blog de français de la classe de 1ere L2 du lycée Michelet

Autour du texte 4 : la dernière tirade de Marguerite

- texte 4


Autour du texte 3 : comment accepter l'idée de la mort.

Texte 3

document complémentaire pour le texte 3: Montaigne, Essais, Livre I, chapitre XX

document complémentaire facultatif: Pascal, Pensées, Divertissement


Autour du texte 2 : L'entrée en scène du roi

- Le Texte 2

- Corpus : La figure du roi au théâtre (Shakespeare, Le roi Lear ;  Jarry, Ubu roi)

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Texte 1 : La scène d'exposition

- Texte 1

document complémentaire n°1 : Quelques extraits de Notes et Contre-notes de Ionesco, en particulier à propos de l'importance du décor

document complémentaire n°2 Un extrait de l'oeuvre Le théâtre d'Anne Ubersfled, soulignant l'importance de la représentation théâtrale.

- document complémentaire n°3 : Interview de Jorge Lavelli, à propos de sa mise en scène de la pièce 

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Eléments pour la correction du corpus et de la dissertation sur le roman, à partir des p.460-461 du manuel

1. Question sur corpus.

Texte A : Zola, L'assommoir, 1877

Gervaise dura ainsi pendant des mois. Elle dégringolait plus bas encore, acceptait les dernières avanies, mourait un peu de faim tous les jours. Dès qu’elle possédait quatre sous, elle buvait et battait les murs. On la chargeait des sales commissions du quartier. Un soir, on avait parié qu’elle ne mangerait pas quelque chose de dégoûtant ; et elle l’avait mangé, pour gagner dix sous. M. Marescot s’était décidé à l’expulser de la chambre du sixième. Mais, comme on venait de trouver le père Bru mort dans son trou, sous l’escalier, le propriétaire avait bien voulu lui laisser cette niche. Maintenant, elle habitait la niche du père Bru. C’était là-dedans, sur de la vieille paille, qu’elle claquait du bec, le ventre vide et les os glacés. La terre ne voulait pas d’elle, apparemment. Elle devenait idiote, elle ne songeait seulement pas à se jeter du sixième sur le pavé de la cour, pour en finir. La mort devait la prendre petit à petit, morceau par morceau, en la traînant ainsi jusqu’au bout dans la sacrée existence qu’elle s’était faite. Même on ne sut jamais au juste de quoi elle était morte. On parla d’un froid et chaud. Mais la vérité était qu’elle s’en allait de misère, des ordures et des fatigues de sa vie gâtée. Elle creva d’avachissement, selon le mot des Lorilleux. Un matin, comme ça sentait mauvais dans le corridor, on se rappela qu’on ne l’avait pas vue depuis deux jours ; et on la découvrit déjà verte, dans sa niche.

Texte B : Beckett, Malone meurt, 1951

Lemuel c'est le responsable, il lève sa hache, où le sang ne sèchera jamais, mais ce n'est pour frapper personne, il ne frappera personne, il ne frappera plus personne, il ne touchera jamais plus personne, ni avec elle ni avec elle ni avec ni avec ni
ni avec elle ni avec son marteau ni avec son bâton ni avec son bâton ni avec son poing ni avec son bâton ni avec ni en pensée ni en rêve je veux dire jamais il ne touchera jamais
ni avec son crayon ni avec son bâton ni
ni lumières lumières je veux dire
jamais voilà il ne touchera jamais
il ne touchera jamais
voilà jamais
voilà voilà
plus rien

Texte C : Cohen, Belle du seigneur, 1968

Oh, maintenant un chant le long des cyprès, chant de ceux qui s'éloignent et ne regardent plus. Qui lui tenait les jambes ? Le raidissement montait, s'étendait avec un froid, et elle avait de la peine à respirer, et des gouttes étaient sur ses joues, et un goût dans sa bouche. N'oublie pas de venir, murmura-t-elle. Ce soir, neuf heures, murmura-t-elle, et elle saliva, eut un sourire stupide, voulut reculer la tête pour le regarder mais elle ne pouvait plus, et là bas une faux était martelée ? Alors, de la mains, elle voulut le saluer, mais elle ne pouvait plus, sa mains était partie. Attends moi, lui disait il de si loin. Voici venir mon divin roi, sourit-elle, et elle entra dans l'église montagneuse.

