"Ecrire en poésie"

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L'amitié

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Préface sur l'amitié.

6mai

             Chers lecteurs,

             Dans cette rubrique, vous retrouverez plusieurs poèmes sur l'amitié, écrits aussi bien par Alfred de Musset, Jean de La Fontaine, Esther Granek et nous-mêmes. Tous ces poèmes ont pour thème l'amitié, un sentiment qu'on juge indispensable. En effet, qu'elle soit entre hommes, femmes et enfants, l'amitié est toujours agréable et essentiel pour le bien de chacun. C'est pourquoi, nous avons décidé de choisir ce thème.

            Ce sujet a été longtemps discuté à travers le temps et beaucoup d'écrivains, de philosophes ou encore d'artistes ont donné leur avis. Ainsi, nous voulons, nous aussi, exprimer notre position à travers des poèmes, qui nous tiennent à coeur. 
Le premier est un poème écrit par Esther Granek, Une Histoire, qui raconte la naissance d'une amitié qui tisse peu à peu sa toile.
          Le second est notre propre oeuvre que nous avons intitulée tout simplement L'Amitié, un titre clair et compréhensible qui illustre notre vision de ce sentiment. Dans ce poème, nous expliquons la beauté d'être amis.
           Ensuite, nous avons choisi la fable de La Fontaine, les Deux Pigeons. C'est le plus souvent par le détour d'animaux personnifiés que La Fontaine dénonce les défauts humains. De ce fait, il démontre à travers son oeuvre que lorsqu'on est amis, il ne faut pas quitter l'autre, ni le sacrifier à des plaisirs égoïstes tel que le voyage en solitaire.
         Le suivant est un poème d'Alfred de Musset, A M.V.H., où l'auteur compare l'amitié aux plaisirs de la vie pour ensuite s’apercevoir que "le meilleur qui nous reste est un ancien ami".
         Le dernier est écrit par le même auteur, de Musset, et s'appelle A mon ami Alfred T. Il offre une belle preuve d'amitié à son camarade et le remercie d'avoir toujours été là pour lui. 

         A travers tous ces poèmes, nous avons retrouvé toutes les facettes de ce sentiment et espérons qu'ils vous plairont autant qu'à nous, ils nous ont plu.
Bonne lecture ! 

Grégoire et Camille.

A mon ami Alfred T.

16avril

Dans mes jours de malheur, Alfred, seul entre mille,
Tu m’es resté fidèle où tant d’autres m’ont fui.
Le bonheur m’a prêté plus d’un lien fragile ;
Mais c’est l’adversité qui m’a fait un ami.

C’est ainsi que les fleurs sur les coteaux fertiles
Etalent au soleil leur vulgaire trésor ;
Mais c’est au sein des nuits, sous des rochers stériles,
Que fouille le mineur qui cherche un rayon d’or.

C’est ainsi que les mers calmes et sans orages
Peuvent d’un flot d’azur bercer le voyageur ;
Mais c’est le vent du nord, c’est le vent des naufrages
Qui jette sur la rive une perle au pêcheur.

Maintenant Dieu me garde ! Où vais-je ? Eh ! que m’importe ?
Quels que soient mes destins, je dis comme Byron :
“L’Océan peut gronder, il faudra qu’il me porte.”
Si mon coursier s’abat, j’y mettrai l’éperon.

Mais du moins j’aurai pu, frère, quoi qu’il m’arrive,
De mon cachet de deuil sceller notre amitié,
Et, que demain je meure ou que demain je vive,
Pendant que mon coeur bat, t’en donner la moitié.

Alfred De Musset

A M. V. H.

16avril

Il faut, dans ce bas monde, aimer beaucoup de choses,
Pour savoir, après tout, ce qu’on aime le mieux,
Les bonbons, l’Océan, le jeu, l’azur des cieux,
Les femmes, les chevaux, les lauriers et les roses.

Il faut fouler aux pieds des fleurs à peine écloses ;
Il faut beaucoup pleurer, dire beaucoup d’adieux.
Puis le coeur s’aperçoit qu’il est devenu vieux,
Et l’effet qui s’en va nous découvre les causes.

De ces biens passagers que l’on goûte à demi,
Le meilleur qui nous reste est un ancien ami.
On se brouille, on se fuit. Qu’un hasard nous rassemble,

On s’approche, on sourit, la main touche la main,
Et nous nous souvenons que nous marchions ensemble,
Que l’âme est immortelle, et qu’hier c’est demain.

