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Femmes en poésie

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Préface, anthologie : Femmes en Poésie

Amis lecteurs, nous le savons tous la femme est la plus belle chose qui soit. Ainsi, nous vous proposons de vous faire découvrir une anthologie dont le thème est Femmes en Poésie. Elles sont, pour la plupart des poètes, un véritable sujet de prédilection et ont toujours été une source d’inspiration, un sujet dans l’air du temps. C’est pourquoi nous allons vous présenter au fil de cette préface, vous persuader et vous convaincre que la femme est d’une part un être beau dont l’homme s’inspire pour écrire puis, l'amour du poète qu'elle suscite par sa splendeur.

Tout d’abord, la beauté est quelque chose ou quelqu’un digne d’admiration. En effet, le premier poème de notre anthologie, " Les Ingénus » de Paul Verlaine (1844-1896) dresse le portrait d’une belle femme. Celles-ci sont le septième poème des Fêtes galantes. Le titre à lui seul indique des personnages qui parlent d'une innocente franchise et de leurs sentiments. Verlaine reprend dans ce poème le même ton désabusé et désenchanté de l'amour à travers un groupe de "belles rêveuses" présentées comme cruelles. Dans cette comédie de l'amour, la femme apparaît sous un aspect frivole et barbare. Verlaine n'a rien oublié de son chagrin d'amour et de ses avances repoussées par Elisa quelques années plus tôt. Les "belles, se Pendant rêveuses à nos bras" ont le chant des sirènes, leurs propos n'ont que l'apparence de la vérité et peuvent tromper celui qui serait assez niais, assez ingénu pour considérer vrai et sincère ce qui n'en a que l'apparence. Le dernier vers : « Que notre âme depuis ce temps tremble et s’étonne », trahit chez Verlaine la nostalgie évidente de la femme idéale, complice, qu'il recherchera toute sa vie. Son étonnement et sa crainte qui affleurent en fin de poème porte sur la duplicité féminine qui ne se présente que sous une apparence différente de ce qu'elle est réellement et dont il pourrait avoir été victime. Quant à Nérée Beauchemin (1850-1931), avec son poème « La Muse », décrit sa jalousie envers la beauté d’une femme : « Je suis jalouse de son teint. », l'auteur dit clairement ce qu’il pense, et au discours direct ce qui vivifie le poème. Il convient de constater que Gérard de Nerval (1808-1855) nous fait part de son inspiration pour les femmes afin d’écrire ce magnifique poème, « Une femme est l’amour ». Son premier vers décrit la femme comme il la voit : « Une femme est l'amour, la gloire et l'espérance ». Ensuite, un des poèmes de notre anthologie consacré aux femmes est : « Parfum exotique » de Baudelaire (1821-1867) qui est le premier poème de la partie consacrée à Jeanne Duval dans la section Spleen et idéal de son recueil Les fleurs du mal. Elle est la maîtresse de Baudelaire (rencontrée en 1842). Toutefois, la femme s'efface rapidement en raison de la puissance de son parfum qui engendre une vision imaginaire et idéalisée. « Une Charogne » du même auteur est tout un autre genre, c’est la description d’une charogne, c’est-à-dire, une bête morte déjà en putréfaction. Grâce à la sublimation par l’écriture Baudelaire réussi à montrer ainsi la beauté par la décomposition. Il outre cette décomposition par des procédés hyperboliques, des exagérations des horreurs décrites, pour mieux expliquer son travail de recomposition par l’écriture et par la sublimation.