Alors, il lui ferma les yeux, et il se leva, et il la prit dans ses bras, lourde et abandonnée, et il alla à travers la chambre, la portant, contre lui la serrant et de tout son amour la berçant, berçant et contemplant, muette et calme, l'amoureuse qui avait tant donné ses lèvres, tant laissé de fervents billets au petit matin, berçant et contemplant, souveraine et blanche, la naïve des rendez vous à l'étoile polaire.

Chancelant soudain, et un froid lui venant, il la remit sur le lit, et il s'étendit auprès d'elle, baisa le visage virginal, à peine souriant, beau comme au premier soir, baisa la main encore tiède mais lourde, la garda dans sa main, la garda avec lui jusque dans la cave où une naine pleurait, ne se cachait pas de pleurer son beau roi en agonie contre la porte aux verrues, son roi condamné qui pleurait aussi d'abandonner ses enfants de la terre, ses enfants qu'il n'avait pas sauvés, et que feraient-ils sans lui, et soudain la naine lui demanda d'une voix vibrante, lui ordonna de dire le dernier appel, ainsi qu'il était prescrit, car c'était l'heure.


2. Dissertation

DISSERTATION

Albert Camus écrit dans L'homme révolté :

Les héros ont notre langage, nos faiblesses, nos forces.

Leur univers n'est ni plus beau ni plus édifiant que le nôtre.

Mais

Eux au moins courent jusqu'au bout de leur destin

Cette définition du héros peut-elle s'appliquer aux personnages de roman, tels que vous ont permis de les découvrir vos lectures ?

Vous trouverez ci-dessous quelques élément de correction intéressants, tirés d'un site d'entraide scolaire.

     La façon dont se rencontrent les personnages, dont se conviennent les lieux et les êtres, dont les évènements de la vie personnelle s'inscrivent dans les événements de la vie publique, dont s'achèvent surtout les chapitres, les existences, l'histoire elle-même, voilà ce qui constitue, à l'intérieur d'un roman, l'image du destin. Ce mot désigne une existence dont on connaît le but, qui pourrait se résumer en un mot, mais il y a évidemment quelque chose de trompeur dans cette correction que le roman inflige à la vie, et déjà au XVIIème siècle, ce "mensonge" des romans était un des griefs que l'on avait contre eux. Albert Camus, ici, reprend indirectement dans L'Homme révolté cette critique, le roman ne décrirait qu'une réconciliation superficielle de l'homme avec sa condition. "Les héros ont notre langage, nos faiblesses, nos forces. Leur univers n'est ni plus beau ni plus édifiant que le nôtre. Mais eux, du moins, courent jusqu'au bout de leur destin.". Si les héros romanesques ont notre langage, nos faiblesses et nos forces, ils s'inscrivent donc dans une continuité par rapport à nos réalités et relèveraient alors du commun, de la banalité, dans lesquels le réel est tenu. Mais le héros romanesque, c'est aussi le personnage principal, il se distingue alors justement par ses qualités, ses actions exceptionnelles et son destin exemplaire. Le propos d'Albert Camus nous amène donc à repenser la notion de héros romanesque comme lieu de tension entre commun et exception. Un personnage banal peut-il être un héros de roman ? Le destin est-il dans le roman ce qui reste des valeurs héroïques ? Peut-on parler d'un crépuscule des valeurs héroïques dans le roman ?
     Affirmer la thèse selon laquelle le héros romanesque nous ressemble, au sens d'une normalité, permet de sortir d'une conception classique de la notion d'héroïsme et de la nature du héros. Il n'en reste pas moins que l'une des constantes du romanesque repose souvent sur l'exceptionnel. Il faut alors se demander si un héros "moyen" ou "commun" peut y avoir sa place. Mais par-delà cette dialectique entre commun et hors du commun, en quoi le destin accompli, et par là exemplaire, du héros romanesque contribue-t-il à faire de lui un être exceptionnel ?

