Les Philippiques de Cicéron
Par Delphine Regnard (Lycée Saint-Exupéry, Mantes-la-Jolie (78)) le 01 janvier 2010, 12:59 - Projet rhétorique - Lien permanent
Extrait de La rhétorique dans l'Antiquité de Laurent Pernot, Livre de poche, p 148 sq :
Le consulat fut le point culminant de la carrière de Cicéron, qui reçut à cette occasion le titre de "Père de la patrie" (parens patriae). Vingt ans plus tard, il se trouva dans une situation fort différente au moment des Philippiques. Entre-temps, il avait connu l'exil, le retour, l'instabilité croissante de la République et l'évolution vers un régime de pouvoir personnel, avec Pompée, puis avec César ; il avait essayé de peser sur la vie politique autant qu'il avait pu, il avait beaucoup plaidé, beaucoup écrit. Et maintenant, le danger venait d'Antoine, qui, après l'assassinat de César, était en passe de prendre le pouvoir à Rome. Les quatorze Philippiques (quatorze conservées sur un total d'au moins dix-sept) s'échelonnent de septembre 44 à avril 43, avec une interruption au cours de l'automne, que Cicéron mit à profit pour écrire les trois livres du traité sur Les Devoirs (De Officiis). A l'exception de la première, de ton encore modéré, les Philippiques contiennent des attaques extrêmement violentes contre Antoine, que Cicéron présente comme aspirant à la tyrannie et qu'il veut faire déclarer ennemi public, tout en favorisant son rival Octave. Ce recueil constitue un monument dans l'histoire de l'invective rhétorique, Antoine y étant dépeint comme un monstre qui transgresse les lois de la société, de la nature et de l'humanité. Les Philippiques offrent aussi une synthèse de thèmes cicéroniens sur le droit, l'histoire, la politique, la liberté. Enfin, comme déjà les discours consulaires, le recueil présente l'intérêt de contenir à la fois des discours au Sénat et des discours au peuple, prononcés le même jour ou à quelques jours d'intervalle, ce qui permet de comparer ces deux formes d'éloquence et d'apprécier les variations de ton et d'argumentation apportée par Cicéron en fonction de l'auditoire.
Par ces invectives, Cicéron s'attira la haine d'Antoine. Aussi, lorsque fut formé le deuxième triumvirat, alliance tactique entre Antoine, Octave et Lépide, le nom de Cicéron figura dans la liste des dix-sept premiers opposants condamnés à mort par les triumvirs (novembre 43). Rattrapé près de Gaète, au moment où il semblait s'être décidé à quitter l'Italie, Cicéron fut assassiné par un centurion ; sa tête et ses mains furent apportées à Antoine, qui les fit exposer sur les Rostres.