Bon nombre de poètes ont écrit sur l’amour que font naître les femmes au plus profond de leur être. Leur sensibilité exacerbée qui leur est propre les a souvent conduit à aimer et à écrire des poèmes sur cet amour. Ainsi, le fruit de l’amour du poète pour une femme est la poésie. Pour Gérard de Nerval (1808-1855), comme il l’annonce dans le titre : « Une femme est l’amour », la femme est synonyme d’amour, ces deux termes sont indissociables, l’amour est une véritable conséquence de la femme. L’homme a besoin d’elle pour vivre et survivre, elle calme ses ardeurs, un simple « sourire [féminin] le dompte et son cœur s’adoucit ». Quelques années plus tard, en 1918, Antoine Pol (1888-1971) décide de faire l’éloge de l’amour éphémère dans son poème « Les passantes ». Il décrit un amour insaisissable et à sens unique. Celui-ci, on peut l’appeler ainsi bien qu’il ne fasse pas appel à de profonds sentiments, a un gout de trop peu. Antoine Pol écrit sur un amour d’une seconde, d’une minute ou d’une heure pour des femmes aperçues et aimées puis soudainement parties, mais peut-être est-ce mieux ainsi… L’amour d’« un instant secret » pour une femme aperçue, à peine connue ou inconnue avec tristesse et regret. Ce poème dédié aux femmes aimées sans même le savoir, « à celle qu’on voit apparaître », « à la compagne de voyage », « à la fine et souple valseuse », « à celles qui sont déjà prises », « à ces timides amoureuses » est une oraison à tous ces amours furtifs. Louis Aragon (1897-1982), lui, choisit de parler d’un amour durable, un amour de toute une vie, contrairement à Antoine Pol. Il écrit un recueil de poèmes en 1959 intitulé Elsa qui est dédié à l’amour qu’il porte à sa femme Elsa Triolet. Il exprime le déplaisir qu’il a à la voir s’endormir dans un sommeil trop loin de lui : « Amour arrête-toi dans ton rêve et ta route Rends-moi ta conscience et mon mal merveilleux ». Son amour est si fort qu’il devient jaloux de ses rêves qui lui sont impénétrables. Le poète traduit la tendresse qu’il a pour sa femme dans ce poème par de magnifiques vers tels que : « Elle s’est doucement tendrement endormie », « Sa joue a retrouvé le printemps du repos » ou encore « Je te supplie amour au nom de nous ensemble ».

A présent Amis lecteurs, libre à vous de vous laisser emporter, même ensorceler, peut-etre, par la magie de ces vers qui vous rappelleront la beauté de courbes féminines. Restez un dernier instant et laissez vous charmer par ces vers de Baudelaire :

« Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,

Je respire l'odeur de ton sein chaleureux »

Julia BOSCHER et Maud HASCOET


Une charogne

Une Charogne

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux:
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague
Ou s'élançait en pétillant
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l'eau courante et le vent,
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d'un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu'elle avait lâché.

- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion!

Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Apres les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés!

Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire

Elsa

    

Tandis que je parlais le langage des vers
Elle s’est doucement tendrement endormie
Comme une maison d’ombre au creux de notre vie
Une lampe baissée au coeur des myrrhes verts
Sa joue a retrouvé le printemps du repos
Ô corps sans poids posé dans un songe de toile
Ciel formé de ses yeux à l’heure des étoiles
Un jeune sang l’habite au couvert de sa peau
La voila qui reprend le versant de ses fables
Dieu sait obéissant à quels lointains signaux
Et c’est toujours le bal la neige les traîneaux
Elle a rejoint la nuit dans ses bras adorables
Je vois sa main bouger Sa bouche Et je me dis
Qu’elle reste pareille aux marches du silence
Qui m’échappe pourtant de toute son enfance
Dans ce pays secret à mes pas interdit
Je te supplie amour au nom de nous ensemble
De ma suppliciante et folle jalousie
Ne t’en va pas trop loin sur la pente choisie
Je suis auprès de toi comme un saule qui tremble
J’ai peur éperdument du sommeil de tes yeux
Je me ronge le coeur de ce coeur que j’écoute
Amour arrête-toi dans ton rêve et ta route
Rends-moi ta conscience et mon mal merveilleux

Louis Aragon


Les passantes

Les passantes

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu'on connaît à peine
Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamais

A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main

A la fine et souple valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui voulut rester inconnue
Et qui n'est jamais revenue
Tournoyer dans un autre bal

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d'un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant

A ces timides amoureuses
Qui restèrent silencieuses
Et portent encor votre deuil
A celles qui s'en sont allées
Loin de vous, tristes esseulées
Victimes d'un stupide orgueil.

Chères images aperçues
Espérances d'un jour déçues
Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre
Aux coeurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu'on n'a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir

Antoine Pol


Aux femmes

S’il arrivait un jour, en quelque lieu sur terre,
Qu’une entre vous vraiment comprît sa tâche austère,
Si, dans le sentier rude avançant lentement,
Cette âme s’arrêtait à quelque dévouement,
Si c’était la Bonté sous les cieux descendue,
Vers tous les malheureux la main toujours tendue,
Si l’époux, si l’enfant à ce cœur ont puisé,
Si l’espoir de plusieurs sur Elle est déposé,
Femmes, enviez-la. Tandis que dans la foule
Votre vie inutile en vains plaisirs s’écoule,
Et que votre cœur flotte, au hasard entraîné,
Elle a sa foi, son but et son labeur donné.
Enviez-la. Qu’il souffre ou combatte, c’est Elle
Que l’homme à son secours incessamment appelle,
Sa joie et son appui, son trésor sous les cieux,
Qu’il pressentait de l’âme et qu’il cherchait des yeux,
La colombe au cou blanc qu’un vent du ciel ramène
Vers cette arche en danger de la famille humaine,
Qui, des saintes hauteurs en ce morne séjour,
Pour branche d’olivier a rapporté l’amour.

