son ridicule et sa bêtise plutôt que son horreur.
Ce qui me choque au premier abord est le fait que l’on puisse ne serait-ce qu’envisager réitérer les horreurs commises par Hitler et ses suiveurs. Il est vrai que c’est assez inhumain de penser faire du mal comme ça à des êtres humains, juste pour le plaisir. Qui pourrait bien supporter de telles atrocités ? Dans ce livre ce sont des gens comme vous et moi qui regardent l’émission en se prenant pour des spectateurs indignés qu’un programme comme ça puisse exister. Pourtant ces derniers regardent quand même et critiquent avec hypocrisie quelque chose qu’ils encouragent. C’est là que l’on se demande qui sont les coupables de tout ça. Serait-ce les kapos qui frappent et invectivent les prisonniers pour les beaux yeux de la caméra ? Ou bien les organisateurs qui les commandent ? Ou alors serait-ce le public qui fournit aux dirigeants de l’émission un besoin de violence à assouvir et qui reste devant l’écran au lieu de changer de chaîne ? Pourtant, ils ne sont d'autre part que les objets d’un système exploité par les organisateurs.
Néanmoins, si on analyse les émissions de téléréalité actuelles, on constate rapidement que ceux qui les regardent le font bien avec la volonté sous-jacente d’y voir une dispute, une trahison ou quelque chose de parfois malsain. Il y a de l’action mais elle est assez négative. Bien entendu, il y a un but plus principal et plus important que le reste, mais on peut facilement voir le côté mauvais de ce genre de programme. Par exemple, obliger une dizaine de personnes à passer des mois ensemble (comme dans Secret Story) entraîne forcément quelques écarts entre elles, que les caméras filment aussitôt : ceci soulignant ainsi les mauvais aspects d’une personne aux yeux du public, qui redemandera par la suite à voir les participants à l’émission s’étriper juste pour le droit de les juger. Le public a donc légèrement tendance à se prendre pour dieu qui voit tout, entend tout, juge…
Ici, je pense qu’Amélie Nothomb a caricaturé le phénomène en insistant sur un côté négatif beaucoup plus important, voir total. Elle dénonce l’absurdité dont on peut être capable et exagère suffisamment pour nous remettre en question. Je trouve ça très pertinent.
Je trouve aussi les personnages attachants car au début, Pannonique et Zdena paraissent opposées en tous points, que ce soit au niveau de la beauté, de l’intelligence, de la force… alors qu’au fur et à mesure de l’histoire, Zdena semble changer comme pour plaire à Pannonique. C’est comme si son amour pour la détenue l’amenait à ouvrir les yeux sur la situation, et à réagir.
*Dystopie est un antonyme d’utopie : c’est quelque chose de totalement imparfait voire malfaisant que l’on redoute ou abhorre.
L’Eponge-Bleue
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