I. Le roman peut mettre en scène un héros moyen

     Manifestement, envisager le héros romanesque comme un personnage exceptionnel ne permet pas de dépasser l’approche spontanée du concept de « héros romanesque ». Le roman a longtemps été critiqué pour ses invraisemblances, antiromans ou romans comiques s‘en sont moqué et ont cherché à peindre une réalité plus quotidienne. De là est né le roman moderne, tentant de se rapprocher de la réalité, de notre réalité. Alain Robbe-Grillet écrit d‘ailleurs dans Pour un nouveau roman « Le culte exclusif de ’’l’humain’’ a fait place à une prise de conscience plus vaste, moins anthropocentriste. Le roman paraît chanceler, ayant perdu son meilleur soutien d’autrefois, le héros. ». Si le héros a été le soutien du roman, peut-il dans ce cas se passer d‘héroïsme.
     Le Nouveau Roman a choisit d’abolir le héros et de confier la représentation du monde à des individualités transparentes. Quand Robbe-Grillet dit que « l’époque actuelle est plutôt celle du numéro de matricule », il décrit tout à fait le Nouveau Roman dans son abolition du personnage d’exception. Et Robbe-Grillet constate, citant notamment L’Etranger, qu’«aucune des grandes œuvres contemporaines ne correspond sur ce point aux normes de la critique. ». Il est vrai que Meursault ne répond guère aux caractéristiques du « personnage héroïque » tel qu’on le rencontre chez Balzac. S’il a un nom, il n’a pas de prénom : les deux syllabes qui suffisent à le désigner y gagnent une valeur symbolique plus forte. On sait qu’il n’a guère de « biens » : cette pauvreté contribue à faire de lui une victime de la société. Sa profession est à peine évoquée. Son aspect physique ne se devine qu’à son dégoût pour les gens qui ont la peau blanche. De son passé, nous savons très peu de choses. On ne saurait évidemment lui refuser un « caractère ». Mais, comme le souligne Robbe-Grillet dans Pour un nouveau roman, chez les personnages de romans du XIXème siècle, existe un lien entre ce caractère et leur appartenance physique, leur hérédité, leur condition sociale. Il en va différemment dans le cas de Meursault. S’il est vrai qu’il a tué, rien ne paraissait l’y prédisposer. Il n’est déterminé par rien, sinon par la pulsion et le hasard de l’instant. Meursault est assurément le héros du Nouveau Roman et c’est même toute l’inertie du personnage et sa transparence qui en sont essentiels.
     Dès lors, avec cette « mort » du personnage dans le Nouveau Roman, on peut envisager le héros de roman comme un personnage qui entre dans la normalité du quotidien. Pour Zola, « le premier homme qui passe est un héros suffisant.». Dans son roman L’Assommoir, Zola y présente l'ouvrier comme un saoulard. Gervaise est dépeinte comme confondue dans la médiocrité de la société ouvrière. Même son défaut est commun, l’alcoolisme étant un fléau touchant tout la classe sociale à laquelle elle appartient. Selon l’expression de Robbe-Grillet, elle est un personnage sans surprise, sans particularités, inscrit dans une voie « celle de la perdition ». Le personnage de Gervaise n’est effectivement signifiant uniquement du fait des fléaux qu’il subit dans sa condition ouvrière et qui sont rassemblés sur son dos. On voit bien ici, que le héros romanesque peut s’inscrire dans la banalité, voire dans la médiocrité, le poids de l’intrigue romanesque le rendant malgré cela signifiant et héros.
     Le terme d’antihéros apparaît de manière significative, à l’époque même où le Nouveau Roman a remis en question la figure du héros traditionnel. L’antihéros ne relève pas d’une transparence, mais il s’oppose bel et bien au héros en représentant une humanité moyenne. Cette perte d’héroïsme répond à une volonté réaliste, à une volonté de coupure avec la tradition du héros d’exception, les valeurs d’exception étant d’ailleurs souvent associées au système de valeurs aristocratiques, remis en question. Le héros traditionnel se caractérise par ses actions. Or la passivité des personnages de Flaubert, notamment, les place irrémédiablement du côté des antihéros. Le personnage de Frédéric Moreau dans L'Education Sentimentale exprime un sentiment d'inachevé dans sa passivité. Malgré des rencontres magiques qui se produisent, jamais la vie du héros ne prend forme. Ses passions sont distraites par des évènements fortuits et son grand amour ne dure pas jusqu'à la mort. Loin de corriger le monde réel de son "héroïsme", le monde de Frédéric Moreau est corrigé dans le roman même par l'évocation d'un réel grouillant. Aussi, le personnage d'Emma Bovary s'inscrit lui aussi dans une passivité caractéristique des antihéros. Dans Madame Bovary, entre l'idéal et la médiocrité quotidienne, l'esprit d'Emma se meut sans cesse de la torpeur à l'exaltation, du désir d'évasion à l'impatience de la réclusion. Elle est excessive en tout et retombe toujours dans les mêmes ornières. Elle se répète sans progresser, incapable de tirer parti de l'expérience. S'il y a évolution chez elle, et par là action, c'est dans le sens d'une plus grande irritation, d'une plus profonde souffrance. La répétition accroît la déception. Elle ne comprend pas que le bonheur aurait pu être à sa portée de main si elle avait su lutter pour le conquérir et sortir de ses rêves romantiques. Certes, la société ne lui laissait guère les possibilités de s'affranchir des liens de toute nature qui emprisonnaient les femmes au XIXème siècle. Mais Emma est, de toute façon, faible et velléitaire. Finalement la seule expérience qu'Emma vivra sans se référer aux modèles de ses livres sera le suicide. Il lui aura fallu affronter l'épreuve de la mort pour rencontrer l'authenticité. Malgré leur faiblesse et leur passivité, Emma Bovary et Frédéric Moreau sont les héros des plus illustres romans de Flaubert.