Et que votre cœur flotte, au hasard entraîné,
Elle a sa foi, son but et son labeur donné.
Enviez-la ! Qu’il souffre ou combatte, c’est Elle
Que l’homme à son secours incessamment appelle,
Sa joie et son espoir, son rayon sous les cieux,
Qu’il pressentait de l’âme et qu’il cherchait des yeux,
La colombe au cou blanc qu’un vent du ciel ramène
Vers cette arche en danger de la famille humaine,
Qui, des saintes hauteurs en ce morne séjour,
Pour branche d’olivier a rapporté l’amour.

Louise Ackermann, Paris, 1835


Parfum exotique

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne, 
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux 
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;

Une île paresseuse où la nature donne 
Des arbres singuliers et des fruits savoureux; 
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux, 
Et des femmes dont l'œil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats, 
Je vois un port rempli de voiles et de mâts 
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers, 
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine 
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

Baudelaire


Une femme est l'amour

Une femme est l'amour, la gloire et l'espérance ;

Aux enfants qu'elle guide, à l'homme consolé,

Elle élève le coeur et calme la souffrance,

Comme un esprit des cieux sur la terre exilé.


Courbé par le travail ou par la destinée,

L'homme à sa voix s'élève et son front s'éclaircit ;

Toujours impatient dans sa course bornée,

Un sourire le dompte et son coeur s'adoucit.


Dans ce siècle de fer la gloire est incertaine :

Bien longtemps à l'attendre il faut se résigner.

Mais qui n'aimerait pas, dans sa grâce sereine,

La beauté qui la donne ou qui la fait gagner ?


Gérard de Nerval (1808-1855), Poésies diverses


Beauté des femmes

Beauté des femmes, leur faiblesse, et ces mains pâles
Qui font souvent le bien et peuvent tout le mal,
Et ces yeux, où plus rien ne reste d'animal
Que juste assez pour dire : " assez " aux fureurs mâles.

Et toujours, maternelle endormeuse des râles,
Même quand elle ment, cette voix ! Matinal
Appel, ou chant bien doux à vêpre, ou frais signal,
Ou beau sanglot qui va mourir au pli des châles !...

Hommes durs ! Vie atroce et laide d'ici-bas !
Ah ! que du moins, loin des baisers et des combats,
Quelque chose demeure un peu sur la montagne,

Quelque chose du cœur enfantin et subtil,
Bonté, respect ! Car, qu'est-ce qui nous accompagne
Et vraiment, quand la mort viendra, que reste-t-il?

 

Paul Verlaine

 


La muse

 

 

Bluet aux regards d’améthyste,
Bluet aux yeux de ciel, dis-nous
Ce qui te fait être si triste ?
- J’ai vu ses yeux, j’en suis jaloux.

Et toi, simple églantine rose,
Payse aux lèvres de carmin,
Pourquoi sembles-tu si morose ?
- Je suis jalouse de son teint.

Toi, beau lys, qu’en dis-tu ? - Que n’ai-je
Le fin velouté, la blancheur,
La fraîcheur d’aurore et de neige
De sa diaphane blondeur !

Je comprends votre jalousie,
Ô fleurs, c’est qu’hier, en ces lieux,
Dans sa robe de fantaisie
La Muse a passé sous vos yeux.

.

Nérée Beauchemin, Patrie intime

 

Les ingénus


Les hauts talons luttaient avec les longues jupes,
En sorte que, selon le terrain et le vent,
Parfois luisaient des bas de jambes, trop souvent
Interceptés ! - et nous aimions ce jeu de dupes.

Parfois aussi le dard d’un insecte jaloux
Inquiétait le col des belles sous les branches,
Et c’étaient des éclairs soudains de nuques blanches,
Et ce régal comblait nos jeunes yeux de fous.

Le soir tombait, un soir équivoque d’automne :
Les belles, se pendant rêveuses à nos bras,
Dirent alors des mots si spécieux, tout bas,
Que notre âme depuis ce temps tremble et s’étonne.

 

Paul Verlaine, Fêtes galantes