Alfred de Musset

Les Deux Pigeons

2avril
       Deux Pigeons s'aimaient d'amour tendre.
            L'un d'eux s'ennuyant au logis
            Fut assez fou pour entreprendre
            Un voyage en lointain pays.
            L'autre lui dit : Qu'allez-vous faire ?
            Voulez-vous quitter votre frère ?
            L'absence est le plus grand des maux :
Non pas pour vous, cruel.  Au moins que les travaux,
            Les dangers, les soins  du voyage,
            Changent un peu votre courage. 
Encore si la saison s'avançait davantage !
Attendez les zéphyrs : qui vous presse? Un Corbeau
Tout à l'heure annonçait malheur à quelque Oiseau.
Je ne songerai plus que rencontre funeste,
Que Faucons, que réseaux. Hélas, dirai-je, il pleut :
            Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut,
            Bon soupé, bon gîte, et le reste ? 
            Ce discours ébranla le coeur
            De notre imprudent voyageur ;
Mais le désir de voir et l'humeur inquiète
L'emportèrent enfin. Il dit : Ne pleurez point :
Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite ;
Je reviendrai dans peu conter de point en point
            Mes aventures à mon frère.
Je le désennuierai :quiconque ne voit guère
N'a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint
            Vous sera d'un plaisir extrême.
Je dirai : J'étais là ; telle chose m'avint  ;
            Vous y croirez être vous-même.
A ces mots en pleurant ils se dirent adieu.
Le voyageur s'éloigne ; et voilà qu'un nuage
L'oblige de chercher retraite en quelque lieu.
Un seul arbre s'offrit, tel encor que l'orage
Maltraita le Pigeon en dépit du feuillage.
L'air devenu serein, il part tout morfondu,
Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie,
Dans un champ à l'écart voit du blé répandu,
Voit un Pigeon auprès : cela lui donne envie :
Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un las
            Les menteurs et traîtres appas.
Le las était usé : si bien que de son aile,
De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin.
Quelque plume y périt : et le pis du destin
Fut qu'un certain vautour à la serre cruelle,
Vit notre malheureux qui, traînant la ficelle
Et les morceaux du las qui l'avaient attrapé,
            Semblait un forçat échappé.
Le Vautour s'en allait le lier, quand des nues
Fond à son tour un aigle aux ailes étendues.
Le Pigeon profita du conflit des voleurs,
S'envola, s'abattit auprès d'une masure,
            Crut, pour ce coup, que ses malheurs
            Finiraient par cette aventure ;
Mais un fripon d'enfant, cet âge est sans pitié
Prit sa fronde, et, du coup, tua plus d'à moitié
            La Volatile malheureuse,
       Qui, maudissant sa curiosité,
            Traînant l'aile et tirant le pié,
            Demi-morte et demi-boiteuse,
            Droit au logis s'en retourna :
            Que bien, que mal  elle arriva
            Sans autre aventure fâcheuse.
Voilà nos gens rejoints ; et je laisse à juger
De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.
Amants, heureux amants , voulez-vous voyager?
            Que ce soit aux rives prochaines ;
Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau,
            Toujours divers, toujours nouveau ;
Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste.
J'ai quelquefois aimé : je n'aurais pas alors
            Contre le Louvre et ses trésors,
Contre le firmament et sa voûte céleste,
            Changé les bois, changé les lieux
Honorés par les pas, éclairés par les yeux
            De l'aimable et jeune bergère
            Pour qui, sous le fils de Cythère,
Je servis, engagé par mes premiers serments.
Hélas! Quand reviendront de semblables moments?
Faut-il que tant d'objets si doux et si charmants
Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète?
Ah! si mon coeur osait encor se renflammer!
Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête?
            Ai-je passé le temps d'aimer?

                                                                                               Jean de La Fontaine

L'Amitié

30mars

L'Amitié

L'amitié n'est pas toujours un long fleuve tranquille
Car ce sentiment n'est pas souvent facile. 
Mais si l'on fait preuve de courage, 
Cette amitié peut traverser les âges.

Aux bras de nos amis, 
Cette vie sonne comme une douce mélodie
Où même Beethoven, Chopin et Mozart
N'arriveront pas à créer un aussi bel art.

Mais que ce soit en Orient ou en Occident, 
Si l'amitié n'est pas une galère, 
Pourquoi existe-t-il tant de guerres ? 

Nous devrions y songer sagement.
Devant l'amitié, nous sommes tous égaux,
Ce qui rend ce sentiment si beau.

Grégoire & Camille.


Une histoire

19mars

Et c’est au fil de nos sourires
que se noua le premier fil.

Et c’est au fil de nos désirs
qu’il se multiplia par mille.

Était-ce au fil de mes espoirs
qu’en araignée tu fis ta toile ?

Car c’est au fil de tes départs
qu’au piège je fus l’animal…

alors qu’au fil de ton plaisir
se brisera… le dernier fil.

Esther Granek, Je cours après mon ombre, 1981