II. D'autres romans proposent des personnages concrétisant des valeurs et des actions héroïques.


Au contraire, refuser la thèse d'Albert Camus, en considérant le héros romanesque comme la concrétisation de valeurs et d'actions héroïques, au sens d'exceptionnelles, reviendrait-il à accorder la primauté au personnage dans le roman ?
     En effet, l'apogée de l'individu et du personnage s'accomplit dans le roman d'analyse, où le réel est mimé, tout en étant sublimé. Le roman d'analyse est ainsi le moyen privilégié d'investigation psychologique du héros, qui se détache alors du commun par des valeurs inhabituelles. C'est ainsi que dans La Princesse de Clèves, à l'horizon de la conscience de Mme de Clèves demeure la haute idée qu'elle se fait d'elle-même : là se trouve la pierre de touche d'une éducation aristocratique. Elevée loin de la cour, la princesse témoigne par ses exigences les plus profondes des valeurs héroïques qui traversent tout le XVIIème siècle. On note chez elle une intolérance à l'égard de toute médiocrité, de toute laideur morale. L'infidélité envers son mari lui fait horreur, tout comme elle réprouve les infidélités multiples de Mme de Valentinois ou de Mme de Tournon. La fidélité de l'épouse est une forme de loyauté et tromper à ses yeux serait déchoir. Le spectacle de l'adultère universel que donne la cour, bien loin de contaminer son sens moral, l'affermit au contraire peu à peu. L'aveu héroïque de son inclination pour M. de Nemours à M. de Clèves se situe dans le droit fil de cette mystique de la loyauté, tout comme le refus, ensuite, d'épouser M. de Nemours. Outre qu'elle en pressent l'inconstance future, Mme de Clèves ne saurait épouser l'homme qui, à ses yeux, est responsable de la mort de son mari. Ne voyons pas là un "fantôme de devoir", mais un défi à soi-même, une préférence pour l'exploit moral inaccessible au vulgaire.
      La preuve la plus flagrante de l'exceptionnel comme une constante du roman réside dans l'œuvre d'Honoré de Balzac, La Comédie Humaine. Le héros romanesque y est exception par son vice implacable. Dans Le Père Goriot, le personnage éponyme touche au sublime par son sacrifice et son agonie pathétique qui sont justement les conséquences de son aveuglement par la passion qu’il voue à ses filles. Le personnage du Père Goriot rejoint ici dans sa monomanie d’autres personnages de La Comédie Humaine, comme le Père Grandet ou l’usurier Gosbeck. C’est ici justement cette monomanie, cette particularité qui en fait un héros au sens classique. Ce héros ne nous ressemble pas, il ne partage pas nos valeurs, justement parce qu’il porte en lui un vice (dans d’autres romans, une vertu) inhabituellement décuplé.
Dans le propos d'Albert Camus, la notion de héros romanesque est bien amenée à être remise en question. On en vient à pouvoir avancer que ce n'est pas l'exception ou la banalité qui détermine le héros romanesque. Le héros romanesque trouve son essence dans une puissance supérieure et irrévocable. L'accomplissement de son destin par le personnage de roman n'est-il pas justement ce qui fait de lui un héros ? Et si le héros a bien été le soutien du roman selon Robbe-Grillet, que reste-t-il de l'héroïsme ? L'antihéros serait alors capable lui aussi de courir "jusqu'au bout de son destin".

III. C'est la capacité à courir jusqu'au bout de son destin qui constitue désormais l'essence du héros romanesque

  
    Assurément, le roman a pour privilège de rendre la médiocrité, et la banalité uniques et certains médiocres sont devenus de véritables mythes. Toujours dans l’œuvre de Flaubert Madame Bovary, le drame d’Emma c’est de se faire toujours illusion sur elle-même, soit en niant ou en reniant les sentiments vrais qu’elle éprouve ou a éprouvés, soit en croyant vivre des sentiments qu’elle n’éprouve pas. Elle se conçoit toujours autre qu’elle n’est. C’est ce l’on a appelé le bovarysme. Si Emma n’a rien d’un héros au sens classique, si tout au long du roman elle a été enfermée dans une passivité excessive, elle accomplit son destin et se réalise enfin dans une authenticité absolue au moment de son suicide. Le concept de bovarysme établit bien cette singularité donnée à un personnage, a priori commun, voire médiocre. Emma n’est certainement pas une héroïne au sens où on l'entend dans La Princesse de Clèves, mais c’est son destin qui fait d‘elle une héroïne exemplaire.
     

     Plus profondément encore, lorsqu’on en vient à aborder la psychologie du héros qui fait de lui un type humain, on parlerait de Julien Sorel, dans Le Rouge et le Noir de Stendhal, comme l’ambitieux, l’arriviste. Physiquement, Julien est un héros romantique. Stendhal n’en fait pas un portrait physique systématique, mais insiste sur sa séduction. Psychologiquement, en revanche, et ce qui nous intéresse, il ne correspond à aucun stéréotype et peu de héros de romans ont été interprété plus diversement. Julien est-il un arriviste, un hypocrite, un révolté, un calculateur froid ou un homme excessivement sensible ? Le flou du personnage et ses illusions apparaissent déjà dans les termes qu’il emploie pour se caractériser. Julien n’a pas de caractère particulièrement mis en relief ou même singulier, ce flou ne le place pas en tant que personnage héroïque. Cette incertitude sur ce qu’il est vraiment conduit à un personnage pluriel qui ne correspond pas à l’unicité et à l’inhabituel du héros au sens classique. Cependant, son destin est exceptionnel. Ainsi donc, le lieutenant de la Vernaye n’est plus, apparemment, l’ardent Julien du début. « Mon roman est fini et à moi seul tout le mérite. », s’écrie-t-il avec orgueil. Oui, son roman est fini, l’arriviste est « arrivé », et Stendhal aurait pu arrêter là son livre, laissant à sa brillante carrière un héros qui s’est trahi lui-même : Julien serait un Rastignac bourgeois, le Rouge et le Noir une leçon de cynisme. Mais c’est justement ce cynisme et cette propre trahison qui auraient fait de Julien un héros médiocre. Dans le paradoxe de son bonheur en prison, Julien n’a plus besoin de se fixer des obligations toujours contraires à ses impulsions, plus besoin de retenir les gestes qu’il désire. Il était sans cesse tendu vers l’accomplissement d’un projet. Il a poursuivi sans relâche pendant presque quatre ans un but dont il comprend à la fin l’inanité. Il meurt réconcilié avec lui-même, et c’est sur ces réminiscences heureuses que Julien nous quitte. La mort dans le destin de Julien dénoue toutes les contradictions et lui permet, dans ses derniers mois, d’accéder enfin au bonheur. Julien touche à des valeurs héroïques et accède au sublime dans ce destin "couru" jusqu'au bout.
      Plus significativement encore, les passions absolues sont aussi la manifestation irrémédiable d'une primordialité des destins des personnages sur ceux-ci. Qui se souvient précisément du Chevalier Des Grieux dans Manon Lescaut de l'Abbé Prévost ? Pas plus que Manon, le jeune homme n’est décrit. Aucun renseignement précis n'est donné sur son visage, sa démarche, son aspect extérieur. Il apparaît comme une créature un peu allégorique. L’essentiel c’est qu’il est un spectaculaire exemple des ravages que l’amour peut exercer sur une âme sensible. Son cas serait banal, si la passion n’avait pas les plus funestes conséquences. Il se résigne à subir l’ « ascendant » de sa destinée, rompant ainsi avec son passé et l’être qu’il fut. Malgré le fait qu'il se présente comme une figure allégorique, on ne verrait pas comment ne pas considérer Des Grieux comme un héros, dont l’histoire, la destinée, sont exemplaires.
      Cependant, persiste la question de l’antihéros au sein du roman. L’antihéros n’a pas la neutralité d’une créature allégorique et floue, ainsi il se pose comme profondément contraire à toute forme d’héroïsme. Etrange attitude, en somme, que celle de Meursault dans L’Etranger de Camus, qui consiste à mourir pour une cause dont on n’arrive pas même à communiquer les motifs. C’est la révolte pour elle-même, dont Camus a montré la grandeur dans L’Homme révolté. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant dans L’Etranger l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Si Meursault est condamné, c’est parce qu’il a refusé de jouer la comédie de la parole, forme la plus manifeste de la comédie humaine. Julien Sorel, dans Le Rouge et le Noir, refuse, lui aussi, de jouer la comédie du langage : il le fait en disant aux jurés la stricte vérité, à savoir qu’un jeune homme pauvre va être jugé par des favorisés de la fortune, ce qui lui coûtera la vie. Moins inspiré que Julien, Meursault refuse la comédie en s’obstinant dans le silence, tout aussi mal compris par les jurés. Mais au moment où Meursault sait qu’il est véritablement accusé, il prend conscience de son accusation par la société. A ce moment-là, il va affirmer sa personnalité et se révolter contre ceux qui l’accusent. C’est cette condamnation, qui joue le rôle ici d’un ascendant irréfutable, qui déclenche sa révolte. Mais cette révolte pour elle-même est celle de la grandeur. Meursault, antihéros par excellence si l’on peut dire, atteint aussi, dans sa confrontation à des puissances extérieures et directrices, une grandeur. En ce sens, l’antihéros devient même héros.

Conclusion
     Au terme de notre parcours, on constate bien que rien n’est moins aisé que de définir la nature du héros romanesque. Selon le sens que l’on donne à cette appellation de « héros », on répondra différemment à la problématique. Le héros « classique » dont tout l’être fait de lui un personnage exceptionnel, sublime en soi, au cœur du roman, est la consécration de l’individu. Pour autant, on peut reprocher à ce « type »-là de héros de manquer de vraisemblance, voire parfois même de répondre à un système de valeurs aristocratiques, qui ne correspondent pas à notre univers, puisque plus beau et plus édifiant. Si le héros romanesque peut être médiocre, peut nous ressembler, peut relever de la banalité, il ne sera jamais insignifiant. C’est en effet le roman, qui se construit autour de lui, qui donne tout son sens au personnage du héros, quelle que soit sa condition.

     Peut-on parler d'un crépuscule des valeurs héroïques dans le roman ? Ce qu'il y a de propre au propos de Camus et à la conception classique du héros, c'est cette présence inhérente du destin exemplaire, quel qu'il soit. L'intérêt du roman et de son héros ne réside pas dans le caractère hors du commun ou vulgaire du personnage principal. Il demeure dans son héroïsme, qui est incontestablement la réalisation jusqu'au bout d'un destin, devenant alors seulement hors-norme et exemplaire. Alain Robbe-Grillet lui-même a nuancé sa thèse du roman chancelant sans son héros dans Pour un nouveau roman : "S'il y parvient, [en parlant du roman, à se remettre de la perte du héros] au contraire, une nouvelle voie s'ouvre pour lui, avec la promesse de nouvelles découvertes."

 

 


Anthologie poétique pour le 15 mai

Vous trouverez ici (anthologie_poetique_fiche_3.pdf) les consignes précises pour réaliser votre anthologie. Soyez créatifs !


Introduction à l'étude de la pièce

* Pour le 30 avril, vous vous procurerez et lirez la pièce suivante :

Le roi se meurt, de Ionesco, en édition folio.

* Vous remplirez au fil de votre lecture le Tableau de lecture, qui vous aidera à vous repérer tout au long de notre étude. A vous de compléter le numéro des pages et les colonnes vides

 !!!!CORRECTION DU TABLEAU DE LECTURE : Theatre_Ionesco_structure_de_l__oeuvrepdf

document 2

* Pour en savoir plus sur Ionesco, et ses liens avec les artistes de son temps, reportez-vous au blog d'une collègue, qui contient plusieurs liens intéressants vers des vidéos d'époque!

 

* Extrait 1 : La cantatrice chauve, 1950, mise en scène de Jean-Luc Lagarce au théâtre de Sartrouville

* EXtrait 2 : Rhinocéros, 1960

Bonne découverte !


texte et documents

- texte 4 : Ma Bohème

-document complémentaire texte 4: Aube, tiré des Illuminations


Descriptif incomplet (bac blanc)

descriptif_incomplet_s4.pdf


HDA : Le motif de la vénus anadyomène

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